Napoleon & Empire

Bataille de Marengo

Date et lieu

  • 14 juin 1800 près du village de Marengo, à 70 km au nord de Gênes (le village de Spinetta Marengo fait de nos jours partie de la commune d'Alessandria, dans la province du même nom, en Italie).

Forces en présence

  • Armée française (24 000 à 28 000 hommes environ, 15 canons), sous le commandement du premier consul Napoléon Bonaparte. 
  • Armée autrichienne (27 000 à 30 000 hommes environ, 100 canons), sous le commandement du général Michael Friedrich Benedikt von Melas. 
Bataille de Marengo (detail)
"Bataille de Marengo" (détail). Peint en 1802 par Louis-François Lejeune.
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Spinetta Marengo  est un hameau du Piémont, dans la plaine  de la Bormida , une rivière tributaire du Pô. Napoléon Bonaparte y est surpris par l'ennemi alors même qu'il a dispersé ses forces pour les envoyer à sa recherche, détachant les généraux Jean François Cornu de La Poype au nord et Louis Charles Antoine Desaix au sud pour arrêter les Autrichiens sur les routes de Milan et de Gênes. Des contrordres leur seront envoyés au cours de la journée mais celui destiné à Lapoype arrivera trop tard tandis que Desaix, lui, ne pourra intervenir qu'en fin d'après-midi.

L'armée autrichienne du général Michael Friedrich Benedikt von Melas, forte d'environ 30 000 hommes et 100 canons, déclenche son attaque aux alentours de neuf heures, sur un vaste terrain compris entre Spinetta  à l'ouest, Castelceriolo  au nord et San-Giuliano Vecchio  à l'est. Bonaparte, qui a établi son quartier général dans une ferme  à Torre Garofoli , quelques kilomètres à l'est de San Giuliano, ne s'attendait pas à cet engagement. Il fait aussitôt ranger en bataille les 22 000 soldats et les 15 pièces d'artillerie dont il dispose. Les troupes de Victor forment le centre et la gauche du dispositif, celles de Jean Lannes occupent l'aile droite. L'ennemi avance sur trois colonnes.

Après plusieurs heures d'un combat violent, mené sous un feu d'artillerie et de mousqueterie intense, la situation des Français devient soudain critique en début d'après-midi. Le général Victor, manquant de munitions, est contraint de reculer en abandonnant ses canons. Lannes, se voyant du coup en danger d'être enveloppé par l'ennemi, décroche à son tour. Bonaparte doit intervenir en personne sur le champ de bataille pour ranimer le moral des troupes. Après quoi une retraite en bon ordre peut s'effectuer en direction du village de San-Giuliano. C'est alors que général Melas, sûr de sa victoire, laisse le commandement au général Kaim pour courir annoncer son succès à l'empereur d'Allemagne François II de Habsbourg, qui suit les événements depuis la ville d'Alessandria, toute proche.

Vue de San Giuliano Vecchio
Le village de San Giuliano Vecchio

Mais les Autrichiens ayant omis de poursuivre les Français avec une ardeur suffisante, ceux-ci peuvent faire leur jonction avec le corps de Desaix qui s'est formé en bataille dans le village de San-Giuliano Vecchio. « La bataille est perdue, mais nous avons encore le temps d'en gagner une autre » déclare Desaix, et Bonaparte interrompt immédiatement la retraite. Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, réunissant les quelques pièces encore à sa disposition avec les canons amenés par Desaix, mitraille l'avant-garde autrichienne qui se débande sous l'effet de la surprise. Puis Desaix passe à l'offensive avec sa vigueur coutumière. Mais il est très vite tué d'une balle en plein coeur et ses troupes hésitent. Heureusement, François Etienne Kellermann lance à point nommé sa cavalerie sur le flanc gauche de l'ennemi, en direction de Cascina Grossa , à l'ouest de San Giuliano. 3 000 grenadiers autrichiens et leur général sont sabrés ou pris. Le reste de l'armée du Habsbourg, déconcerté par cette brusque contre-attaque, est saisi de panique et repasse en désordre le pont sur la Bormida, au prix de pertes considérables.

