Napoleon & Empire

Bataille de Craonne

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Date et lieu

  • 7 mars 1814 à Craonne, commune du département de l'Aisne, en Picardie.

Forces en présence

  • Armée française (37 000 hommes) sous le commandement de l'Empereur Napoleon Ier. 
  • Armée russe et prussienne (85 000 hommes), sous le commandement du feld-maréchal Gebhard Leberecht von Blücher

Bataille de Craonne (detail)
"Bataille de Craonne, le 7 mars 1814" (détail). Peint par Théodore Jung.
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Fidèle à la stratégie adoptée tout au long de la campagne de France, Napoleon, après avoir disposé des Autrichiens de Schwartzenberg, se tourne contre les Prussiens de Blücher qu'il a l'intention d'acculer sur l'Aisne et de détruire dans une bataille décisive. Le 2 mars, il passe la Marne dans cet intention mais, le 3, la capitulation de Soissons l'oblige à modifier ses plans. Les Alliés profitent en effet du pont qui s'y trouve pour franchir l'Aisne et opérer la jonction des armées de Blücher et du général russe Winzigerode. Napoléon doit donc à son tour passer la rivière pour affronter Blücher au nord de celle-ci. C'est chose faite le 5 mars grâce aux cavaliers de Nansouty qui s'emparent du pont de Berry-au-Bac, trop faiblement protégé. Les divisions de Ney et la Vieille garde traversent les premières. Les autres corps suivent, à leur rythme et sans ordre préconçu.
Après avoir songé à envoyer ses troupes vers Laon, l'Empereur, craignant d'exposer leur flanc gauche à une attaque des Prussiens, choisit de livrer bataille à Craonne. Blücher, qui tient le plateau et bénéficie donc d'une position idéale, accepte le défi. Il y poste 30 000 hommes, 2 000 cavaliers et une centaine de canons sous le commandement du général russe Woronzoff. Celui-ci est chargé de contenir l'armée française pendant qu'un détachement de 11 000 cavaliers, aux ordres du général Winzigerode, opère un large mouvement tournant qui doit l'amener sur les arrières de Napoléon.

Le 6 mars, la garde Impériale prend le village de Craonne mais ne parvient pas à s'emparer du plateau. Ney est repoussé lui aussi. Le soir, les Français bivouaquent au pied du plateau, autour duquel ils forment un vaste arc de cercle.

Le plan de bataille arrêté pour le lendemain prévoit une attaque simultanée par Ney et Nansouty des deux flancs de l'ennemi tandis que l'artillerie le pilonnera de front. La manoeuvre est délicate, l'attaque se faisant par le fond de deux ravins. Il faut de plus compter avec un sol gelé et une crue, facteurs défavorables aux actions de la cavalerie comme aux mouvements de l'artillerie.

Le 7 mars, les artilleurs français, par malheur inexpérimentés et donc maladroits, se mettent en action vers le milieu de la matinée. Malgré les efforts du général Drouot, qui leur montre lui-même la manoeuvre, les résultats de la canonnade sont maigres. Ney trouve donc en face de lui, au moment de l'assaut, des troupes peu éprouvées. Il ne peut prendre pied sur le plateau et se fixe à mi-pente, dans une position critique. Des renforts lui sont nécessaires. Napoléon les lui envoie au fur et à mesure de leur arrivée de Berry-au-Bac. En fin de matinée, les Russes cédent enfin le terrain. Les Français sont sur le plateau. Ils y subissent un violent bombardement, au cours duquel le maréchal Victor est blessé, mais tiennent le choc malgré leur inexpérience et des pertes considérables. Un millier de dragons, emmenés par Grouchy, vient bientôt les renforcer. De son côté, Nansouty parvient lui aussi à repousser les troupes russes pour s'établir sur le plateau.

Mais les alliés trouvent l'énergie de contre attaquer. La cavalerie française est refoulée, Grouchy blessé et une panique s'empare des Marie-Louise de Ney (il s'agit des conscrits des classes 1814 et 1815, appelés par anticipation dès 1813, et dont la plupart sont encore imberbes, d'où ce sobriquet féminin). Ils dévalent les ravins dont ils sont si difficilement sortis quelques heures plus tôt. L'envoi de renforts, à nouveau nécessaire, a un effet salutaire. Sous l'impulsion du premier régiment des Éclaireurs de la Garde impériale, nouveau corps de cavalerie sous les ordres du général La Ferrière-Lévêque puis du colonel Claude Testot-Ferry, les troupes débandées se reprennent et entament (pour la sixième fois depuis la veille) l'escalade des pentes escarpées du plateau. Bientôt l'artillerie de la Garde, composée, elle, de soldats expérimentés, puis celle de la réserve, arrivent sur le champ de bataille. Leur feu est dirigé par Napoléon en personne. Il est environ quatorze heures.

