Napoleon & Empire

Bataille d’Ocaña

Date et lieu

  • 19 novembre 1809 à Ocaña, en Castille (actuellement dans la province de Tolède, Espagne).

Forces en présence

  • Armée française (40 000 hommes) sous le commandement du maréchal Nicolas Jean-de-Dieu Soult.  
  • Armée espagnole (51 000 hommes) sous les ordres du général Juan Carlos de Aréizaga (ou Aréizaga) de Alduncin.  

Pertes

  • Armée française : 2 000 tués ou blessés  
  • Armée espagnole : 1 800 morts, 2 700 blessés, 17 000 prisonniers, 40 canons  
Bataille d’Ocaña (detail)
"Bataille d’Ocaña, le 19 novembre 1809" (détail). Gravure aquarellée de Carle Vernet.
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Introduction

La bataille d’Ocaña, le 19 novembre 1809 donne lieu à la plus terrible défaite subie par l’armée ibère durant toute la guerre d’indépendance espagnole. Le général Juan Carlos de Aréizaga y perd plus du tiers de ses soldats, malgré la supériorité numérique et l’armement anglais dont il dispose. La cavalerie française, les lanciers polonais surtout, brille particulièrement au cours du combat et prend une part prépondérante au triomphe des troupes placée sous les ordres du maréchal Soult. Ce succès conforte le trône d’Espagne de Joseph Bonaparte et ouvre aux Français la voie de l’Andalousie, qui sera envahie dès l’hiver suivant.


Contexte

Le général Juan Carlos de Aréizaga, qui s’est taillé une réputation lors de la bataille d’Alcañiz le 23 mai 1809, est nommé le 22 octobre suivant à la tête de l’armée du Centre. Cette dernière vient d’être constituée des débris de celles de la Mancha et de l’Extremadura (la première vaincue deux mois plus tôt par Horace François Bastien Sébastiani à Almonacid de Toledo, la seconde dissoute après la démission de son chef). Diverses formations en provenance d’Andalousie complètent les effectifs, ainsi que de nouvelles recrues appelées à remplacer les innombrables déserteurs de l’armée de la Mancha.

Aréizaga a reçu pour objectif la prise de Madrid. Quoiqu’il s’agisse là d’une mission parfaitement utopique à ce moment de la guerre, le nouveau général en chef se met en route le 3 novembre.

Le 8, un premier affrontement sérieux oppose les cavaliers de Manuel Alberto Freire de Andrade y Armijo et ceux d'Édouard Jean Baptiste Milhaud à la Cuesta del Madero, un peu au nord de La Guardia. Les Espagnols en délogent non sans mal les Français. Ceux-ci, qui ont acquis la certitude que l’armée espagnole se dirige vers Aranjuez, se replient en direction de cette ville, suivis de près par leur ennemi. Le 10, les avant-gardes des deux armées se trouvent à nouveau au contact, autour d’Ocaña cette fois, mais se contentent de s’observer. Durant la nuit, le détachement français recule sur Aranjuez où il rejoint le gros du IVe corps et le maréchal Soult.


Combat de cavalerie d’Ontigola du 18 novembre 1809

Du 10 au 18 novembre, Aréizaga fait exécuter à ses troupes des mouvements sans bénéfice militaire, mais qui épuisent (il fait un temps épouvantable) et démoralisent ses soldats. Le 18, il décide finalement de ramener tout son monde à Ocaña, s’avisant qu’il a jusque-là laissé sans surveillance la route de l’Andalousie.

Durant ces marches, la cavalerie du général Freire rencontre de nouveau celle du général Milhaud, près d’Ontigola. Forts d’un moral conquérant après leur succès du 8 novembre et d’une assez nette supériorité numérique apparente, les Espagnols attaquent. Mais ils se voient soudain assaillis sur leur flanc droit par deux régiments (lanciers et chasseurs) du général Antoine Marie Paris d’Illins. Ceux-ci, après avoir remonté la rive nord du Tage jusqu’au niveau des Espagnols, ont franchi le fleuve à gué avant de gravir à la dérobée les collines qui le bordent et de fondre sur l’ennemi. À l’issue du combat, la cavalerie espagnole laisse un tiers de ses effectifs et l’essentiel de ses illusions sur le terrain.