Au soir du 14 juin 1800, les Français tiennent le champ de bataille. 6 000 des leurs sont morts ou blessés. 9 400 Autrichiens ont été mis hors de combat et 8 000 faits prisonniers.

*  *  *
Les différentes relations de la bataille sont en désaccord sur les horaires de ses phases principales.

*  *  *

La bataille a un retentissement et des conséquences considérables, qui dépassent, selon Cambacérès, toutes les espérances. Bonaparte, qui a risqué à la fois sa personne et son pouvoir dans cette campagne, retire de la victoire d'énormes bénéfices politiques qu'il va aussitôt faire fructifier. Même ses opposants se sentent obligés de saluer le Premier consul pour son audace. « Rien n'a l'éclat de Marengo » dira Madame de Staël, ajoutant, en référence aux énormes risques personnels pris par le chef de l'état pendant les opérations : « Il faut convenir que s'exposer, sa fortune faite, est plus brillant que de s'exposer pour la faire ».

*  *  *

A Spinetta Marengo un musée (agrandi et rénové en 2009) abrite des reliques de la bataille. Une statue en pied de Napoléon Bonaparte  y est érigée, tandis qu'à proximité se trouve une colonne surmontée d'une aigle de bronze , installée en 1801 puis soustraite aux Autrichiens en 1814, et réinstallée en 1918.

Témoignages

Le lieutenant général Victor, au général en chef Berthier.
Spinetta, le 27 prairial an 8 (16 juin 1800).

Le 25, à 9 heures du matin, l'armée autrichienne, réunie sous les murs d'Alexandrie , s'est dirigée en trois colonnes : celle de droite, remontant la Bormida, sur Frugarolo ; celle du centre, par la grande route de Tortone sur Marengo et celle de gauche sur Castel-Ceriolo, pour nous attaquer.

Les deux premières colonnes ont attaqué le général Gardanne par un feu d'artillerie auquel la nôtre a répondu avec avantage; la fusillade la plus terrible s'est ensuite engagée ; elle s'est soutenue de part et d'autre avec un acharnement incroyable pendant près de deux heures, après lesquelles la division Gardanne, pressée par un ennemi bien supérieur, a cédé ce premier champ de bataille en ordre d'échelons pour prendre une ligne oblique se liant par la droite au village deMarengo, et par la gauche à la Bormida, pour battre derevers les deux communications qui le traversent.

Là, un combat plus meurtrier encore que le premier s'est engagé, l'intervalle qui nous séparait des ennemis n'était que de quelques toises; toutes les armes étaient en action; des charges d'infanterie et de cavalerie soutenues d'un feu des plus violents se sont multipliées pendant près de deux heures. Les ennemis cédaient déjà du terrain, lorsqu'une partie de leur réserve vint à leur secours; leur colonne de gauche s'avançait sur Castel-Ceriolo; le général Lannes la reçut avec la vigueur qui lui est familière.

Je fis alors remplacer les bataillons de nos troupes qui avaient le plus souffert, par ceux de la division Chambarlhac; le combat fut aussitôt rétabli et devint en un instant plus opiniâtre et plus sanglant; les ennemis sont repoussés une seconde fois; on les poursuit la baïonnette aux reins; ils reçoivent de nouveaux secours en infanterie et en cavalerie; nos troupes, après une forte résistance, se retirent quelques pas, soutiennent les efforts de l'ennemi jusqu'à ce qu'un tiers au moins de nos forces aient été mises hors de combat et que le reste ait manqué de munitions de guerre.

Ce moment critique commandait des dispositions rétrogrades, pour éviter la confusion inévitable presque toujours dans les dangers de ce genre; je les ordonnai, et elles ont été exécutées avec calme et dans le plus grand ordre, sous le feu de l'ennemi, auquel nos troupes répondaient avec beaucoup de valeur. La retraite fut ainsi effectuée par bataillons formés en colonnes d'attaque jusqu'à la plaine de San-Giuliano, où le général Desaix arrivait avec le corps à ses ordres.

Celui-ci a aussitôt repris l'offensive; nos troupes, encouragées par cet exemple et celles de la droite, commandées par le général Lannes, se sont reportées en avant au pas de charge, ont mis l'ennemi en fuite et lui ont pris des canons et des prisonniers. La victoire s'est enfin décidée pour nous et les divisions Gardanne et Chambarlhac ont pris position sur le champ de bataille.

