Napoleon & Empire

Campagne de France de 1814 : les opérations militaires

En janvier 1814, Napoléon chausse « les bottes du général de la campagne d'Italie » et s'en va endiguer la déferlante alliée au Nord-Est de la France. Il va y parvenir deux mois durant, s'appuyant sur des troupes inexpérimentées – les fameux « Marie-Louise » – mal équipées et en bien trop petit nombre. Au prix d'une débauche d'énergie et d'audace, sautant d'un champ d'opérations à l'autre, il parvient à faire naître un instant le doute dans le commandement ennemi.

Mais les faits sont têtus : une trop grande disparité des forces, la lassitude des chefs de son armée, la pusillanimité des hommes auxquels il a confié les clés de sa capitale, la trahison, auront finalement raison de ce dernier sursaut.

Dernier chef d'oeuvre militaire d'un Napoléon sous lequel perçait cette fois Bonaparte, la campagne de France n'en est pas moins belle pour s'être achevée dans la défaite.

La Campagne de France de 1814 jour après jour  La Campagne de France de 1814 jour après jour

Etat des forces en présence au début de la campagne de France

Au début de janvier 1814, Napoléon dispose d'environ 150 000 soldats. Aux 60 à 70 000 qu'il a ramené avec lui d'Allemagne à la fin de novembre 1813 se sont ajoutés 150 000 hommes de renforts. Mais cet effectif théorique de 220 000 combattants a vite diminué d'un tiers par suite d'épidémies de typhus en décembre 1813.

Ces forces sont réparties ainsi :

  1. 36 000 hommes aux Pays-Bas, dont 20 000 occupent les places fortes, le reste commandé par le général Nicolas-Joseph Maison ;
  2. 22 000 sur le Rhin inférieur, sous le maréchal Etienne Macdonald ;
  3. 10 000 en Lorraine, sous le maréchal Michel Ney ;
  4. 20 000 sur le Rhin moyen, sous le maréchal Auguste Viesse de Marmont ;
  5. 14 000 sur le Rhin supérieur, sous le maréchal Claude-Victor Perrin, dit Victor ;
  6. 36 000 dans les places fortes du Rhin et de la frontière Suisse ;
  7. 12 000 à la frontière suisse, sous le maréchal Adolphe Mortier ;
  8. 1 600 à Lyon, sous le maréchal Charles Augereau.

Le corps de campagne (maréchaux Macdonald, Ney, Marmont, Victor, Mortier) ne comprend donc au total que 78 000 hommes. Quant aux 10 à 20 000 en réserve à Paris, ils n'interviendront que lorsque les effectifs des maréchaux auront déjà fondu.

Du côté des alliés, le généralissime, Karl Philipp Fürst zu Schwarzenberg, dispose en propre d'une armée de 200 000 hommes, formée de troupes autrichiennes, allemandes et d'un corps russe sous Pierre zu Sayn-Wittgenstein. Il a également sous ses ordres, au moins nominalement, Gebhard Leberecht von Blücher, qui commande 65 000 prussiens. D'autres corps arriveront plus tard : ceux de Ferdinand von Wintzingerode, Friedrich Kleist von Nollendorf, du duc Ernest de Saxe-Cobourg-Saalfeld, du prince héritier Louis de Hesse...

Sans même faire état des forces envahissant la Hollande sous la direction de Jean-Baptiste Bernadotte (en sa qualité de prince héritier de Suède), ce sont donc 265 000 alliés qui marchent contre 115 000 Français (si l'on ôte les 36 000 hommes laissés aux Pays-Bas).

Début des opérations

Schwarzenberg franchit la frontière début janvier. Les différentes composantes de son armée pénètrent en France depuis Strasbourg  jusqu'à la latitude de Neuchâtel (la ville est française depuis 1806) et les routes divergentes qu'il leur assigne étirent encore un front qui s'étend de Strasbourg à Dijon sur 450 kilomètres. Témoignant de ce dangereux éparpillement, le corps principal, qui marche avec le général en chef, compte à peine 30 000 hommes quand il arrive à Vesoul. Par chance pour le général autrichien, ni Victor ni Mortier ne sont en état de tenter quelque chose.