Positions des armées avant la bataille d'Ocaña

Pendant ce temps, le reste de l’armée espagnole se concentre progressivement sur Ocaña, à l’exception notable de son général en chef, qui, lui, s’est porté avec l’une de ses divisions, l’État-major et les bagages, sur Dos Barrios. Il en résulte une certaine confusion dans le commandement.

C'est le 19 novembre, entre huit et neuf heures du matin, que toutes les unités se présentent sur le futur champ de bataille. Plusieurs d’entre elles ont cependant dû réaliser d’épuisantes marches nocturnes pour y parvenir.

Les différentes divisions s’organisent sur le terrain au fur et à mesure de leur arrivée. Les 2e et 3e se placent au nord-est de la ville, prolongées sur leur droite par les 4e et 1re et toute la cavalerie de Freire, à une division près. Derrière elles, formant une seconde ligne, se tiennent les 7e, 5e et 6e divisions, qui se trouvent donc au sud et à l’est d’Ocaña. À l’ouest et au sud sont installées l’avant-garde de José Pascual de Zayas y Chacón puis la division de cavalerie de José Rivas, formant presque un angle droit avec le reste de l’armée. L’artillerie est répartie entre les différentes unités.

En face, les Français, eux, se sont rassemblés sans déplacements inutiles et attendent avec confiance l’engagement. Le roi Joseph a passé auprès d’eux la nuit du 18 au 19. D’ouest en est s’alignent la Garde Royale de Joseph puis la division Jean Joseph Dessolles, les Allemands de Jean Leval et les Polonais de François Werlé. L’essentiel de la cavalerie est massé à l’extrémité est du dispositif, face à celle de Freire. Girard occupe la seconde ligne. Gazan, qui apparaît sur certaines cartes, semble s’être trouvé en fait à Madrid.


Plan de bataille français

Le plan de bataille français, qui sera suivi presque à la lettre, est simple. L’artillerie doit dans un premier temps affaiblir la droite espagnole par ses bombardements tandis que la cavalerie la débordera, après quoi l’infanterie se jettera sur elle de front. Pendant ce temps, la gauche et les troupes présentes dans Ocaña seront contenues par les unités venues de Madrid avec la Garde royale de Joseph.

Pour le réaliser, Soult, qui commande en chef, a pris les dispositions suivantes :

  1. le maréchal Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier rassemble sous ses ordres l’infanterie des IVe et Ve corps ;
  2. Sébastiani a autorité sur l'ensemble de la cavalerie, à l’exception de la division Dessolles ;
  3. Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont dirige l’artillerie.


Les combats

Les Espagnols, forts de leur supériorité numérique, passent à l’attaque en faisant monter en ligne les divisions Luis Roberto de Lacy et Francisco González Castejón, ainsi qu’une brigade de la division Pedro Agustín Girón. Elles trouvent en face d’elles les troupes polonaises et allemandes de Leval et Werlé qui se portent rapidement à leur rencontre sans se laisser arrêter par le feu de l’artillerie espagnole. Un court duel de mousqueterie oppose alors les fantassins des deux camps. La 1re division espagnole (Lacy) plie très vite. La 4e l’imite à l’approche de la division Girard. La brigade de la 3e division, la plus exposée pourtant au feu des 31 pièces de la grande batterie organisée par Sénarmont, se maintient d’abord courageusement. Mais le général Girón, la voyant décimée par les canons français et isolée par la déroute du reste de l’aile droite, ordonne le repli.

Sébastiani lance alors sa cavalerie à l’assaut de celle de Freire. Les Français ne rencontrent pour ainsi dire aucune résistance. Le moral des cavaliers espagnols, déjà atteint par leur échec de la veille à Ontigola, s’est effondré au spectacle de la déroute de leurs fantassins. Ils s’enfuient à brides abattues en portant à son comble le désordre dans les unités d’infanterie espagnoles qu’ils traversent.

Abandonnés à leurs propres forces, les artilleurs espagnols deviennent une proie facile pour les cavaliers français. Ceux-ci mettent rapidement la main sur la plupart des canons ennemis. Puis, tandis que les dragons de Milhaud poussent devant eux la première ligne espagnole qui n’est plus qu’un vaste troupeau, la cavalerie légère attaque de flanc et de revers le second rideau des troupes espagnoles.