Depuis bien longtemps, il ne s'est vu une affaire aussi sanglante; les ennemis, ivres d'eau-de-vie et désespérés de leur position, se battaient en lions; nos soldats, connaissant la nécessité d'une défense vigoureuse, ont fait des prodiges de valeur; toutes les troupes se sont couvertes de gloire.

Les généraux Gardanne et Rivaud; les chefs de brigade Ferey, de la 24e légère; Bisson, de la 43e, et Lepreux, de la 96e de ligne; les aides de camp Fabre, Quiot, Boudignon et Thomières se sont particulièrement distingués; les officiers, en général, ont donné l'exemple du courage et de l'ordre.

L'ennemi a perdu, dans cette journée, un tiers au moins de ses forces; les campagnes sont couvertes de ses morts; la quantité de ses blessés est énorme. Notre perte est aussi très sensible; sur les rapports qui m'ont été faits, on compte plus de 3,000 hommes hors de combat. Parmi les blessés, sont: le général Rivaud et son aide de camp; l'aide de camp Boudignon; trois chefs de bataillon; environ soixante officiers particuliers; beaucoup d'autres de ces derniers ont été tués.

Le général Kellermann, commandant la cavalerie attachée à la gauche de l'armée, a déployé, dans cette bataille, autant d'intrépidité que de connaissances militaires; plusieurs charges, faites à propos, ont puissamment secondé mes dispositions et ont fait un grand mal à l'ennemi.

Il est une infinité de traits distingués que je recueillerai pour vous en adresser le tableau. Je regrette de ne pouvoir les faire connaître de suite au public; il y verrait des hommes qui honorent leur patrie.

Salut et respect.

Victor
*  *  *


Le général Lannes, au général Berthier.

Spinetta, 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

L'ennemi a attaqué hier matin, vers les 8 heures, les troupes du lieutenant général Victor, et, après une fusillade d'environ deux heures, il a débouché en grand nombre sur sa droite. J'envoyai de suite les 22e et 40e demi-brigades pour le prendre en flanc; ce mouvement réussit parfaitement bien, et tout ce qui se trouva devant ces deux dernières demi-brigades fut culbuté et repoussé jusqu'à la Bormida. Les canons établis à la tête du pont qu'occupait l'ennemi forcèrent nos troupes à se retirer hors de portée.

Deux colonnes d'infanterie et de cavalerie vinrent encore à la charge; elles furent reçues comme la première fois, c'est-à-dire culbutées avec impétuosité.

Après une canonnade et une fusillade de huit heures, l'ennemi enfonça le centre et força les troupes du lieutenant général Victor à battre en retraite. Dans ce moment-là, je me trouvai presque enveloppé par les troupes ennemies qui enfonçaient le centre, et, voyant que la gauche avait plié tout à fait, j'ordonnai la retraite.

Vous avez été témoin, citoyen Général, de la manière avec laquelle elle s'est opérée; il n'y a pas eu un seul moment de désordre; je me suis retiré par échelons, sous un feu d'artillerie des plus vifs et chargé par une cavalerie formidable à plusieurs reprises. Je n'avais pas un seul canon ni un homme à cheval pour soutenir ma retraite, et, malgré cela, elle s'est terminée dans le plus grand ordre.

Vous avez ordonné que les troupes que je commande attaquassent de nouveau l'ennemi, en soutenant la droite du général Desaix. Je n'ai jamais vu de troupes attaquer avec plus de courage et de sang-froid. Tout ce qui s'est trouvé devant elles a été repoussé et culbuté une seconde fois jusqu'au delà de la Bormida. Nous lui avons fait beaucoup de prisonniers, pris trois pièces de canon et deux caissons, et sa perte en tués et blessés est incalculable.

De notre côté, nous avons eu environ 1800 hommes blessés ou pris par l'ennemi; mais le nombre des prisonniers est très petit; 14 officiers ont été tués et 83 blessés; environ 300 sousofficiers et soldats ont été également tués dans cette journée. Parmi les officiers supérieurs blessés, se trouvent les généraux Malher, Mainoni et le citoyen Valhubert, chef de brigade de la 28e.