Blücher, lui, passe le Rhin le 1er janvier autour de Coblence puis refoule Marmont jusque dans la vallée de la Moselle et sous Metz. Il y laisse Johann David Ludwig Yorck von Wartenburg et marche ensuite, avec 28 000 hommes, sur Nancy puis sur l'Aube .

A la mi-janvier, Schwarzenberg regroupe ses forces. Il prend le parti de ne laisser que de faibles détachements devant les places fortes, replie plusieurs corps sur son centre, et marche avec lui en direction de Bar-sur-Aube , où il doit faire sa jonction avec Blücher.

Les maréchaux français n'ont pu livrer aucun combat et reculent partout. Mortier, qui s'est d'abord avancé vers Chaumont , regagne la vallée de l'Aube ; Macdonald, qui voit Winzingerode traverser le Rhin avec une dizaine de jours de retard sur le reste des envahisseurs, se dirige vers Châlons-sur-Marne (Châlons-en-Champagne) ; Victor et Marmont se retirent d'abord derrière la Meuse puis sur la Marne où ils joignent Ney le 24.

Pendant ce temps, l'armée principale alliée continue à se concentrer. Le 24, Schwarzenberg est devant Bar-sur-Aube  où Mortier accepte le combat avant de se replier sur Troyes . Les différents corps ennemis se rassemblent dans les jours qui suivent, à l'exception de Yorck. A ce moment-là, les alliés ont rassemblé 130 000 hommes pour tenir la campagne, le reste ayant été laissé en arrière.

Le 26, Victor, Marmont et Ney font leur jonction avec Napoléon à Vitry . L'Empereur, ayant amené avec lui 10 à 15 000 soldats, dispose d'une masse de 45 000 hommes. Il quitte Vitry en y laissant une arrière-garde (la ville est immédiatement investie par les troupes de Yorck) et avance jusqu'à Saint-Dizier, croyant rencontrer les Alliés vers Langres. Apprenant que Blücher compte franchir l'Aube, il se dirige sur lui. La stratégie de l'Empereur est en effet d'empêcher la jonction de ce dernier avec Schwarzenberg.

Le 29 janvier 1814 a lieu la bataille de Brienne  au cours de laquelle Napoléon espère écraser un Blücher, qui, poussé par sa fougue habituelle, s'est déjà dangereusement éloigné des troupes autrichiennes en entamant sa marche vers Paris. Bien que victorieuse pour les Français, la bataille n'a pas le résultat escompté.

Trois jours plus tard, le 1er février, Blücher attaque à son tour, à La Rothière . Cette bataille là, Napoléon ne l'a pas voulue, sans quoi il aurait probablement frappé l'avant-veille quand Blücher était réduit à ses seules forces (25 000 hommes) ou la veille, après l'arrivée de Marmont. En l'état, les Prussiens, renforcés par les corps du prince royal de Wurtemberg, de Carl Philipp von Wrede et de Ignácz Gyulay alignent environ 74 000 combattants face à 40 000 Français. Ceux-ci ont le dessous et perdent 2 500 hommes et 53 canons . Napoléon envoie Marmont se replier jusqu'à Ramerupt, sur la rive droite de l'Aube. De son côté, traversant Lesmont , il se retire jusqu'à Troyes et y passe la Seine pour rejoindre Mortier.

Au lieu de poursuivre l'ennemi vaincu, Blücher décide de se séparer décidément du gros de l'armée et de se diriger vers la Marne. Il compte y retrouver les corps de Kleist, Alexandre-Louis Andrault de Langeron et Yorck. Les 50 000 hommes ainsi réunis doivent, dans son esprit, lui permettre de repousser jusque sous Paris les troupes de Macdonald, qui viennent d'arriver dans la vallée de la Marne. Schwarzenberg, lui, doit se tenir au contact de Napoléon et limiter ses mouvements. Il le suit donc jusqu'à Troyes. La ville est occupée par les alliés le 8 févier : une progression de seulement 45 kilomètres en huit jours, et ce derrière une armée battue !

