Napoleon & Empire

Bataille des Arapiles

Date et lieu

  • 22 juillet 1812 aux Arapiles, près de Salamanque [Salamanca], en Espagne.

Forces en présence

  • Armée française (49 000 hommes) sous le commandement du maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, duc de Raguse, puis de Bertand Clauzel  
  • Coalition anglo-lusitano-espagnole (52 000 hommes) commandée par le général Arthur Wellesley, vicomte de Wellington.  

Pertes

  • Armée française : 13 000 hommes (6 000 morts ou blessés dont le maréchal Marmont et trois généraux de division, 7 000 prisonniers), deux aigles, six drapeaux, douze canons.  
  • Coalisés : 5 100 tués ou blessés (3 100 Britanniques, 2 0000 Portugais, quelques Espagnols).  
Bataille des Arapiles (detail)
"Battle of Salamanca" (détail). Auteur inconnu.
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La bataille des Arapiles – plus souvent connue à l'étranger sous le nom de bataille de Salamanque – est une sévère défaite infligée par le général Wellington au maréchal Marmont, et qui porte un coup décisif à l'intervention française en Espagne.


Situation générale

Après ses victoires de l'année précédente au Portugal, Arthur Wellesley, vicomte de Wellington reprend l'offensive au début de 1812 et pénètre en Espagne. Ses opérations le portent contre l'armée du maréchal Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont. Le général en chef anglais se juge en effet capable de la battre si elle ne reçoit pas de renfort et compte que cette victoire lui ouvrira la route de la capitale, voire qu'elle entraînera l'évacuation d'une bonne moitié de la Péninsule par les Français. Il considère aussi que si ces derniers, conscients du danger, choisissent au contraire de renforcer Marmont, ils ne pourront le faire qu'en affaiblissant l'armée du Sud, commandée par le maréchal Jean-de-Dieu Soult. Celui-ci aura alors du mal à empêcher que la junte de Cadix ne reprenne le contrôle du sud de l'Espagne, jusqu'au Tage.

Plusieurs succès (prise de Ciudad Rodrigo , puis de Badajoz) permettent aux Coalisés de repousser les Français vers l'Estrémadure ; à la mi-juin, les anglo-portugais s'emparent de Salamanque et poursuivent leur avance. Toutefois, au cours des semaines qui suivent, le maréchal Marmont parvient à contenir cette offensive. L'armée française tente même une contre attaque sur les lignes de communication alliées si bien qu'au soir du 21 juillet Wellington, désormais en plein repli, envisage de repasser au Portugal.


Préliminaires

Dans la nuit du 21 au 22 juillet 1812, lors d'un conseil de guerre, Marmont, Claude François Ferey et Antoine Louis Popon de Maucune se montrent favorables à l'idée d'une bataille tandis que Maximilien Foy et Bertrand Clauzel opinent contre. Les deux derniers tentent sans succès de persuader Marmont qu'il doit attendre des renforts et que c'est même l'ennemi, au contraire, dans les circonstances présentes, qui aurait intérêt à attaquer.

Au matin du 22, Wellington renvoie les bagages de son armée à Ciudad Rodrigo mais décide d'observer les mouvements de l'armée française avant de poursuivre la retraite avec le reste de ses troupes. Il est décidé à se retirer avant peu sauf si les circonstances lui permettent d'attaquer. En attendant, il utilise la topographie des lieux pour dissimuler ses mouvements, si bien que, de leur position, les Français ne peuvent apercevoir que sa 7ème division, couronnant une crête à l'ouest. Ce n'est là qu'une faible partie des forces dont il dispose.

S'il est à l'abri de la curiosité de ses ennemis, Wellington, pour sa part, distingue fort bien leurs positions. Il peut ainsi observer des masses de troupes à l'est et au sud, ce qui l'amène à penser que ses adversaires tentent de le déborder sur sa droite. Il essaie alors de s'emparer des deux buttes  des petites  et grandes Arapiles  mais ne parvient à prendre le contrôle que de la première  . Les Français arrachent la seconde  aux Portugais qui sont en train de s'y établir. Marmont implante ensuite sur ce grand Arapile son état-major et une batterie d'artillerie.