Citoyen Général, la bravoure des troupes à mes ordres s'est tellement soutenue pendant la bataille, qu'il m'a été impossible de désigner aucun corps en particulier, tous ayant combattu avec un courage invincible. Néanmoins, je dois vous dire que la 28e a montré un sang-froid des plus rares dans tous les divers mouvements en présence de la cavalerie ennemie; et cela est dû au brave chef qui la commande et au citoyen Taupin, chef de bataillon de ce corps.

[...]

Je vous salue respectueusement,

Lannes
*  *  *


Le général de brigade Kellermann, au lieutenant général Victor.

Castilnanova, le 26 prairial an 8 (15 juin 1800).

Mon Général,

J'ai l'honneur de vous adresser, ci-joint, le rapport des actions éclatantes qui ont distingué la brigade des 6e, 2e et 20e régiments de cavalerie pendant la bataille d'Alexandrie.

[...]

Arrivée à hauteur de la division Desaix, la brigade des 6e, 2é et 20e de cavalerie, réduite alors à 150 chevaux, fut réunie à un peloton du 1er et à deux escadrons du 8e de dragons. Je les formai sur une seule ligne, suivant la division Desaix, à 200 toises à droite de la route. J'aperçus que l'infanterie qui marchait sur la gauche de la route de Marengo, à hauteur de Casina-Grossa, commençait à fléchir, et que les grenadiers ennemis la chargeaient à la course. Je pensai qu'il n'y avait pas un moment à perdre, et qu'un mouvement prompt pouvait ramener la victoire sous nos drapeaux. J'arrêtai la ligne, je commandai: « Peloton à gauche et en avant! » ; les 2e et 20e de cavalerie se trouvent avoir alors la tête de la colonne qui se précipita avec impétuosité sur le flanc des grenadiers autrichiens au moment où ils venaient de faire leurs décharges. Le mouvement fut décisif; la colonne fut anéantie en un instant.

Trois bataillons de grenadiers et le régiment entier de Wallis, tout est sabré ou pris; le citoyen Le Riche, cavalier au 2e régiment, fait prisonnier le général chef de l'état-major; six drapeaux, quatre pièces de canon sont enlevés.

Cependant, je ralliai un parti de 200 chevaux, avec lesquels je me portai en avant pour en imposer à leur formidable cavalerie, qui pouvait nous enlever notre avantage; elle fut contenue; elle commença même à se retirer. Je la suivis pas à pas jusque vers la nuit, où, nous étant réunis à la cavalerie de la garde consulaire, nous fîmes une nouvelle charge sur la seule cavalerie ennemie, dans laquelle elle fut taillée en pièces et ne dut son salut qu'à la nuit.

[...]

Salut et respect.

Kellermann.
*  *  *


Rapport du général en chef Alexandre Berthier sur la bataille de Marengo, le 25 prairial an 8.

S'emparer de Milan, opérer la jonction avec la division du général Moncey, couper les derrières de l'ennemi à Brescia, Orzinovi, Marcaria, Plaisance, prendre ses immenses magasins, fermer ses communications, enlever ses dépôts, ses malades et ses parcs: tels étaient les mouvements qui avaient été ordonnés à des partis, tandis que notre armée observait celle de l'ennemi, l'inquiétait sur le Pô et effectuait le passage de ce fleuve devant Stradella. L'activité de nos mouvements nous avait donné l'initiative des mouvements; le génie de Bonaparte en a profité.

L'ennemi, battu à Montebello, allait être renforcé successivement des troupes aux ordres de MM. les généraux Elsnitz et Bellegarde. J'étais instruit d'un autre côté que M. de Mélas avait rassemblé toutes ses forces à Alexandrie. Il était important de prévenir ses mouvements ultérieurs. Tout fut disposé pour atteindre ce but.

L'ennemi pouvait, ou se porter sur Gênes et de là pénétrer dans la Toscane, ou passer le Pô et le Tessin pour gagner Mantoue , ou se faire jour par la rive droite du Pô en combattant notre armée, ou enfin se renfermer dans Turin.