Combats sur la Marne

Napoléon, devant le manque d'initiative et la pusillanimité d'un Schwarzenberg incapable de profiter de ses avantages, laisse Victor et Nicolas Charles Oudinot seuls avec 20 000 hommes devant le général autrichien et ses 100 000 soldats. Au soir du 6 février, alors qu'il a installé son quartier général au château de Ferreux-Quincey, l'Empereur conçoit la manoeuvre contre Blücher qui amènera la victoire de Montmirail. Il peut ainsi se ruer vers la Marne sur les pas du général prussien, de loin le plus entreprenant des ennemis, avec des forces presque équivalentes à celles de son adversaire. Il entame sa marche le 7 février avec Mortier et Ney, rallie Marmont à Nogent et marche sur Sézanne  le 9.

A cette date, Yorck, après avoir chassé les français de Vitry, a forcé Macdonald à évacuer Châlons (5 février) et à faire retraite jusqu'à Epernay , où il l'a suivi. Le 9, il est à Dormans, avec son avant-garde à Château-Thierry ; Blücher est à Vertus  et sa cavalerie s'est même avancée jusque près de Meaux , soutenue par le général Fabian Gottlieb von Osten-Sacken, dans l'intention de couper la retraite de Macdonald ; il y a été rejoint le jour-même par Kleist et Pjotr Michailowitsch Kapzewitsch, venus de Châlons-sur-Marne ; Olsufiev est à Champaubert , là où le chemin de Sézanne rejoint la route de Paris à Châlons ; Sacken est à Montmirail  avec son avant-garde à La Ferté-sous-Jouarre. En poursuivant simultanément deux objectifs opposés : détruire le corps de Macdonald et attendre l’arrivé de Kleist et Kapzewitch, Blücher a trop dispersé les différents corps de son armée, leur interdisant tout soutien mutuel en cas d'attaque. Napoléon, bien sûr, l'a remarqué. Il va vigoureusement exploiter cette erreur.

Le 10 février 1814, Napoléon marche sur Champaubert  et y anéantit le corps de Zakahr Dmitrievich Olsufiev. Blücher arrive à la Fère Champenoise  avec les corps de Kleist et Kapzewitch, puis, à la nouvelle de la défaite d'Olsufiev, les ramène à Vertus.

Le 11, Napoleon laisse Marmont derrière lui pour masquer son propre mouvement et se porte avec 30 000 hommes au devant d'Osten-Sacken, qui, après avoir été envoyé vers La Ferté-sous-Jouarre, a reçu l'ordre de revenir sur ses pas et arrive à Montmirail. Osten-Sacken et ses 15 000 hommes sont écrasés. Yorck, qui se trouve à Viffort , accourt pour lui porter secours. Les deux généraux regroupent leurs forces dans ce village.

Le 12 février, poursuivis par l'Empereur, Yorck et Osten-Sacken reculent jusqu'à Château-Thierry . Yorck doit y livrer un combat d'arrière-garde qui tourne au désastre. Napoléon reprend la ville tandis que ses adversaires poursuivent leur marche vers Oulchy.

Le même jour, Kleist et Kapzewitsch sont à Bergères-les-Vertus  avec en face d'eux Marmont, à Etoges . Macdonald, qui a réussi à réorganiser ses troupes à Meaux, où elles sont arrivées en débandade, reçoit l'ordre de marcher sur Troyes. Le 14, il rejoint Victor et Oudinot à Guignes .

Le 13, Blücher, informé des défaites de ses lieutenants, qui ont été rejetés derrière la Marne, reprend l'offensive. Voyant que Marmont reste inerte face à lui, il en déduit que Napoléon marche sur Sézanne pour rejoindre la vallée de la Seine. Il avance donc sur Champaubert, comptant réparer ses échecs dans de nouveaux combats. Marmont est refoulé sur Montmirail. Mais Napoléon, ayant chargé Mortier de poursuivre Osten-Sacken et Yorck, est resté à Château-Thierry.