A cet instant, les troupes françaises sont disposées comme suit :

  1. la division du général Foy se tient autour de l'ermitage de Nuestra Señora de la Peña  près du village de Calvarrasa de Arriba  ;
  2. la division du général Ferey et la brigade de cavalerie de Pierre François Xavier Boyer sont au nord-est du grand Arapile, au soutien de la précédente ;
  3. les divisions des généraux Clauzel, Jacques Thomas Sarrut, Maucune et Antoine François Brenier de Montmorand (cette dernière commandée par le général Eloi Charlemagne Taupin) sont massées au sud du grand Arapile, sur les flancs duquel est installé Jean Pierre François Bonet (ou Bonnet), formant le centre ;
  4. la division Jean Guillaume Barthélemy Thomières est à gauche, occupant un autre mamelon d'accès difficile nommé Testón de la Cabaña , que les Français ont garni d'une vingtaine de canons ; elle est accompagnée de la brigade de cavalerie légère Jean-Baptiste Théodore Curto.
La matinée se passe sans que Wellington, depuis son poste d'observation sur le Teso de San Miguel , ne trouve l'opportunité d'attaque qu'il attend. Le général anglais entreprend donc de déjeuner tout en rédigeant ses ordres de retraite. De leur côté, les Français commencent leur mouvement tournant.


La bataille

Du début des combats à la blessure de Marmont

Le nuage de poussière soulevé par les bagages des coalisés fait alors basculer la journée. Marmont l'interprète à tort comme un indice du retrait de l'infanterie des alliés et y voit l'occasion de porter un coup à leur arrière-garde. Le chef d'état-major de la division Maucune lui a pourtant fait savoir que des troupes britanniques sont cachées derrière les collines. Sans tenir compte de cet avertissement, Marmont prévoit d'attaquer cette arrière-garde avec son aile gauche, le reste de l'armée devant couper la retraite ennemie.

Marmont ordonne à la division Thomières de s'étendre au sud-ouest jusqu'au pic de Miranda , près de Miranda de Azán , à deux kilomètres de distance, avec le soutien de la brigade Curto ainsi que des divisions Maucune et Brenier et d'un régiment de la division Bonet qui doit s'intercaler entre cette dernière et la division Brennier. Cette manoeuvre, qui a pour but de couper la route de Ciudad Rodrigo, étire considérablement les lignes françaises sur le flanc sud. Si Marmont la juge possible face à une simple arrière-garde, elle est en fait très dangereuse devant un ennemi qui a réuni toutes ses forces à l'abri du village des Arapiles . Très complexe, elle est de surcroît mal exécutée et Thomières a déjà atteint son objectif alors que ses soutiens présumés ne sont pas encore montés en ligne. Wellington, aussitôt informé de cette maladresse, trouve dans la séparation qui se creuse entre la gauche et le centre des Français l'opportunité qu'il attend depuis le matin : il est désormais en mesure de s'attaquer tour à tour aux différentes divisions françaises. Il est 16 heures 30 environ.

Wellington prend aussitôt ses dispositions pour tirer le meilleur parti de la situation. La division Henry Campbell et la division légère de Charles Alten restent à l'extrême gauche, face à Foy. A sa droite, sur deux lignes, sont postées les divisions Galbraith Lowry Cole et James Leith. Viennent ensuite les divisions Henry Clinton, John Hope et Carlos de España, placées en colonne derrière le village de Los Arapiles . Enfin, la division Edward Pakenham complète le dispositif sur la droite. Cette dernière, bientôt renforcée de deux brigades d'artillerie et d'une brigade de cavalerie portugaise commandée par le major-général Benjamin d'Urban est immédiatement envoyée à l'assaut de l'extrême gauche française.