Les divisions Chabran et Lapoype reçoivent l'ordre de garder le Pô ; le détachement laissé à Ivrée observe l'Orco; le corps du général Moncey occupe Plaisance, observe Bobbio, garde le Tessin, la Sesia et l'Oglio, depuis le confluent de cette rivière jusqu'au Pô et pousse des reconnaissances sur Peschiera et Mantoue; la légion italique occupe Brescia. Le reste de l'armée, Bonaparte à la tête, marche à l'ennemi.

Le 24 prairial, à la pointe du jour, l'armée se dirige sur Tortone et Castel-Nuovo-di-Scrivia. Le corps du général Victor, qui forme l'avant-garde, passe la Scrivia à Ova, celui du général Lannes s'empare de Castel-Nuovo, où l'ennemi abandonne 1500 malades, parmi lesquels 600 convalescents prêts à grossir son armée. Le corps aux ordres du général Desaix prend position en avant de Ponte-Curone.

Le même jour, l'armée marche sur San-Giuliano que l'avant-garde de l'ennemi évacue pour aller prendre position à Marengo. Il y est attaqué par la division Gardanne, soutenue de la 24e légère, et est forcé de se retirer jusqu'à son pont sur la Bormida, après avoir perdu 2 pièces de canon et 180 prisonniers.

L'ennemi venait de refuser la bataille dans la plaine située entre San-Giuliano et Marengo, où il pouvait tirer un grand avantage de sa nombreuse cavalerie. Tout devait faire présumer qu'il ne nous attaquerait pas, après nous avoir laissés acquérir la connaissance du terrain et de sa position et qu'il avait le projet soit de passer le Pô et le Tessin, soit de se porter sur Gênes et Bobbio.

Des mesures sont prises pour lui opposer des forces sur la route d'Alexandrie à Gênes et sur la rive gauche du Pô, dont il pouvait tenter le passage à Casale ou à Valenza. Une division du corps aux ordres du général Desaix se porte sur Rivalta en tournant Tortone; des ponts volants sont établis à hauteur de Castel-Nuovo, pour passer rapidement le Pô et par un mouvement de flanc se réunir aux divisions d'observation sur la rive gauche de ce fleuve.

Mais le 25, à 7 heures du matin, la division Gardanne, qui faisait notre avant-garde, est attaquée. L'ennemi par le développement de ses forces fait connaître ses projets.

Les troupes aux ordres du général Victor sont aussitôt rangées en bataille; une partie forme le centre qui occupe le village de Marengo; l'autre forme l'aile gauche qui s'étend jusqu'à la Bormida. Le corps du général Lannes est à l'aile droite. L'armée, formée sur deux lignes, avait ses ailes soutenues d'un gros corps de cavalerie.

L'ennemi se déploie successivement et débouche par trois colonnes: celle de droite débouche sur Frugarolo en remontant la Bormida, celle du centre sur Marengo par la grande route, enfin celle de gauche sur Castel-Ceriolo.

Le général Victor me fait prévenir qu'il est attaqué par toutes les forces ennemies. Je fais aussitôt marcher la réserve de cavalerie et le corps du général Desaix dont je rappelle la division qui se dirigeait sur Serravalle.

Le Premier Consul se porte rapidement sur le champ de bataille: nous trouvons en y arrivant l'action engagée sur tous les points; on se battait de part et d'autre avec un égal acharnement.

Le général Gardanne soutenait depuis deux heures l'attaque de la droite et du centre de l'ennemi sans perdre un pouce de terrain, malgré l'infériorité de son artillerie. La brigade aux ordres du général Kellermann, composée des 2e et 20e régiments de cavalerie et du 8e de dragons, appuyait la gauche du général Victor. La 44e et la 101e de ligne soutenaient leur réputation.

Le général Victor envoie des ordres à la brigade de cavalerie du général Duvignau; mais ce général avait quitté sans autorisation le commandement de sa brigade, ce qui retarde l'exécution des mouvements. 200 hommes de ce corps sont commandés pour remonter la Bormida et observer le mouvement de la droite de l'ennemi. Le reste reçoit l'ordre d'appuyer la gauche de l'armée et se conduit avec valeur.