Constatant que l'offensive de Blücher lui fournit l'occasion d'un nouveau succès, Napoléon rejoint Marmont à Montmirail le 14 février, arrive à Vauchamps  et attaque le trop fougueux général prussien. Ce dernier, qui a 20 000 hommes mais pas de cavalerie, est repoussé sur Champaubert avec de grosses pertes.

Entre le 8 et le 14 février, Blücher a perdu 15 000 hommes et un nombre considérable de canons. Ces journées ont été un désastre pour les alliés et par conséquent un grand succès pour Napoléon. Celui-ci, satisfait, repasse sur la Seine en emmenant le maréchal Ney. Marmont et Mortier restent face à Blücher.

Opérations sur la Seine et retraite de Schwarzenberg sur l'Aube

Pendant que ces opérations se déroulent sur la Marne, Schwarzenberg, au lieu de réunir ses forces pour faire mouvement sur Paris, comme la victoire de La Rothière aurait dû l'y inciter, envoie le prince royal de Wurtemberg prendre Sens , fait attaquer Nogent par Wrede et Wittgenstein et avance lui-même lentement sur la basse-Seine, en multipliant les mouvements inutiles. Victor et Oudinot, eux, se sont repliés derrière le fleuve. Les 10, 11 et 12 février, les troupes de Victor, à Nogent, résistent admirablement à celles de Wittgenstein et Wrede. Wittgenstein finit cependant par passer la Seine à Pont-sur-Seine tandis que Wrede la traverse à Bray puis engage le combat près de Saint-Sauveur avec Oudinot le lendemain. Les maréchaux français doivent reculer par Provins et Nangis derrière l'Yères. Macdonald les y rejoint avec 12 000 hommes et quelques troupes tirées d'Espagne. Ensemble, ils sont désormais assez forts pour tenir la position. Le 16, Napoléon les rejoint, suivi le 17 par ses soldats qui ont réalisé des miracles de rapidité.

Schwarzenberg met en place un dispositif excessivement étendu. Ses troupes forment un triangle dont les sommets sont à Nogent, Montereau et Sens. Trois corps sont gaspillés à surveiller la route entre Montereau et Sens, nullement menacée par des détachements français aux effectifs insignifiants. Sa réserve est à Nogent, avec Mikhaïl Bogdanovitch Barclay de Tolly.

Le 17, Napoléon attaque Wittgenstein qui s'en retourne sur Provins après s'être imprudemment avancé beaucoup plus loin que prévu. L'avant-garde autrichienne, à Mormant , est décimée. Wrede, plus téméraire encore, subit le même sort à Villeneuve-le-Comte-Champagne (Villeneuve-les-Bordes ).

Le 18 février 1814, devant Montereau , c'est au tour du prince de Wurtemberg de voir son corps d'armée assailli et à demi détruit.

En réaction à ces échecs, Schwarzenberg recule à Troyes et rappelle Blücher qui a rassemblé son armée à Châlons-sur-Marne. Le corps du général Winzingerode, qui a enfin achevé sa très lente remontée de la Meuse, vient d'attendre Reims . Blücher le charge d'observer Mortier tandis que lui-même se rapproche de Schwarzenberg. Marmont le suit par sa droite et s'arrête à Sézanne.

Le 22, Schwarzenberg a concentré son armée autour de Troyes, sur les deux rives de la Seine, et Blücher a atteint Méry . Napoléon, lui, se dirige vers Nogent-sur-Seine.