Blücher constate alors que la manoeuvre qu'il a conçue ne peut plus être menée à bien et il ordonne à Woronzoff de se replier vers Laon. Bien qu'en très mauvaise posture (sa gauche pressée par Ney, sa droite débordée par les dragons, son centre cédant peu à peu sous les coups de l'infanterie et de l'artillerie française), le général russe oblige son chef à réitérer son ordre avant d'obtempérer. Il mène ensuite une retraite méthodique et, malgré le constant harcèlement et la poursuite longue de quinze kilomètres qu'il subit, parvient à éviter qu'elle ne se transforme en déroute, limitant ainsi ses pertes.

De ce fait, la victoire n'est en rien décisive. Pour les Alliés, rassemblés autour de Laon, la route de Paris est toujours ouverte. Une nouvelle bataille reste nécessaire pour la leur barrer.


*  *  *


Pertes


Témoignages

Craonne, le 7 mars 1814.

A S. M. l'impératrice-reine et régente.

Il y a eu aujourd'hui ici une bataille très-glorieuse pour les armées françaises.

S. M. l'empereur et roi a battu les corps des généraux ennemis Witzingerode, Woronzoff et Langeron, réunis aux débris du corps du général Sacken.

Nous avons déjà deux mille prisonniers et plusieurs pièces de canon.

Notre armée est à la poursuite de l'ennemi sur la route de Laon.

*  *  *

Le 9 mars 1814.

A S. M. l'impératrice-reine et régente.

L'armée du général Blücher, composée des débris des corps des généraux Sacken, Kleist et Yorck, se retira, après les batailles de Montmirail et de Vauchamp, par Reims, sur Châlons. Elle y reçut les deux dernières divisions du corps du général Langeron, qui étaient encore restées devant Mayence, et elle y reforma ses cadres. Sa perte avait été telle, qu'elle fut obligée de les réduire à moitié, quoiqu'il lui fût arrivé plusieurs convois de recrues de ses réserves.

L'armée dite du nord, composée de quatre divisions russes, sous les ordres des généraux Witzingerode, Woronzoff et Strogonow, et d'une division prussienne sous les ordres du général Bulow, remplaçait, à Châlons et à Reims, l'armée de Silésie.

Celle-ci passa l'Aube à Arcis, pendant que le prince de Schwartzenberg bordait la droite de la Seine, et, par suite des combats de Nangis et de Montereau, évacuait tout le pays entre la Seine et l'Yonne.

Le 22 février, le général Blücher se présenta devant Méry. Il avait déjà passé le pont lorsque le général de division Boyer marcha sur lui à la baïonnette, le culbuta et le rejeta de l'autre côté de la rivière; mais l'ennemi mit le feu au pont et à la petite ville de Méry, et l'incendie fut si violent, que pendant quarante-huit heures il fut impossible de passer.

Le 24, le corps du duc de Reggio se porta sur Vandoeuvre, et celui du duc de Tarente sur Bar-sur-Seine.

Il paraît que l'armée de Silésie s'était portée sur la gauche de l'Aube, pour se réunir à l'armée autrichienne et donner une bataille générale; mais l'ennemi ayant renoncé à ce projet, le général Blücher repassa l'Aube le 24, et se porta sur Sézanne.

Le duc de Raguse observa ce corps, retarda sa marche, et se retira devant lui sans éprouver aucune perte. Il arriva le 25 à la Ferté-Gaucher, et fit le 26, à la Ferté-sous-Jouarre, sa jonction avec le duc de Trévise, qui observait la droite de la Marne et les corps de l'armée dite du nord qui étaient à Châlons et à Reims.

Le 27, le général Sacken se porta sur Meaux, et se présenta au pont placé à la sortie de Meaux sur le chemin de Nangis, qui avait été coupé. Il fut reçu avec de la mitraille. Quelques-uns de ses coureurs s'avancèrent jusqu'au pont de Lagny.

Cependant l'empereur partit de Troyes le 27, coucha le même jour au village d'Herbisse, le 28 au château d'Esternay, et le 1 er mars à Jouarre.

L'armée de Silésie se trouvait ainsi fortement compromise; Elle n'eut d'autre parti à prendre que de passer la Marne. Elle jeta trois ponts, et se porta sur l'Ourcq.

Le général Kleist passa l'Ourcq et se portait sur Meaux par Varède. Le duc de Trévise le rencontra le 28 en position au village de Gué-à-Trême, sur la rive gauche de la Térouenne. Il l'aborda franchement. Le général Christiani, commandant une division de vieille garde, s'est couvert de gloire. L'ennemi a été poussé l'épée dans les reins pendant plusieurs lieues. On lui a pris quelques centaines d'hommes, et un grand nombre est resté sur le champ de bataille.

Dans le même temps, l'ennemi avait passé l'Ourcq à Lisy. Le duc de Raguse le rejeta sur l'autre rive.

Le mouvement de retraite de l'armée de Blücher fut prononcé. Tout filait sur la Ferté-Milon et Soissons.

L'empereur partit de la Ferté-sous-Jouarre le 3; son avant-garde fut le même jour à Rocourt.

Les ducs de Raguse et de Trévise poussaient l'arrière-garde ennemie; ils l'attaquèrent vivement le 3 à Neuilly-Saint-Front.