La division Thomières est isolée loin en avant. Elle résiste d'abord correctement bien que l'attaque l'ait surprise encore organisée en colonnes de marche. Elle finit cependant par céder face à une charge à la baïonnette, subit une déroute totale et cesse bientôt d'exister en tant qu'unité combattante. Près de la moitié des effectifs sont tués, soit 3 000 hommes, y compris leur général. Les rescapés fuient pour rejoindre la division Maucune, qui est sur le point de partager le même sort. Trop loin de Clauzel pour que celui-ci lui porte secours et croyant devoir subir l'assaut de la cavalerie anglaise, elle s'est formée en carrés, ce qui est une tactique suicidaire face à l'infanterie qui lui tombe en fait dessus. Les survivants des deux divisions françaises se précipitent donc encore plus en arrière, poursuivis par les coalisés.

Au même moment, les dragons du général anglais John Gaspard Le Marchant, débouchant en force à l'entrée du village des Arapiles  en provenance de Las Torres , anéantissent une bonne partie de la division Brennier qui s'y est imprudemment avancée. Le Marchant ne profite pas longtemps de son succès. Il meurt peu après sous les balles ennemies, la colonne vertébrale brisée.

Vers 17 heures, les divisions Cole et Leith sont envoyées à l'assaut du centre français, avec le soutien de Clinton et de Hope, tandis que la brigade Denis Pack reçoit pour mission de reprendre le grand Arapile . La division Bonet est d'abord repoussée (c'est à ce moment que ce général est blessé) puis rejette à son tour les Portugais, les poursuit sur les pentes de la butte et les détruit avec l'aide de la batterie d'artillerie établie à son sommmet.

Durant ces événements, ou peu avant (à trois heures selon le Marmont des Mémoires, à quatre selon son rapport du 31 juillet), le fait n'est toujours pas clairement établi, Marmont, en se précipitant vers son cheval pour tenter de remettre de l'ordre dans son armée, a été gravement blessé au côté et au bras droits. Le commandement est alors passé à Bonet, qui lui aussi, comme nous venons de le voir, a été rapidement mis hors de combat, si bien que c'est finalement Clauzel qui doit en assumer la responsabilité. Au total, durant ces péripéties et en plein cours d'une bataille mal engagée, l'armée française s'est retrouvée privée de chef pendant près d'une heure.

Le Grand Arapile et le Petit Arapile vus depuis l'ermitage de Nuestra Señora de la Peña
Le Grand Arapile et le Petit Arapile vus depuis l'ermitage de Nuestra Señora de la Peña

Prise de commandement du général Clauzel

Quand il prend en charge la bataille, la déroute est en train de devenir générale sur l'aile gauche française. Clauzel le sait. Il commence par se positionner sur le Teston de la Cabaña, plateau situé à l'ouest du grand Arapile, où il bénéficie du soutien de l'artillerie que Marmont y a installée le matin. Pourtant, malgré les terribles pertes que lui infligent ces canons, la 4ème division britannique est bien près de réussir à s'emparer de cette position. Elle prend pied sur le plateau et en expulse dans un premier temps la moitié des troupes de Clauzel. Mais celui-ci parvient à rallier ses hommes puis repousse définitivement les assaillants.

Le nouveau général en chef français, maintenant, est devant un choix : soit se retirer pour se réorganiser, soit tenter d'inverser le sort de la bataille en s'appuyant sur les divisions encore opérationnelles, celle de Sarrut, de Bonet et la sienne. La seconde option obtient sa préférence.

Tentative de contre-offensive

Clauzel décide d'attaquer le centre de Wellington, dans le but de couper l'armée alliée en deux. Il commande à Sarrut de donner aux trois divisions défaites le temps de se restructurer en les protégeant avec la sienne. Cela doit permettre de recréer dès que possible une masse de manoeuvre, soutenue par de la cavalerie. Trois régiments de la division Bonet sont envoyés en protéger le flanc droit, appuyés par les dragons du général Boyer ; la division Ferey reste en retrait pour assurer la garde du grand Arapile et le soutien de la division Clauzel ; cette dernière avance sur le champ de bataille .