Schwarzenberg songe à livrer une bataille décisive. Ses forces se montent à 150 000 hommes alors que les Français n'en ont que 50 à 60 000. Mais il apprend qu'Augereau, au sud, a refoulé le général Ferdinand von Bubna und Littitz en Suisse. Toujours pusillanime, il voit soudain dans le vieux maréchal et ses 20 000 hommes un grave danger pour sa campagne dans le bassin parisien. Il envoie donc sur le Rhône le prince de Hesse-Hombourg avec ses 12 000 hommes auxquels il ajoute 30 000 soldats détachés des troupes autrichiennes. Ces 40 à 50 000 hommes rendent le succès certain sur cet autre théâtre d'opération et en effet, en mars, Augereau sera repoussé jusqu'à Valence (Drôme). En revanche, cette ponction effectuée sur l'armée principale, ajoutée aux échecs récents, l'affaiblit dans des proportions telles que les principaux chefs alliés décident de reculer jusqu'à Langres et de proposer un armistice à Napoléon.

Blücher seul n'est pas d'accord. Il pense que ce repli ne peut que préluder à une retraite complète. Et il se sépare à nouveau. Sa décision va sceller le sort de la campagne. Ses raisons sont d'ailleurs excellentes : Winzingerode est tout près de le rejoindre avec 25 000 hommes ; Friedrich Wilhelm von Bülow est à Laon avec 16 000 autres venus des Pays-Bas ; de nouvelles troupes sont parties d'Erfurt et de Mayence pour le rejoindre. En tout 100 000 hommes seront bientôt réunis sur la Marne et sous son commandement, bien assez pour tenir tête, à lui seul, à l'armée française.

Schwarzenberg commence cependant à retraiter le 23. Il est à Troyes le 24 et se dirige vers l'Aube. Une fois intégrés les desseins de Blücher, le plan des alliés prévoit désormais le seul repli de l'armée principale jusqu'à Langres, où elle se tiendra sur la défensive, tandis que le général prussien et le prince Louis-Guillaume de Hesse-Hombourg prendront l'offensive. Blücher doit s'appuyer sur les Pays-Bas où les corps du duc Charles-Auguste de Saxe-Weimar-Eisenach et de Bernadotte stationnent en soutien. Au total, il s'agit bien, pour l'essentiel, d'une retraite dissimulée.

Napoléon donne 25 000 hommes à Oudinot et Macdonald et les charge de suivre Schwarzenberg. Pour son compte, avec les corps de Victor et de Ney, il poursuit Blücher qui part de Méry le 24.

Schwarzenberg replie ses ailes respectivement de Troyes à Bar-sur-Aube et de Bar-sur-Seine à la Ferté-sur-Aube. Le 26, Blücher fait savoir au commandement allié que l'armée principale n'est poursuivie que par deux maréchaux. Le roi de Prusse parvient à décider Schwarzenberg à interrompre la retraite pour se retourner contre eux. Oudinot est attaqué le 27 par l'aile droite après son passage de l'Aube à Bar-sur-Aube et Macdonald le 28 par l'aile gauche à La Ferté-sur-Aube. Battus, ils sont tous deux rejetés sur la Seine.

Offensive de Blücher puis repli sur Laon

Livré à lui-même, Blücher a un plan simple, voire simpliste : rassembler ses troupes aussi près que possible de Paris et saisir toutes les opportunités.

Pour rejoindre Bülow et Winzingerode qui occupent la région de Reims et Laon, il décide de marcher sur La Ferté-sous-Jouarre en passant par Sézanne. Comme Marmont est toujours à Sézanne et Mortier à Château-Thierry, il doit battre le premier s'il le trouve sur son passage et faire face au second. Il lui faut également traverser l'Aube avant que Napoléon ne le talonne. Il y réussit en jetant un pont de bateaux à Baudement, près d'Anglure.