Dessolles s’est tenu jusque-là immobile, se contentant comme prévu de fixer les troupes qui lui font face. Il envoie maintenant ses voltigeurs pénétrer dans le village. Les liaisons entre les divisions espagnoles s’en trouvent coupées. Zayas entreprend de reculer vers Dos Barrios, afin de préserver la ligne de retraite de l’armée espagnole. Girón l’accompagne. Gaspar de Vigodet parvient à sauver sa division en se frayant un chemin à travers Ocaña. À cet instant, ces trois divisions sont les seules forces espagnoles encore structurées. Vigodet a même réussi à conserver avec lui ses canons.

Pendant que Sénarmont et ses artilleurs s'avancent vers le sud pour battre de flanc les débris de l’armée ibère et achèver de la désorganiser, Victor de Faÿ de Latour-Maubourg et ses dragons se présentent à leur tour sur-le-champ de bataille pour participer à la curée. Tout ce que les Espagnols ont massé sur leurs arrières — parcs d’artillerie, bagages, réserves — tombe aux mains de la cavalerie lourde française.

La poursuite est confiée au maréchal Claude-Victor Perrin, dit Victor et à son corps d’armée de 18 000 hommes, tout juste arrivés à marche forcée. Elle ne prend fin que vingt-trois kilomètres plus loin, à La Guardia, du fait de la tombée de la nuit. L’incendie de cette ville, pillée tout comme Dos Barrios vient d'être mis à sac au passage, illumine le campement des vainqueurs.


Bilan

À l’issue du combat, la plus considérable des armées espagnoles est détruite. 25 000 de ses hommes à peine, sur 55 000, se regrouperont un peu plus tard dans la Sierra Morena. Aux 5 000 morts et aux 20 000 prisonniers laissés sur le terrain, il faut donc ajouter environ 10 000 déserteurs (dont certains probablement passés par la suite dans les rangs des guérilleros).


Conséquences

Cette victoire ouvre la route de l’Andalousie aux Français qui s’en empareront durant les premiers mois de l’année suivante. Elle provoque également la retraite du général Arthur Wellesley, vicomte de Wellington vers le Portugal.


Ordre de bataille

  1. Armée espagnole
    1. Commandant en chef : lieutentant-général Juan Carlos de Aréizaga
    2. Infanterie
      1. Avant-garde : brigadier José Pascual de Zayas y Chacón
      2. 1ère division : brigadier Luis Roberto de Lacy
      3. 2ème division : brigadier Gaspar de Vigodet
      4. 3ème division : maréchal de camp Pedro Agustín Girón
      5. 4ème division : maréchal de camp Francisco González Castejón
      6. 5ème division : maréchal de camp Tomás de Zeraín
      7. 6ème division : maréchal de camp Pelegrin Jácome
      8. 7ème division : brigadier Francisco Cópons
    3. Cavalerie : maréchal de camp Manuel Alberto Freire de Andrade y Armijo
      1. 1ère division : maréchal de camp Juan Bernuy
      2. 2ème division : brigadier José Rivas
      3. 3ème division : brigadier Miguel March
      4. 4ème division : Colonel Vicente Osorio
  2. Armée française
    1. Commandant en chef : nominalement, Joseph Bonaparte, roi d'Espagne ; en fait, le maréchal Jean-Nicolas de Dieu Soult
    2. Commandant supérieur des IVème et Vème corps : maréchal Édouard Adolphe Casimir Joseph Mortier
      1. 4ème corps : général de division Horace Sébastiani
        1. 2ème division : général de division Jean Leval
        2. 3éme division du général de brigade François Werlé
        3. Cavalerie (incluant le régiment des lanciers polonais de la Vistule)
      2. 5ème corps : maréchal Édouard Adolphe Casimir Joseph Mortier
        1. 1ère division : général de brigade Jean Baptiste Girard
        2. Division Honoré Théodore Maxime Gazan de la Peyrière
    3. Commandant la cavalerie : général de division Horace Sébastiani
      1. 3ème division de dragons : général de division Édouard Jean Baptiste Milhaud
      2. Division de cavalerie légère : général de brigade Antoine Paris d'Illins (mort au combat)
      3. Division de cavalerie : général de brigade Charles Victor Woirgard (dit Beauregard)
      4. Cavalerie de la Garde royale
    4. Commandant l'artillerie : général de division Alexandre-Antoine Hureau de Sénarmont
    5. Réserve
      1. Division de réserve : général de division Jean-Joseph Dessolles