Elle progresse en infligeant de lourdes pertes à la division Cole, dont le chef lui-même est blessé. Mais avant d'avoir pu percer le centre britannique, Clauzel doit subir sur son flanc gauche l'attaque d'une brigade portugaise commandée par William Beresford. Cette initiative brise l'élan des Français, qui doivent faire halte pour la repousser. La division Clauzel tient cependant le terrain jusqu'à ce que la 6ème division britannique monte en ligne avec Wellington à sa tête, pour donner l'assaut à la division Bonet. Celle-ci, face à la férocité de cette irruption, ne peut que reculer, ce qui découvre le flanc droit de Clauzel. Ce dernier n'a plus alors d'autre solution que de reculer à son tour.

Retraite

Vers six heures du soir, il est clair que la contre-attaque de Clauzel a échoué. Wellington avance partout. Sarrut subit l'assaut de trois divisions d'infanterie et de plusieurs brigades de cavalerie. Clauzel ne dispose plus que des divisions Foy et Ferrey. La première fait face à la 1ère division et à la division légère alliées, tandis que la seconde surveille une crête au sud-ouest du grand Arapile. Bien que Clauzel lui ait ordonné de tenir cette position à tout prix, Ferey doit malgré tout céder face à la 6ème division alliée. Il s'installe sur une nouvelle ligne que ses troupes parviennent à maintenir un temps, même après la mort de leur général, frappé à son tour par un boulet. Elles doivent ensuite à nouveau battre en retraite jusqu'à un bois où la confusion s'installe parmi elles. Par bonheur, les Anglais ne sont pas nombreux à les poursuivre.

Peu avant d'être blessé à son tour, Clauzel ordonne à la division Foy, la seule encore intacte, de couvrir la retraite de ce qu'il reste de l'armée française, et ce à n'importe quel prix. Malgré tous les efforts déployés par Wellington, celui-ci ne parvient pas à briser les lignes de Foy. Ce dernier se replie peu à peu vers la rivière Tormes , où une division espagnole, dans l'esprit du commandant anglais, doit lui bloquer le passage. Mais les espagnols ont quitté cette position sans en avertir leur hiérarchie et les Français peuvent franchir la rivière à Alba de Tormes  durant la nuit. Selon les témoins, la traversée se fait dans une telle anarchie qu'une poursuite un peu énergique aurait probablement abouti à la destruction totale de l'armée.

Le lendemain, l'armée française poursuit son chemin sur la route de Peñaranda, en direction de Valladolid. Son arrière-garde, vivement attaquée par la cavalerie allemande de Wellington, dirigée par le major-général George Bock, perd encore plusieurs centaines d'hommes. Ce combat est connu sous le nom de bataille de Garcia Hernandez [Garcihernández] . S'y produit, qui plus est à deux reprises, un fait d'armes extrêmement rare, l'enfoncement d'un carré d'infanterie par une charge de cavaliers, en l'occurrence les dragons lourds de la King's German Legion, unité d'élite composée de sujets allemands du roi d'Angleterre.


Responsabilité de la défaite

Quoi que l'armée du Portugal n'ait pas pu être détruite, à la grande consternation de Wellington, elle a subi une sévère défaite. Elle le doit probablement moins au talent du général anglais – pourtant indéniable tout au long de la campagne – qu'aux erreurs de son chef. Même s'il tente de se dédouaner dans ses rapports en chargeant ses subordonnés – sans en excepter Clauzel, à qui l'armée du Portugal doit pourtant de n'avoir pas subi un sort plus désastreux encore – il semble bien que le maréchal Marmont porte une responsabilité accablante dans la catastrophe. Son arrogance, sa conviction de l'incapacité de son adversaire à prendre l'offensive, lui ont fait commettre de lourdes fautes. Jamais il n'aurait dû envoyer plusieurs divisions avancer sans soutien dans le seul but d'infliger de légers dommages à une simple arrière-garde. Au moment de sa blessure, le flanc gauche français est si distendu que sa destruction peut paraître inéluctable. Placé sur le grand Arapile, le maréchal a pourtant dû parfaitement voir les mouvements de ses divisions. Si Thomières et Maucune ont laissé trop d'espace entre eux ou n'ont pas correctement exécuté leurs ordres, une intervention de sa part aurait dû y remédier avant l'attaque de Wellington. C'est d'ailleurs, selon ses Mémoires, ce qu'est sur le point de faire le maréchal lorsque sa blessure le prive du commandement. Le problème est que l'heure de cet événement fait question. Le maréchal lui-même varie dans ses déclarations : il le place à seize dans son rapport, à quinze dans ses Mémoires.