Voyant cela, Marmont quitte Sézanne pour La Ferté-sous-Jouarre ou Mortier le rejoint le 26. Ils se replient ensuite de concert sur Meaux le 27. Le même jour, Blücher passe la Marne à La Ferté-sous-Jouarre. Il y laisse Yorck et envoie Osten-Sacken et Langeron à Trilport, à deux pas de Meaux. Le 28, Kleist passe l'Ourcq à Lizy-sur-Ourcq en vue de gagner la route de Meaux à Soissons , dont Blücher tient à s'emparer. Mais il se fait attaquer par Marmont et Mortier près de Gué-à-Tresmes et, en l'absence de soutien, doit se replier par la route dont il devait s'emparer. Blücher, qui a rappelé Sacken et Langeron, n'a plus d'autre choix que de remonter le cours de l'Ourcq. Le 1er mars, il est non loin de Crouy quand Napoléon arrive à son tour sur la Marne.

Abandonnant alors l'idée de passer l'Ourcq, Blücher prend le lendemain la route de Soissons par Oulchy et envoie à Bülow l'ordre de se rapprocher de lui. En conséquence, celui-ci marche sur Soissons, retrouve Winzingerode sous les murs de la ville le 2 mars et reçoit la capitulation de ses défenseurs le 3. Cette reddition inattendue (la résistance avait été beaucoup plus longue lors du premier assaut sur la ville, à la mi-février) facilite grandement les opérations de Blücher. Le passage de l'Aisne lui devient une opération aisée et la concentration de ses corps s'en trouve considérablement accélérée. Dans le cas contraire, il aurait dû jeter un pont de bateaux sur la rivière ou emprunter le pont de Missy, non détruit. La chute de Soissons n'est donc probablement pas pour lui, malgré ce que pensent certains, la divine surprise qui rétablit une situation désespérée. D'autant plus que Napoléon, qui franchit la Marne à La Ferté-sous-Jouarre  le 3 mars, a deux journées de retard sur les Prussiens.

L'Empereur, à ce moment, cherche la bataille mais veut au préalable recevoir quelques renforts qui arrivent sur Reims depuis les Ardennes. Plutôt que de marcher directement sur Soissons, il traverse donc Château-Thierry, Fismes , d'où il envoie un détachement reprendre Reims, et Berry-au-Bac  où il franchit l'Aisne .

Blücher et son armée sont toujours sous Soissons. Le général prussien a d'abord prévu d'attaquer Napoléon au moment où il franchirait l'Aisne. Il pense ensuite l'assaillir de flanc entre l'Aisne et la Lette . Le 6 mars, il avance sur Braye-en-Laonnois  mais décide finalement de n'accepter la bataille décisive que près de Laon quand il apprend, le même jour, que les Français ont franchi le défilé de Berry-au-Bac et envoyé un détachement sur Laon .

En se repliant sur Laon, Blücher laisse cependant sur le plateau de Craonne  l'infanterie de Winzingerode, sous le commandement du général Mikhaïl Semionovitch Vorontsov (Woronzoff). La position est exceptionnellement forte. Il n'est pas possible aux Français de la laisser derrière eux. Winzingerode, avec 10 000 cavaliers, quitte Braye dans la nuit du 7 au 8 mars 1814 pour rejoindre la route de Laon à Reims par Fetieux. Sa mission est d'assaillir le flanc et les arrières d'un Napoléon aux prises avec Voronsoff. Kleist et Langeron suivent Winzingerode de près ; Bülow et Yorck se dirigent sur Laon ; Osten-Sacken reste à Braye pour soutenir Voronsoff.

Napoléon appelle Marmont et Mortier à Berry-au-Bac puis attaque le plateau de Craonne le 7 mars. Winzingerode, pour s'être perdu au cours de sa marche, ne peut prendre part à un combat dont l'issue aurait probablement été différente s'il s'y fût mêlé. La victoire coûte à Napoléon 8 000 hommes, ce qui est considérable, surtout en regard des effectifs dont il dispose. Les pertes de Voronsoff s'élèvent à 4 700 hommes mais il ne perd aucun canon. Il peut ensuite faire retraite en bon ordre et couvrir la marche de l'armée de Blücher sur Laon. Quoique perdu, ce combat est un succès stratégique pour les alliés .