*  *  *
Encore simple colonel au début de l’année 1809, Aréizaga est lieutenant-général en juin et général en chef de l’armée de la Mancha en octobre. Il doit cette fulgurante carrière à la protection des Palafox. Ceux-ci, qui ambitionnent de prendre la direction de la Junta Suprema Central, placent ainsi à la tête des meilleures troupes espagnoles un homme qui leur doit tout et leur est donc naturellement dévoué.

Perché dans un clocher pendant la majeure partie des combats, il n'en descendra qu'au moment du désastre pour fuir avec son état-major jusqu’à Turleque, à 50 kilomètres de distance.

Son comportement calamiteux durant la bataille ne lui vaudra cependant aucun reproche et il obtiendra même par la suite une promotion en devenant gouverneur de Carthagène. Les autorités espagnoles ne lui confieront cependant plus jamais le soin de mener des troupes au combat.

*  *  *

Il est possible que le général Paris d'Illins ne soit pas mort dans l’action d’Ontigola, mais lors d’une reconnaissance au cours de laquelle il aurait été tué d’un coup de lance par le caporal Manzano. Une vieille tradition veut que son corps ait reposé à Ocaña, dans le couvent des Dominicains, jusqu’à ce que les Républicains, en 1936, transforment celui-ci en atelier de mécanique et que les restes du général français soient dispersés.


Témoignages

Rapport officiel du général Zayas



Au très excellent seigneur don Juan Carlos d’Aréizaga.

Très excellent seigneur, Votre Excellence m’a fait donner l’ordre, par le major général, de rendre compte en détail de toutes les circonstances dans lesquelles s’est trouvée la division que je commandais à l’action du 19 du mois passé, sous Ocaña. Elle m’a ordonné également de joindre les listes des morts, blessés et prisonniers, ainsi que des traits particuliers de bravoure et de lâcheté. En exécution de ces ordres, je dirai : que le matin dudit jour, j’ordonnai au lieutenant-colonel don Jose Villalobos, commandant des partis de la cavalerie, de s’avancer jusqu’à ce qu’il donnât contre l’ennemi. Je le fis soutenir par don Antonio Ramon, colonel commandant le corps volant de l’infanterie ; et je suivis moi-même de très près avec toute l’avant-garde, qui devait opérer conjointement avec les 3e et 2e divisions, qui étaient aux ordres du brigadier don Gaspar Bigodet et du maréchal de camp don Pèdre Augustin Giron ; lequel, tant par son ancienneté que par la disposition de Votre Excellence, se trouvait commander le tout.

Ocaña, qui se trouve située dans une plaine immense nommée la Meseta, est coupée, du côté qui voit le chemin d’Aranjuez, par un profond ravin qui s’étend, par sa droite, presque jusques aux oliviers de Noblejas et Villarubias. La gauche est une continuation de la même Meseta qui, à portée de canon, va mourir au chemin royal. Ce chemin la borne et devient inutile pour les mouvemens de guerre quand l’ennemi est près.

De la même ville (Ocaña) sort un chemin de voiture, nommé le chemin d’Ontigola, ou chemin vieux d’Aranjuez, très difficile pour l’artillerie, mais qui se change ensuite en une grande plaine semblable à la Meseta. C’est par ce chemin que je dirigeai ma marche et celle que devaient prendre les autres divisions. Quoique tous les corps de la division ne fussent pas à même hauteur, quand Villalobos m’annonça la proximité de l’ennemi, en grand nombre,
je continuai de m’avancer pour les contenir ; mais je ne tardai pas à recevoir un second avis, qui annonçait que l’ennemi venait au galop, sans avoir donné le temps de le reconnaître.