Quoi qu'il en soit, Foy écrira  : « C'est le duc de Raguse qui a commencé la bataille... et qui l'a commencée contre l'avis de Clauzel. La seule chose à faire était de circonscrire le désastre, et cela, Clauzel l'a fait. Les choses ne se seraient pas mieux passées si Marmont n'avait jamais été blessé. »

Ce 22 juillet 1812, l'intérêt des Français aurait été de temporiser. Au jour de la bataille, le roi Joseph, que Napoléon a nommé commandant en chef des armées françaises en Espagne le 16 mars précédent, et qui considère comme primordial de détruire le corps de Wellington, est en effet en route vers Salamanque avec un renfort de dix mille hommes environ. Mais soit que la nouvelle de cette approche, expédiée tardivement, ne lui soit pas parvenue à temps, soit qu'il n'ait pas voulu se voir priver par la présence du roi de la gloire d'un futur succès, le maréchal Marmont livre bataille sans attendre. Il a pourtant souvent réclamé des renforts au cours des semaines précédentes. Il manque en particulier de cavalerie et le peu dont il dispose est particulièrement mal monté : on a dû réquisitionner jusqu'aux chevaux des cantiniers. C'est pourtant au moment où Joseph lui amène enfin des hommes, lui qui s'est montré jusque-là incapable de fournir aucun secours, les chefs militaires sollicités faisant la sourde oreille, au moment où Marie François Auguste de Caffarelli du Falga, qui commande l'armée du Nord, se décide à envoyer 2 000 cavaliers, que Marmont entreprend de s'en passer.


Conséquences

La bataille des Arapiles est sans conteste, à cette date, la plus grave défaite essuyée par les Français en Espagne. Elle sape les fondations de la domination française dans ce royaume et assoit définitivement la réputation de l'armée anglaise et de son chef, dont on dit qu'il « a défait une armée de 40 000 hommes en 40 minutes ». Deux mois plus tard, Madrid, que le roi Joseph a dû fuir pour la dernière fois, tombe aux mains des coalisés. Ceux-ci mettront bientôt le siège devant Burgos. Les Français, eux, abandonnent Valladolid pour chercher refuge derrière l'Ebre.