La bataille de Laon se déroule les 9 et 10 mars. Les Français sont battus. En l'absence de poursuite, ils se maintiennent les jours suivants aux abords de Soissons et de Fismes. Le 12, Reims  est reprise par les alliés sous le commandement du général Guillaume Emmanuel Guignard de Saint-Priest. Napoléon réagit aussitôt.

Il laisse la garde de Soissons à Mortier, marche immédiatement sur Reims, tombe sur Saint-Priest dès le 13 après-midi, lui inflige des pertes colossales et s'installe dans la ville. Il y passe les journées du 14, 15 et 16 à recevoir les renforts qui lui arrivent des Ardennes (4 000 hommes) et de Paris (6 000). Le 17, il repart pour l'Aube et gagne Plancy-l'Abbaye , sur l'Aube , en passant par Epernay et la Fère-Champenoise. Pendant tout ce temps, Blücher se cantonne dans une stricte défensive, se contentant de s'étendre jusqu'à Compiègne pour assurer son approvisionnement. Il attend le départ de Napoléon, bientôt rendu nécessaire par la supériorité de l'armée de Schwarzenberg sur celles des maréchaux affectés à sa surveillance.

Retour de Napoléon sur l'Aube

Ceux-ci ont en effet dû se replier derrière la Seine après de nouveaux engagements malheureux, le 2 mars à Bar-sur-Seine pour Macdonald, le 3 sur la Barse (un affluent de la Seine) pour Oudinot. Le 4, ils doivent évacuer Troyes et mettent en place une nouvelle ligne de défense s'étendant de Nogent-sur-Seine à Montereau. Derrière eux, Schwarzenberg s'installe depuis Sens jusqu'aux environs de Pont-sur-Seine tout en faisant avancer Barclay jusqu'à Chaumont. Mais à peine ce mouvement est-il terminé qu'il reçoit la nouvelle du probable retour de Napoléon sur l'Aube. Schwarzenberg appelle alors Barclay près de lui et redéploie son armée entre l'Aube et la Seine.

Le 16, Wrede et Wittgenstein reçoivent l'ordre d'attaquer Oudinot et Macdonald. Les Français sont refoulés sur Nangis. Le 18, Schwarzenberg, sachant que Napoléon a passé Sézanne, pense se concentrer à Bar-sur-Aube . Mais l'armée française a en fait déjà franchi l'Aube à Plancy et Napoléon se trouve à Méry avec son avant-garde. Le flanc gauche de l'armée principale ne craignant donc plus rien, Schwarzenberg va, pour une fois, faire preuve de hardiesse en attaquant à son tour.

Le 18 mars, les différents corps alliés occupent les positions suivantes : le prince royal de Wurtemberg et les généraux Wittgenstein et Giulay sont à Troyes, Wrede entre Pougy et Arcis, Barclay à Brienne . Schwarzenberg se dirige sur Arcis  et y arrive le 20 pendant que les troupes françaises se mettent en ordre de bataille devant la ville. Les alliés sont au moins 80 000 ; les Français moins de 30 000. Oudinot et Macdonald sont attendus mais ils n'arriveront que le soir du 20 pour le duc de Reggio, du 21 pour celui de Tarente. Au deuxième jour de la bataille d'Arcis-sur-Aube, le 21 mars, Napoléon comprend que l'immense supériorité numérique des ennemis, comme à Laon, va leur donner la victoire.

Dernière manoeuvre

Il réagit alors de façon foudroyante. Rompant le combat, il repasse l'Aube et rejoint Vitry ce même 21 mars. N'ayant pu prendre la ville, trop solidement fortifiée par les alliés, il passe outre et avance sur Saint-Dizier. Son plan est maintenant, tout en frappant l'ennemi de stupeur et d'effroi par cette réaction imprévisible, de couper la principale ligne de communication des alliés, qui passe par Langres et Chaumont.

Ce n'est que le 23 que Schwarzenberg acquiert la certitude du départ de Napoléon. Ayant une journée de marche de retard sur lui, il décide de rester en arrière, d'attendre Blücher et d'aviser ensuite. Pour l'heure, il se contente de marcher sur Vitry où il arrive le jour même.