Le général Gardanne, obligé de quitter sa position d'avant-garde, se retire par échelons et prend une position oblique. La droite est au village de Marengo, la gauche sur les rives de la Bormida. Dans cette nouvelle position il prend en flanc la colonne qui marche sur Marengo et dirige sur elle une fusillade terrible. Les rangs de cette colonne sont éclaircis; elle hésite un instant; déjà plusieurs parties commençaient à plier, mais elle reçoit de nouveaux renforts et continue sa marche.

Le général Victor dispose successivement la 24e légère, la 43e et la 96e de ligne pour défendre le village de Marengo.

Tandis que ces mouvements s'exécutent, la brigade du général Kellermann soutient la gauche; le 8e de dragons charge et culbute une colonne ennemie, mais il est chargé. à son tour par des forces supérieures. Les 2e et 20e de cavalerie le soutiennent et font plus de 100 prisonniers.

La gauche de l'ennemi s'avance vers Castel-Ceriolo; son centre, recevant toujours de nouveaux renforts, parvient à s'emparer du village de Marengo où il fait prisonniers 400 hommes qui se tenaient dans une maison. Quelques-uns de nos tirailleurs, manquant de cartouches, abandonnent en désordre le champ de bataille et l'ennemi, encouragé par ce succès, charge avec plus d'impétuosité.

Le général Lannes le combat avec avantage. Sa ligne, découverte dans la plaine, résiste à l'artillerie et soutient la charge de la cavalerie; mais il ne peut pousser l'ennemi sans se trouver débordé par la gauche. Il envoie la 40e demi-brigade et la 22e renforcer la division Chambarlhac qui perdait du terrain.

L'ennemi, souvent repoussé au centre, revient toujours à la charge et finit par déborder le village de Marengo. Le général Victor ordonne un mouvement rétrograde sur la réserve.

Le général Lannes se voit alors attaqué par des forces infiniment supérieures: deux lignes d'infanterie marchent à lui avec une artillerie formidable. La division Watrin et la 28e sont inébranlables; sur le point d'être tournées par un corps considérable, elles sont soutenues par la brigade de dragons aux ordres du général Champeaux.

Le changement de position du général Victor oblige le général Lannes à suivre le même mouvement. Le Premier Consul instruit que la réserve du général Desaix n'était pas encore prête se porte lui-même à la division Lannes pour ralentir son mouvement de retraite. Cependant l'ennemi s'avançait.

Il ordonna différents mouvements à la 72e demi-brigade; il veut même prendre l'ennemi en flanc et charger à la tête de cette demi-brigade; mais un cri sort de tous les rangs: « Nous ne voulons pas que le Premier Consul s'expose », et l'on vit alors une lutte intrépide du soldat qui, oubliant le danger, ne pensait qu'à celui que courait son chef.

Cependant l'on gagne du temps, la retraite se fait bientôt par échiquier sous le feu de 80 pièces d'artillerie, qui précèdent la marche des bataillons autrichiens et vomissent dans nos rangs une grêle de boulets et d'obus. Rien ne peut ébranler nos bataillons, ils se serrent et manoeuvrent avec le même ordre et le même sang-froid que s'ils eussent été à l'exercice; le rang qui vient d'être éclairci se trouve aussitôt rempli par d'autres braves ; jamais on ne vit un mouvement plus régulier ni plus imposant.

L'ennemi se croyait assure de la victoire; une cavalerie nombreuse, soutenue de plusieurs escadrons d'artillerie légère, débordait notre droite et menaçait de tourner l'armée.

Les grenadiers de la garde du Consul marchent pour appuyer la droite; ils s'avancent et soutiennent trois charges successives. Au même moment arrive la division Monnier qui faisait partie de la réserve. Je dirige deux demi-brigades sur le village de Castel-Ceriolo, avec ordre de charger les bataillons qui soutiennent la cavalerie ennemie. Ce corps traverse la plaine et s'empare de Castel-Ceriolo après avoir repoussé une charge de cavalerie; mais notre centre et notre gauche continuant leur mouvement rétrograde, il est bientôt obligé d'évacuer ce village; en se retirant il suit le mouvement de l'armée, entouré de la cavalerie ennemie qu'il tient en échec.