Ordre de bataille

  1. Forces Françaises
    1. Commandant en chef : maréchal Auguste Louis Viesse de Marmont
    2. Infanterie
      1. 1ère division : général de division Maximilien Sébastien Foy
      2. 2ème division : général de division Bertrand Clauzel
      3. 3ème division : général de division Claude François Ferey
      4. 4ème division : général de division Jacques Thomas Sarrut
      5. 5ème division : général de division Antoine Louis Popon de Maucune
      6. 6ème division : général de brigade Eloi Charlemagne Taupin
      7. 7ème division : général de brigade Jean Guillaume Barthélemy Thomières
      8. 8ème division : général de division Jean Pierre François Bonet
    3. Cavalerie
      1. Brigade de cavalerie : général de brigade Pierre François Xavier Boyer
      2. Brigade de cavalerie : général de brigade Jean-Baptiste Théodore Curto
    4. Artillerie : général de brigade Louis Tirlet
  1. Armée anglo-portugaise
    1. Commandant en chef : lieutenant-général Arthur Wellesley de Wellington
    2. Infanterie
      1. 1ère division britannique : major-général Henry Campbell
      2. 3ème division britannique : major-général Edward Pakenham
      3. 4ème division britannique : major-général Galbraith Lowry Cole
      4. 5ème division britannique : lieutenant-général James Leith
      5. 6ème division britannique : major-général Henry Clinton
      6. 7ème division britannique : lieutenant-général John Hope
      7. Division d'infanterie légère : major-général Charles Alten
      8. Division espagnole : Carlos de España
      9. 1ère brigade portugaise : colonel Denis Pack
      10. 2ème brigade portugaise : major-général Thomas Bradford
    3. Cavalerie : lieutenant-général Stapleton Cotton
      1. 1ère brigade britannique : major-général John Le Marchant
      2. 2ème brigade britannique : major-général George Anson
      3. Brigade de chevau-légers anglo-allemands : major-général Victor Alten
      4. Brigade de dragons lourds de la King's German Legion : major-général George Bock
      5. Brigade de dragons portugais : major-général Benjamin d'Urban
    4. Artillerie : Hoylet Framingham

*  *  *

Si Marmont est aussi fermement convaincu que Wellington ne lancera jamais d'attaque d'envergure, quelles que soient les circonstances, c'est d'une part que la réputation défensive du général en chef anglais est bien établie, d'autre part que les deux armées se sont fait face plusieurs jours durant, à la fin juin, sans que les Anglais, pourtant en supériorité numérique, n'aient rien tenté – Wellington a d'ailleurs été critiqué pour son inaction. La conviction de Marmont est ainsi devenue absolue et il pense probablement ne courir aucun risque en faisant coulisser le flanc de son armée contre celui de l'armée anglaise. Une bien lourde erreur.

Témoignages

Le maréchal Marmont à Napoléon.

Tudela, le 31 juillet 1812.

Sire, je viens de rendre compte au ministre de la guerre des événements qui ont eu lieu depuis que les Anglais ont commencé à agir contre l'armée de Portugal. Mon rapport contient le détail de mes opérations jusqu'au moment où ma malheureuse blessure m'a privé du commandement. J'ai cru devoir envoyer un de mes aides de camp, M. le capitaine Fabvier, pour porter ce rapport à Paris. J'ai pensé aussi que Votre Majesté ne désapprouverait pas que cet officier, qui est parfaitement au fait de tout ce qui s'est passé et qui connaît l'état des choses, se rendit près d'elle pour lui donner tous les renseignements qu'elle pourrait désirer et répondre aux questions quelle daignerait lui faire.
Sire, un combat s'est engagé le 22 juillet avec les Anglais ;il a été sanglant. J'ai été frappé auparavant, et au moment où tout nous présageait des succès et où la présence du chef était le plus nécessaire ;mais la fortune, en m'éloignant de l'armée, a abandonné nos armes. Que n'ai-je pu, Sire, conserver le commandement jusqu'à la fin de la journée au prix de tout mon sang et de ma vie !"

Le maréchal Marmont au ministre de la guerre.

