Napoleon & Empire

Bataille du Mont-Thabor

Date et lieu

  • 16 avril 1799 à Fouli, au pied du Mont Thabor en Galilée (de nos jours Afula, en Israël).

Forces en présence

  • Armée française (4 000 à 5 000 hommes selon les sources) sous le commandement du général Napoleon Bonaparte. 
  • Armée ottomane (25 000 à 35 000 hommes selon les sources) sous les ordres d'Abdallah Pacha. 
Bataille du Mont-Thabor (detail)
"Bataille du Mont-Thabor" (détail). Peint en 1837 par Léon Cogniet et Henri-Félix-Emmanuel Philippoteaux.
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La bataille du Mont-Thabor est la conséquence du siège de la ville de Saint-Jean-d'Acre, en Galilée, par l'armée d'Orient.

 

La situation

Napoléon Bonaparte entre en Syrie au début de l'année 1799, pour se porter à la rencontre des armées que les Turcs envoient secourir l'Egypte. Il progresse d'abord avec la rapidité qui lui est propre mais la place forte de Saint-Jean d'Acre, qu'il ne peut laisser sur ses arrières, l'arrête. On est à la mi-mars.

Le siège s'éternise, la place se renforçant de jour en jour grâce aux secours amenés par les Anglais, tandis que l'armée français, au contraire, manque d'artillerie comme de munitions et est en proie aux maladies.

L'ennemi en profite pour rassembler d'importantes forces autour de Damas, sous la direction d'Abdallah, Pacha de Damas. Le 4 avril, celui-ci passe le Jourdain, faisant peser une lourde menace sur les arrières de l'Armée d'Orient. Bonaparte doit réagir.

 

Opérations préliminaires

Jean-Andoche Junot, avec un détachement de quatre cents à cinq cents hommes, est envoyé en reconnaissance en direction de Nazareth. Le 8 avril (19 germinal an VII), il s'y trouve assailli par un corps de trois à quatre mille cavaliers mamelouks et turcomans, auxquels il fait face avec un magnifique brio. Après les avoir repoussés, il se replie dans un village situé au pied du Mont-Thabor .

Le lendemain, à la nouvelle de ce combat, Napoléon Bonaparte envoie le général Kléber et les trois mille hommes qui composent le reste de l'avant-garde rejoindre Junot. Le 14 (25 germinal an VII), après en avoir prévenu Napoléon, Kléber se met en marche dans l'intention d'attaquer les Turcs dans la nuit du 15 au 16. Son plan prévoit de déboucher dans le camp adverse vers deux heures du matin après avoir progressé à la faveur de l'obscurité.

Napoléon décide de profiter de cette attaque pour obtenir une bataille décisive. Il a compris qu'Abdallah n'entend offrir aux Français que des engagements limités qui les épuiseront peu à peu et diviseront leurs forces. Pour échapper à ce péril, il lui faut donc au contraire une confrontation générale, au demeurant plus favorable, a priori, aux armes françaises.

Il laisse donc devant Acre les divisions des généraux Jean-Louis-Ébénézer Reynier et Jean Lannes et part le 15 (26 germinal an VII) avec la division Bon et un peu d'artillerie pour rejoindre Kléber. Simultanément, il envoie Joachim Murat avec mille hommes et un régiment de cavalerie sur les arrières des Turcs avec mission de bloquer l'une de leurs voies de retraite puis de rejoindre le plus vite possible Kléber dont on sait qu'il va être aux prises avec un ennemi largement supérieur en nombre.

 

La bataille

La situation de celui-ci est d'ailleurs pire que prévue. Ses troupes se sont égarées dans la nuit et n'ont atteint l'objectif fixé qu'au lever du jour. L'effet de surprise escompté n'opère donc pas, Abdallah ayant été prévenu de l'arrivée des troupes françaises suffisamment tôt pour mettre en selle ses cavaliers.

Face à un ennemi bénéficiant d'un avantage numérique considérable (vingt-cinq mille hommes contre trois mille), les troupes françaises forment deux carrés et s'appuient sur quelques ruines où leur ambulance s'installe. Malgré la soif et le manque de munitions, les soldats de Kléber résistent une bonne partie de la journée aux assauts de la cavalerie turque. Leurs tirs, effectués à bout portant, lui causent des pertes considérables, au point qu'un véritable rempart d'ennemis morts se forme autour des carrés français.

Vue du Mont Thabor
Vue du Mont Thabor, au pied duquel se tinrent les combats

Au bout de six longues heures de combat, alors que ses pertes sont considérables, que ses munitions s'épuisent et que la perspective d'un désastre se profile, l'armée de Kléber voit déboucher du Mont Thabor Napoléon Bonaparte, à la tête des trois mille hommes de la division du général Louis-André Bon.