L'armée arrive à la plaine de San-Giuliano où la réserve aux ordres du général Desaix était formée sur deux lignes flanquées à droite de 12 pièces d'artillerie commandées par le général Marmont et soutenues à gauche par la cavalerie aux ordres du général Kellermann. Le Premier Consul, exposé au feu le plus vif, parcourt les rangs pour encourager les soldats et fait arrêter ce mouvement rétrograde; il était 4 heures après-midi.

Le général Desaix, à la tête de la brave 9e légère, s'élance avec impétuosité au milieu des bataillons ennemis et les charge à la baïonnette. Le reste de la division Boudet suit ce mouvement sur la droite. Toute l'armée sur deux lignes s'avance au pas de charge.

L'ennemi étonné met son artillerie en retraite; son infanterie commence à plier. Le général Desaix est atteint d'une balle mortelle. La mort de cet officier distingué, dont la France pleurera longtemps la perte, enflamme d'une nouvelle ardeur les braves qu'il commandait. Tous brûlant de le venger, ils se précipitent avec fureur sur la première ligne de l'infanterie ennemie qui résiste après s'être repliée sur la deuxième ligne. Toutes les deux s'ébranlent à la fois pour faire une charge à la baïonnette. Nos bataillons sont arrêtés un moment, mais le général Kellermann ordonne la charge avec 800 cavaliers qui culbutent l'ennemi et lui font 6,000 prisonniers, parmi lesquels le général Zach, chef de l'état-major de l'armée autrichienne, le général Saint-Julien, plusieurs autres généraux et presque tous les officiers de l'état-major.

L'ennemi avait encore une troisième ligne d'infanterie soutenue du reste de l'artillerie et de toute la cavalerie. Le général Lannes avec la division Watrin, les grenadiers à pied de la garde des Consuls et la division Boudet, marchent contre cette ligne et sont soutenus dans cette charge par l'artillerie que commande le général Marmont. La cavalerie aux ordres du général Murat, les grenadiers à cheval commandés par le chef de brigade Bessières chargent à leur tour la cavalerie ennemie, l'obligent à se retirer avec précipitation et la mettent en déroute. Son arrière-garde est taillée en pièces.

L'ennemi en désordre était arrivé sur le pont de la Bormida; on se battait depuis une heure dans les ténèbres. La nuit seule a sauvé les débris de l'armée autrichienne.

Cette journée a coûté à l'ennemi 12 drapeaux, 26 pièces de canon et 15,000 hommes dont 3,000 tués, 5,000 blessés et 7,000 faits prisonniers. 7 de ses généraux et plus de 400 de ses officiers ont été blessés.

Nous avons à regretter 7 à 800 tués, 2000 blessés et 1100 faits prisonniers.

Parmi les blessés se trouvent les généraux de brigade Rivaud, Champeaux, Malher et Mainoni.

Jamais combat ne fut plus opiniâtre, jamais victoire ne fut disputée avec plus d'acharnement; Autrichiens et Français admiraient respectivement le courage de leurs ennemis. Les deux armées se sont trouvées engagées pendant quatorze heures à portée de la mousqueterie.

Dans cette journée mémorable les troupes de toutes armes se sont couvertes de gloire. Pour citer tous les braves qui se sont distingués, il faudrait nommer tous les officiers et plus de la moitié des soldats.

[...]

Le général Lannes a montré dans cette journée le calme d'un vieux général.

[...]

Le général Murat, qui a rendu tant de services dans cette campagne, fait l'éloge du courage et des talents qu'a déployés le général Kellermann, qui a puissamment contribué à la victoire.

[...]

Le chef de brigade Bessières, commandant l'escadron de la garde à cheval des Consuls, a saisi avec précision tous les moments d'attaquer avec avantage. Les succès qu'il a obtenus en manoeuvrant devant l'ennemi avec des forces très inférieures lui assignent un rang distingué.

[...]

Alexandre Berthier.

Panoramique du champ de bataille de Marengo


Le champ de bataille de Marengo, où Napoléon Bonaparte battit les Autrichiens le 14 juin 1800, durant la seconde campagne d'Italie. Le général Desaix fut malheureusement tué au cours de la bataille, après avoir transformé une défaite probable en victoire décisive.
Détail de la carte de la bataille de Marengo
Carte de la bataille
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Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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