Le 21, ayant été informé que l'ennemi n'occupait pas Alba de Tormes, j'y fis jeter une garnison. Le même jour, je passai la rivière sur deux colonnes, prenant ma direction par la lisière des bois et établissant mon camp entre Alba de Tormes et Salamanque. Mon objet était, en prenant cette position, de continuer le mouvement par ma gauche, afin de déposter l'ennemi des environs de Salamanque pour le combattre avec plus d'avantage. Je comptais prendre une bonne position défensive où l'ennemi ne pût rien entreprendre contre moi, et enfin venir assez près de lui pour pouvoir profiter des premières fautes qu'il ferait et l'attaquer avec vigueur. Le 22 au matin, je me portai sur les hauteurs de Calvarossa de Arriba pour reconnaître l'ennemi. J'y trouvai une division qui venait d'y arriver ; d'autres étaient en marche pour s'y rendre. Quelque tiraillement s'engagea pour occuper des postes d'observation dont nous restâmes respectivement les maîtres. Tout annonçait que l'ennemi avait l'intention d'occuper la position de Tejarès, qui était à une lieue en arrière de celle dans laquelle il se trouvait dans ce moment, distante d'une lieue et demie en avant de Salamanque. Cependant il rassembla beaucoup de forces sur ce point, et, comme son mouvement sur Tejarès pouvait être difficile si toute l'armée française était en présence, je crus utile de l'appeler, afin de pouvoir faire ce que les circonstances commanderaient. Il y avait entre nous et les Anglais deux mamelons isolés appelés les Arapilès. Je donnai l'ordre au général Bonnet de faire occuper celui qui appartenait à la position que nous devions prendre ;ses troupes le firent avec promptitude et dextérité. L'ennemi fit occuper le sien ;mais il était dominé par le nôtre à la distance de deux cent cinquante toises. Je destinai, dans le cas où il y aurait un mouvement général par la gauche et où il y aurait une bataille, ce mamelon à être le pivot et le point d'appui de droite de toute l'armée. La première division eut ordre d'occuper et de défendre le plateau de Calvarossa, qui est précédé et gardé par un ravin large et profond. La troisième division était en deuxième ligne, destinée à la soutenir, et les deuxième, quatrième, cinquième et sixième se trouvaient à la tête des bois en masse derrière la position d'Arapilès, pouvant se porter également de tous les côtés, tandis que la septième division occupait la tête gauche du bois, qui formait un mamelon extrêmement âpre et d'un difficile accès, et que je faisais garnir de vingt pièces de canon. La cavalerie légère fut chargée d'éclairer la gauche et de se placer en avant de la septième division. Les dragons restèrent en seconde ligne à la droite de l'armée. Telles étaient les dispositions faites vers le milieu de la journée.

L'ennemi avait ses troupes parallèlement à moi, prolongeant sa droite et se liant à la montagne de Téjarès, qui paraissait toujours son point de retraite.