Dans le moment, j’ordonnai de déployer par bataillons, en masse, et voyant que le feu des tirailleurs était déjà sur moi, je fis mes dispositions pour recevoir la cavalerie, en donnant avis de ce mouvement à Giron. Dans cette situation, se présenta Votre Excellence, et j’eus le plaisir de lui manifester que les troupes que j’avais l’honneur de commander étaient pleines de confiance, et désiraient qu’on les employât avec cette distinction à laquelle leur donnait des droits leur valeur tant de fois éprouvée pendant cette guerre. Votre Excellence m’ordonna de rétrograder et de venir occuper la première position que j’avais eue, appuyant ma droite à la ville, et m’étendant presque parallèlement au chemin royal de Dos Barrios. Cette opération s’exécuta avec ordre et promptitude, laissant le front de la ville et les avenues d’Aranjuez et Ontigola couverts par les compagnies de chasseurs des corps, pendant que le corps volant et les tirailleurs continuaient à se battre avec la plus grande valeur.

Dans cet état de choses, les vaillans de l’avant-garde restèrent condamnés à ne rien faire jusqu’à midi et demi, que se présenta le colonel du corps royal d’artillerie, don Manuel Llanos, avec l’ordre de Votre Excellence d’attaquer, sans déterminer le point ni l’objet ; en conséquence, je marchai à l’ennemi par la plus courte distance, sans que le feu vif d’artillerie qui se dirigeait sur la troupe pût altérer sa fermeté ou diminuer le degré de bravoure que l’armée lui faisait l’honneur de reconnaître.

Pendant la marche, je reçus un second ordre de Votre Excellence, apporté par don Robenza, qui m’enjoignait de rétrograder pour soutenir la deuxième division. Je commandai demi-tour à gauche, et je me retirai sur ma seconde position, d’où j’ordonnai au lieutenant-colonel du corps royal du génie, don Blaise Manuel Teruel, d’aller informer Votre Excellence que ses ordres étaient exécutés, et que je la suppliais de vouloir bien me communiquer ce qu’elle croyait convenable au succès de la journée ; l’avertissant que l’ennemi avait déjà établi ses feux aux oliviers de Dos Barrios. À son retour, Teruel me dit que Votre Excellence approuvait mes mouvemens, et me faisait dire d’opérer pour le mieux, selon les circonstances. Cette réponse ne satisfaisant point à ma demande, j’envoyai de nouveau le capitaine du régiment Ferdinand VII, don Manuel Alcala, officier adjoint à l’état-major de Votre Excellence, pour lui dire que ma division était prête et dans la meilleure volonté de se battre ; que les momens étaient critiques et exigeaient des ordres précis et significatifs ; lorsque toutes les divisions et la cavalerie elle-même se trouvèrent en complète retraite. Alcala ne retourna plus, et aucun autre organe ne m’exprima les instructions de Votre Excellence.

Pourtant, l’ennemi s’avançait et établissait ses batteries, qu’il dirigeait avec avantage contre mes masses. Par la gauche, sa cavalerie commençait à s’avancer vers Ocaña qui était déjà occupée par quelques-unes de ses troupes légères ; de sorte que tout commandait la nécessité de changer de position ou de commencer la retraite, pour laquelle je fis mes dispositions, établissant mon artillerie avantageusement dans les vues de contenir la marche rapide avec laquelle l’ennemi s’avançait, et de diminuer ses feux ; ce qui eut son plein effet par la contenance et la bravoure avec lesquelles ces ordres furent exécutés. Ma gauche était appuyée et soutenue par la cavalerie de l’avant-garde sous les ordres du brigadier don Jose de Ribas.


L’infanterie se mouvait majestueusement, et à chaque vingt ou trente pas s’arrêtait pour faire face à l’ennemi. Je n’avais presque rien à craindre pour ma droite : Osorio, avec les corps dragons de Grenade, grenadiers de Ferdinand VII, Lusitania, et Farnèse me couvraient.