Blücher, lui, s'est remis en action le 19 mars, dès qu'il a su Napoléon reparti. Il a envoyé Kleist et Yorck sur Château-Thierry où Mortier et Marmont sont réunis. De son côté, avec Winzingerode, Osten-Sacken et Langeron, il a marché sur Châlons par Fismes et Reims, et y est arrivé le 23 également.

La jonction des deux armées est accomplie. Le lendemain, le plan suivant est adopté sous l'impulsion du Tsar Alexandre Ier : marcher sur Paris, Schwarzenberg par Sézanne et la Ferté-Gaucher, Blücher par Montmirail et la Ferté-sous-Jouarre ; pour masquer ce mouvement, Winzingerode partira pour Saint-Dizier avec 8 000 chevaux et quelques fantassins.

Le 24, Napoléon est entre Saint-Dizier et Joinville. Le même jour, Marmont et Mortier quittent Château-Thierry et marchent sur Vitry pour le rejoindre. D'autres détachements, à Sézanne, à Coulommiers, à Meaux, à Nogent, ont tous reçu l'ordre de se réunir au gros de l'armée française. Mais à Soudé-Sainte-Croix, les deux maréchaux trouvent leur route barrée par les contingents ennemis. Ils ne peuvent plus rallier l'Empereur.

Chute de Paris

L'armée alliée s'ébranle le 25 mars. Winzingerode prend comme prévu la direction de Saint-Dizier. Schwarzenberg attaque Marmont et Mortier qui sont défaits dans une série de combats et poursuivis au delà de la Fère-Champenoise jusqu'à Sézanne. La cavalerie de Blücher rencontre près de Bergères-les-Vertus  les deux divisions Pacthod et Amey, qui, séparées par les circonstances imprévues du corps de Macdonald, accompagnent vers la Fère-Champenoise un important convoi d'artillerie destiné à Marmont et Mortier. Les Prussiens harcèlent la colonne tout au long de son chemin, lui arrachant quantité de canons et de voitures jusqu'à ce que, en arrivant à destination, les deux divisions tombent cette fois sur la cavalerie de Schwarzenberg. Elles n'ont plus alors qu'à baisser les armes et livrer les 60 canons qui leur restent.

Le lendemain, Schwarzenberg envoie Yorck et Kleist depuis Montmirail sur La Ferté-Gaucher pour couper la retraite de Marmont et Mortier. Mais les Français leur échappent par la route de Provins et se dirigent à marches forcées vers Paris.

Schwarzenberg et Blücher passent la Marne le 28, arrivent sur Paris le 29, en même temps que Marmont et Mortier, livrent bataille à ceux-ci le 30 et entrent dans la capitale le 31.

Le 26 mars, Napoléon s'est retourné contre Winzingerode, l'a sévèrement battu à Saint-Dizier et rejeté sur Bar-le-Duc. C'est à ce moment qu'il apprend que sa manoeuvre a fait long feu et que les alliés se dirigent vers Paris. Sa première idée est de les suivre en queue par la route de Châlons. Un second échec devant Vitry et la nouvelle de la défaite de ses lieutenants lui font bouleverser ses plans. Il retourne à Saint-Dizier le 28 pour en repartir le 29 et tenter de rejoindre Paris par Brienne, Troyes et Fontainebleau. Cette route ne peut ramener ses troupes sous les murs de la capitale avant le 2 avril, il le sait. Et, de fait, ce sera trop tard. Le 30, pendant la bataille décisive, son armée est encore à Villeneuve-l'Archevêque, entre Troyes et Sens, à près de 200 kilomètres de Paris.

La Campagne de France est terminée.

Au sud-ouest de la France, Jean-de-Dieu Soult va de son côté tenter de contenir l'offensive d'Arthur Wellesley de Wellinngton, cela jusqu'au 12 avril 1814, date à laquelle lui parviendra la nouvelle de l'abdication de l'Empereur.

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