Il y avait en avant du plateau occupé par l'artillerie un autre vaste plateau facile à défendre, et qui avait une action bien plus immédiate sur les mouvements de l'ennemi. La possession de ce plateau me donnait les moyens, dans le cas où j'aurais voulu manoeuvrer vers la soirée, de me porter sur les communications de l'ennemi sur Tamamès : ce poste, d'ailleurs bien occupé, était inexpugnable et complétait même la position que j'avais prise ; il était d'ailleurs indispensable de l'occuper, attendu que l'ennemi venait de renforcer son centre, d'où il pouvait se porter en masse sur ce plateau et commencer son attaque par la prise de ce point important. En conséquence, je donnais l'ordre à la cinquième division d'aller prendre position à l'extrémité droite de ce plateau, dont le feu se liait parfaitement avec celui d'Arapilès, à la septième division de se placer en seconde ligne pour la soutenir, à la deuxième de se tenir en réserve de celle-ci, et à la sixième d'occuper le plateau de la tête du bois où restait encore un grand nombre de pièces. Je donnai l'ordre également au général Bonnet de faire occuper par le 122ème un mamelon intermédiaire entre le grand plateau et le mamelon d'Arapilès qui défendait le débouché du village d'Arapilès ;enfin j'ordonnai au général Boyer, commandant les dragons, de laisser un régiment pour éclairer la droite du général Foy, et de porter les trois autres régiments en avant du bois sur le flanc de la deuxième division ;de manière à pouvoir, si l'ennemi attaquait le plateau, le charger par la droite de ce plateau, tandis que la cavalerie légère chargerait par sa gauche. La plupart de ces mouvements s'exécutèrent avec irrégularité : la cinquième division, après avoir pris le poste indiqué, s'étendit par sa gauche sans motifs ni raison ;la septième division, qui avait ordre de la soutenir, se porta à sa hauteur ;enfin la deuxième division se trouvait encore en arrière. Je sentis toutes les conséquences que ces irrégularités pouvaient avoir, et je résolus d'y remédier moi-même sur-le-champ, ce qui était chose facile, l'ennemi n'ayant fait encore aucun mouvement. En même temps je reçus le rapport que l'ennemi faisait passer de nouvelles troupes de sa gauche à sa droite ; j'ordonnai aux quatrième et troisième divisions de se porter par la lisière du bois à hauteur, afin que je pusse en disposer au besoin. Il était quatre heures un quart, et je me portais au plateau qui allait être l'objet d'une lutte opiniâtre ; mais dans ce moment un boulet creux m'atteignit, me fracassa le bras droit et me fit deux larges blessures au côté droit ; je devins ainsi incapable de prendre aucune espèce de part au commandement. Ce temps précieux, que j'aurais employé à rectifier le placement des troupes sur la gauche, se passa sans fruit. De l'absence du commandement naît l'anarchie, et de là le désordre. Cependant le temps s'écoule sans que l'ennemi entreprenne rien. Enfin à cinq heures, jugeant que la situation est favorable, l'ennemi attaque avec impétuosité cette gauche mal formée, les divisions combattant repoussent l'ennemi, en sont repoussées à leur tour ; mais elles agissent sans ensemble et sans méthode ; les divisions que j'avais appelées pour soutenir les premières se trouvent dans le cas de prendre part au combat sans l'avoir prévu ; chaque général fait des efforts extraordinaires pour pouvoir suppléer par ses dispositions particulières à ce que l'ensemble laisse à désirer ; mais, s'il peut y parvenir en partie, il ne le peut complètement. L'artillerie se couvre de gloire, fait des prodiges de valeur et au milieu de nos pertes l'ennemi en fait d'énormes ; il dirige des attaques sur Arapilès que le brave 120ème défendait ;il en est repoussé laissant plus de huit cents morts sur la place ; enfin l'armée se replie, évacue les plateaux et se retire à la lisière du bois ;là l'ennemi fait de nouveaux effo rts ; la division Foy, qui se trouve par la nature des choses chargée de couvrir le mouvement rétrograde, est attaquée avec vigueur, repousse l'ennemi constamment. Cette division ainsi que son général méritent les plus grands éloges. Dès ce moment la retraite s'effectua sur Alba de Tormes, sans être inquiétée par l'ennemi. Notre perte s'élève à six mille hommes environ hors de combat ;nous avons perdu neuf pièces de canon qui, étant démontées, n'ont pu être transportées ;tout le reste des bagages, tout le parc d'artillerie, tout le matériel de l'armée a été emmené.

Il m'est difficile, monsieur le duc, d'exprimer les divers sentiments qui m'ont agité au moment où la fatale blessure que j'ai reçue m'a éloigné de l'armée ; j'aurais échangé avec délices cette blessure contre la certitude de recevoir un coup mortel à la fin de la journée, pour conserver la faculté du commandement, tant je connaissais l'importance des événements qui allaient se passer, et combien en ce moment, où le choc des deux armées semblait se préparer, la présence du chef était nécessaire pour l'ensemble à donner au mouvement des troupes et pour en diriger l'action.

Ainsi un moment de malheur a détruit le résultat de six semaines de combinaisons sages, de mouvements méthodiques, dont l'issue jusqu'alors paraissait certaine et dont tout nous faisait présager de recueillir les fruits.

Le 23, l'armée fit sa retraite d'Alba de Tormes sur Peñaranda, en prenant sa direction vers le Duero. Toute la cavalerie ennemie atteignit notre arrière-garde, composée de cavalerie et de la première division ; cette cavalerie se replia et laissa cette division trop engagée ; mais elle forma ses carrés pour résister à l'ennemi. Un d'eux fut enfoncé, les autres résistèrent, et celui du 69ème notamment tua deux cents chevaux à l'ennemi à coups de baïonnette ; depuis ce temps il n'a fait aucune tentative contre nous.

Ce manque de cavalerie fut préjudiciable à l’infanterie française qui manqua d’appui et de protection lors de ses manœuvres.

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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