L'empereur arriva de bonne heure le 4 à Fismes. On fit des prisonniers et l'on prit beaucoup de voitures de bagages.

La ville de Soissons était armée de vingt pièces de canon et en état de se défendre. Le duc de Raguse et le duc de Trévise se portèrent sur cette ville pour y passer l'Aisne, tandis que l'empereur marchait sur Mezy. L'armée ennemie était dans la position la plus dangereuse; mais le général qui commandait à Soissons, par une lâcheté qu'on ne saurait définir, abandonna la place le 3, à quatre heures après midi, par une capitulation soi-disant honorable, en ce que l'ennemi lui permettait de sortir de la ville avec ses troupes et son artillerie, et se retira avec la garnison et son artillerie sur Villers-Cotterets. Au moment où l'armée ennemie se croyait perdue, elle apprit que le pont de Soissons lui appartenait et n'avait pas même été coupé. Le général qui commandait dans cette place et les membres du conseil de défense sont traduits à une commission d'enquête. Ils paraissent d'autant plus coupables, que pendant toutes les journées du 2 et du 3, on avait entendu de la ville la canonnade de notre armée qui se rapprochait de Soissons, et qu'un bataillon de la Vistule qui était dans la place, et qui ne la quitta qu'en pleurant, donnait les plus grands témoignages d'intrépidité.

Le général Corbineau, aide-de-camp de l'empereur, et le général de cavalerie Laferrière s'étaient portés sur Reims, où ils entrèrent le 5 à quatre heures du matin, en tournant un corps ennemi de quatre bataillons qui couvrait la ville, et dont les troupes furent faites prisonnières. Tout ce qui se trouvait dans Reims fut pris.

Le 5, l'empereur coucha à Bery-au-Bac. Le général Nansouty passa de vive force le pont de Bery, mit en déroute une division de cavalerie qui le couvrait, s'empara de ses deux pièces de canon, et prit trois cents cavaliers, parmi lesquels s'est trouvé le colonel prince Gagarin, qui commandait une brigade.

L'armée ennemie s'était divisée en deux parties. Les huit divisions russes de Sacken et de Witzingerode avaient pris position sur les hauteurs de Craonne, et les corps prussiens sur les hauteurs de Laon.

L'empereur vint coucher le 6 à Corbeni. Les hauteurs de Craonne furent attaquées et enlevées par deux bataillons de la garde.

L'officier d'ordonnance Caraman, jeune officier d'espérance, à la tête d'un bataillon, tourna la droite. Le prince de la Moskowa marcha sur la ferme d'Urtubie. L'ennemi se retira, et prit position sur une hauteur, qu'on reconnut le 7 à la pointe du jour. C'est ce qui donna lieu à la bataille de Craonne.

Cette position était très-belle, l'ennemi ayant sa droite et sa gauche appuyées à deux ravins, et un troisième ravin devant lui. Il défendait le seul passage, d'une centaine de toises de largeur, qui joignait sa position au plateau de Craonne.

Le duc de Bellune se porta, avec deux divisions de la jeune garde, à l'abbaye de Vauclerc, où l'ennemi avait mis le feu. Il l'en chassa, et passa le défilé que l'ennemi défendait avec soixante pièces de canon. Le général Drouot le franchit avec plusieurs batteries. Au même instant, le prince de la Moskowa passa le ravin de gauche et débouchait sur la droite de l'ennemi. Pendant une heure, la canonnade fut très-forte. Le général Grouchy, avec sa cavalerie, déboucha. Le général Nansouty, avec deux divisions de cavalerie, passa le ravin sur la droite de l'ennemi. Une fois le défilé franchi et l'ennemi forcé dans sa position, il fut poursuivi pendant quatre lieues, et canonné par quatre-vingts pièces de canon à mitraille; ce qui lui a causé une très-grande perte. Le plateau par lequel il se retirait ayant toujours des ravins à droite et à gauche, la cavalerie ne put le déborder et l'entamer.

L'empereur porta son quartier-général à Bray.

Le lendemain 8, nous avons poursuivi l'ennemi jusqu'au delà du défilé d'Urcel, et le jour même nous sommes entrés à Soissons, où il a laissé un équipage de pont.

La bataille de Craonne est extrêmement glorieuse pour nos armes. L'ennemi y a perdu six généraux; il évalue sa perte de cinq à six mille hommes. La nôtre a été de huit cents hommes tués ou blessés.

Le duc de Bellune a été blessé d'une balle. Le général Grouchy, ainsi que le général Laferrière, officier de cavalerie d'une grande distinction, ont également été blessés en débouchant à la tête de leurs troupes.

Le général Belliard a pris le commandement de la cavalerie.

Le résultat de toutes ces opérations est une perte pour l'ennemi de dix à douze mille hommes, et d'une trentaine de pièces de canon.

L'intention de l'empereur est de manoeuvrer avec l'armée sur l'Aisne.


Détail de la carte de la bataille de Craonne
Carte de la bataille
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