Ceux-ci, divisés en deux colonnes organisées elles aussi en carrés, forment avec les troupes de Kléber les trois angles d'un triangle équilatéral au centre duquel se retrouve l'ennemi. En outre, quelques régiments sont détachés, les uns pour canaliser la retraite des Turcs, les autres pour attendre ceux-ci là où ils auront été poussés et les fusiller dans leur fuite.

Prise à revers et en flanc, coupée de son camp situé à plusieurs lieues du champ de bataille, placée sous le feu croisé des troupes de Kléber et de celles de Bonaparte, la cavalerie turque est massacrée. Événement rare dans l'histoire militaire, c'est pour une fois l'infanterie qui charge la cavalerie à la baïonnette !

L'infanterie d'Abdallah abandonne alors le combat, laissant six mille morts sur le terrain et son chef aux mains de l'ennemi. Beaucoup des fuyards se noieront un peu plus tard en tentant de traverser le Jourdain à gué, Murat s'étant, conformément à ses instructions, emparé du pont qu'ils comptaient emprunter.

 

Conséquences

Saint-Jean-d'Acre ne doit plus espérer de secours. La ville continuera pourtant de résister, obligeant finalement les Français à lever le siège pour s'en retourner en Egypte.

La Sublime Porte, après cette défaite, ne sera plus en mesure d'opposer une nouvelle armée aux envahisseurs français avant trois mois. Ce sera la bataille d'Aboukir.

*  *  *
Télécharger (format epub) le poème d'Amédée Duquesnel sur la bataille du Mont-Thabor

Témoignages

Compte-rendu par Napoléon au Directoire


Combat de Nazareth

Cependant une armée nombreuse s'était mise en marche de Damas ; elle passa le Jourdain le 17.

L'avant-garde se battit toute la journée du 19 contre le général Junot, qui, avec cinq cents hommes des deuxième et dix-neuvième demi-brigades, la mit en déroute, lui prit cinq drapeaux, et couvrit le champ de bataille de morts ; combat célèbre, et qui fait honneur au sang-froid français.

Combat de Cana

Le 20, le général Kléber partit du camp d'Acre ; il marcha à l'ennemi, et le rencontra près du village de Cana. Il se forma en deux carrés. Après s'être canonné et fusillé une partie de la journée, chacun rentra dans son camp.

Bataille du Mont-Thabor

Le 22, l'ennemi déborda la droite du général Kléber, et se porta dans la plaine d'Esdrélon pour se joindre aux Naplousins. Le général Kléber se porta entre le Jourdain et l'ennemi, tourna le mont Thabor, et marcha toute la nuit du 26 au 27 pour l'attaquer de nuit. Il n'arriva en présence de l'ennemi qu'au jour. Il forma sa division en bataillon carré : une nuée d'ennemis l'investit de tous côtés ; il essuya toute la journée des charges de cavalerie : toutes furent repoussées avec la plus grande bravoure.

La division Bon était partie le 25 à midi du camp d'Acre, et se trouva le 27, à neuf heures du matin, sur les derrières de l'ennemi qui occupait un immense champ de bataille. Jamais nous n'avions vu tant de cavalerie caracoler, charger, se mouvoir dans tous les sens. On ne se montra point, notre cavalerie enleva le camp ennemi, qui était à deux heures du champ de bataille. On prit plus de quatre cents chameaux et tous les bagages, spécialement ceux des Mameloucks.

Les généraux Vial et Rampon, à la tête de leurs troupes formées en bataillons carrés, marchèrent dans différentes directions, de manière à former, avec la division Kléber, les trois angles d'un triangle équilatéral de deux mille toises de côté : l'ennemi était au centre. Arrivés à la portée du canon, ils se démasquèrent : l'épouvante se mit dans les rangs ennemis ; en un clin d'œil, cette nuée de cavaliers s'écoula en désordre, et gagna le Jourdain ; l'infanterie gagna les hauteurs ; la nuit la sauva.

Le lendemain, je fis brûler les villages de Djényn, Noures, Oualar, pour punir les Naplousins.

Le général Kléber poursuivit les ennemis jusqu'au Jourdain.

Bonaparte

Au quartier général devant Acre, le 27 floréal an VII (16 mai 1799).

Remerciements

La photo du Mont-Thabor nous a été grâcieusement fournie par Mme Eva-Elise Grau.
Détail de la carte de la bataille du Mont-Thabor
Carte de la bataille
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Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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