Cependant, voyant que l’ennemi formait déjà quelques troupes de cavalerie aux environs de l’ermitage de Saint-Sébastien, je donnai commission à mon aide de camp, le capitaine des dragons de la reine, don Juan Lahera, de dire à Osorio de le charger vivement. Ce chef ne tint point compte de mes ordres, et ne crut pas devoir les exécuter. Je fis donner les mêmes ordres au sergent-major des dragons de Lusitania, don San Yago Wal, lequel, malgré la meilleure volonté, me fit connaître qu’il n’avait pas au-delà de soixante à soixante-dix chevaux. Par cette raison, et pour assurer de plus en plus la marche de ma division et celles des troupes de la 1re, 3e et 5e qui entraient dans les oliviers, j’ordonnai de détacher en avant les escadrons du régiment des chasseurs impériaux que La Hera lui-même alla placer. Le bataillon des volontaires de Valence se dispersa en tirailleurs, occupant le front des oliviers qu’il rendait impénétrables. Toutes les précautions de sûreté furent prises et tous les adjudans m’annonçaient que mes ordres étaient exécutés avec précision. Par cette raison, et pour protéger plus efficacement mon artillerie, que je voulais placer à la tête des colonnes, je les réduisis à deux, qui marchaient parallèlement et à distance proportionnée, pour pouvoir manœuvrer en cas de nécessité. Mon adjudant général, don Antonio Anteres, chargé de placer les troupes légères, me fit savoir que le régiment de Valence était parfaitement placé, et le capitaine de ce régiment, don Antonio Ordonès, me fit savoir que le bataillon des volontaires de Placencia lui servait de réserve. Jusqu’alors, tout présageait le plus heureux succès ; et je félicitais les chefs des corps de la fermeté, union et bon ordre avec lesquels leurs troupes continuaient leur marche malgré le feu de seize pièces d’artillerie qui cherchaient à l’empêcher. Les régimens les plus pressés, volontaires d’Espagne, qui voyaient le feu pour la première fois, méprisaient les grenades qui, plusieurs fois, vinrent tomber dans leurs rangs. Dans les colonnes de grenadiers, on entendait les officiers crier, dès que les boulets faisaient quelques ravages : « Serrez les distances ». La cavalerie en colonne continuait sa marche et gardait la place que je lui avais assignée. J’étais déjà peu éloigné de Dos Barrios, quand des cris confusément répétés, venant d’en haut, et la marche précipitée des corps dispersés qui cherchaient leur soutien dans l’union et le bon ordre de la division, m’annoncèrent la proximité de la cavalerie ennemie. Mes flancs furent dans le moment embarrassés par la confusion et le désordre des régimens qui marchaient au trot. La cavalerie que j’avais laissée à la droite n’existait déjà plus, et passait, dans sa dispersion, au milieu de mon infanterie. Je retourne pour rallier ma cavalerie. Mes colonnes étant en bon ordre, j’ordonnai au régiment de Farnèse, qui avait son colonel à la tête, d’attaquer l’ennemi qui avait déjà débordé ma droite et rompu mon front. Le régiment de Pavie, qui, toujours, dans toutes les affaires d’avant-garde, avait conservé un nom distingué, se trouvait mêlé avec Farnèse et au milieu de l’infanterie. Cependant il reçut l’ordre d’attaquer ; et il l’eût fait sans doute avec valeur s’il avait pu conserver sa formation. Mais, dans l’état où il était, les efforts des officiers étaient nuls, et la force disparaissait. Les vaillans 1er et 2e escadrons des hussards d’Estramadoure étaient trop affaiblis pour pouvoir s’opposer avec succès aux forces considérables qui nous menaçaient déjà. Ainsi, dans un moment, disparut toute la cavalerie ; et l’infanterie fut abandonnée à ses propres moyens. Ce n’eût été d’aucune importance si les empêchemens dont j’ai parlé ne m’eussent pas réduit à l’impossibilité de manœuvrer ; car, au milieu d’un tel désordre, la valeur du soldat ne l’avait point abandonné, et il criait à tout moment : « Mon général, tuez tout ce qui n’exécutera pas vos ordres ». Soutenu de l’intrépidité de mes officiers, pour réaliser les espérances qui me restaient, je donnai commission à mon aide de camp, le capitaine des dragons d’Almanza, don Ramon de Seumana, d’aller trouver le maréchal de camp don Manuel Freire, et de le supplier de rassembler le plus grand nombre de cavaliers qu’il pourrait ; que cette opération, peut-être, nous sauverait. Malheureusement, Freire ne put m’offrir que son intrépidité et sa valeur personnelles. Les efforts que faisaient les chefs de corps pour les former et opposer leurs baïonnettes à l’ennemi étaient vains, parce que le flux, la confusion avec lesquels les hommes dispersés entraient et se mêlaient dans nos rangs, rendait infructueuses leurs dispositions.

Ainsi périt d’une manière inutile, pour la cause de la patrie, une division composée d’hommes dignes d’un meilleur sort. J’ai la satisfaction d’annoncer à Votre Excellence que les talens et le zèle de mon commandant en second, le très excellent seigneur comte de Castro-Terreno, m’accompagnèrent partout, et furent de la plus grande utilité ; que tous les chefs, officiers et troupes, ont complètement fait leur devoir et manifesté le plus vif désir de vaincre. Les officiers de mon état-major ont servi avec utilité, et ne se sont soustraits à aucun danger, pour satisfaire à leurs devoirs et exécuter mes ordres. Dieu garde Votre Excellence beaucoup d’années !

Signé, José de Zayas, Santa-Cruz-de-Medulla, 4 décembre 1809.

Rapport du maréchal Soult



Dos Barrios, 19 novembre, 1809.

Les troupes de S. M. I. ont remporté une victoire signalée. La bataille s’est livrée dans le voisinage d’Ocaña, où les Insurgés avoient rassemblé une armée de cinquante-cinq mille hommes et un parc considérable d’artillerie. Le 4e corps réuni au 5e sous les ordres du duc de Trevise ; la division de dragons commandée par le général Milhaud ; la division de chevaux-légers commandée par le général Beauregard, et la brigade de chevaux-légers du général Paris, les gardes du roi, et deux bataillons de troupes espagnoles, se mirent en marche d’Aranjuez, hier à neuf heures du matin, pour aller attaquer l’ennemi qui, suivant tous les rapports, avoit pris poste à Ocaña. Vers neuf heures, ce matin, nos partis avancés étoient en vue de l’ennemi. À onze heures, l’action commença, et, en deux heures de temps, a été décidée en notre faveur. Les Espagnols, encouragés par leur supériorité en nombre, firent une vigoureuse résistance, mais ils furent attaqués par nos troupes avec un courage et une valeur si irrésistibles qu’ils plièrent bientôt ; leur position fut emportée, et ils furent mis dans le plus grand désordre. Toute leur artillerie et leurs pièces de campagne tombèrent entre nos mains, plus de cinquante pièces de canon ont déjà été amenées au camp ; nous avons pris quinze drapeaux, et fait un grand nombre de prisonniers parmi lesquels se trouvent trois généraux, six colonels, et sept cents officiers. Le terrain est couvert de morts et de plus de quarante mille mousquets. Ceux qui ont échappé se sont enfuis sans armes, et ne sachant dans quelle direction ils fuyoient.

Ce matin, le roi a donné le commandement de la cavalerie au général Sébastiani ; et la manière dont il a manœuvré et chargé a pleinement justifié le choix de S. M. Le général Milhaud s’est aussi fort distingué, et tous les divers commandans de cavalerie ont déployé la plus grande intrépidité. Le maréchal duc de Trevise commandoit le 4e et le 5e corps. Il est impossible de se conduire d’une manière plus courageuse qu’il ne l’a fait ; il a reçu une contusion au bras, mais qui ne l’a pas empêché de continuer à commander. Notre perte, selon mes calculs, n’excède pas quatre cents hommes. Le maréchal duc de Bellune a eu ordre, ce matin, de passer le Tage entre Villamaurique et Fuente Duenar, pour attaquer l’ennemi dans la position qu’il a prise à Santa Cruz, et le poursuivre dans quelque direction qu’il se retire. Il avoit été informé, ce matin, par une lettre, que l’ennemi avoit concentré ses forces près d’Ocaña, et il avoit reçu ordre de diriger sa marche sur ce point. Comme il avoit une longue marche à faire, il n’a pu arriver à temps pour prendre part à l’action : le roi n’a reçu aucun avis de lui pendant toute la journée ; ainsi S. M. ignore entièrement ce qu’a fait le duc de Bellune. Je ferai, cependant, un rapport ultérieur à ce sujet le plus tôt possible.

Signé, le maréchal duc de Dalmatie, Madrid, 20 novembre.

Détail de la carte de la bataille d’Ocaña
Carte de la bataille
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Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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