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Napoléon & Empire

Bataille des Pyramides

Date et lieu

  • 21 juillet 1798 (3 thermidor An VI) à Embabeh sur le plateau de Gizeh, près des trois grandes pyramides de Gizeh, sur la rive gauche du Nil (de nos jours dans la métropole du Caire, Égypte).

Forces en présence

  • Armée française d’Orient (20 000 à 30 000 hommes selon les sources) commandée par le général Napoléon Bonaparte. 
  • 40 000 Égypto-Turcs, janissaires et Mamelouks sous les ordres de Mourad Bey, pour le compte de l’Empire ottoman. 

Pertes

  • Armée française d’Orient : une quarantaine de morts, 300 blessés. 
  • Armée ottomane : 10 000 tués (dont 7 000 Mamelouks), 40 canons (selon Bonaparte). 
Bataille des Pyramides (detail)
« La Bataille des Pyramides » (détail). Peint en 1806 par Louis François Lejeune.
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La situation générale

Après avoir débarqué non loin d’Alexandrie, le 1er juillet 1798, Napoléon Bonaparte a rapidement pris la ville puis s’est presque aussitôt mis en marche vers Le Caire, ville clé de l’Égypte, dont la possession lui assurerait le contrôle du pays. En chemin, le 14, il a infligé aux Mamelouks une première défaite lors du combat de Chebreiss. Les vaincus se sont repliés vers leur capitale, où ils ont choisi d’attendre l’envahisseur et de l’affronter avec l’ensemble de leurs forces dans une bataille décisive.

Les dispositions ennemies

Mourad Bey dispose de 40 000 hommes environ, comprenant 12 000 Mamelouks, 8 000 cavaliers arabes et une infanterie d’une vingtaine de milliers de janissaires. Présent à Chébreis où il a vu ses troupes surclassées par les Français, le général égyptien a cette fois surmonté son mépris pour l’adversaire et fait procéder à des préparatifs sérieux : la rive gauche du Nil, par où va se présenter l’ennemi, a été fortifiée ; le village d’Embabeh, situé entre le fleuve et les Pyramides de Gizeh et sur lequel s’appuie la droite de son camp, a été entouré d’une tranchée protégée par 30 canons sur affûts fixes. Ainsi transformée en redoute, la bourgade est défendue par son infanterie ; la cavalerie couvre le désert de là jusqu’aux pyramides ; une réserve, commandée par Ibrahim Bey, est restée sur la rive droite, du côté du Caire.

Les Français, au nombre de 30 000 environ, arrivent en vue de l’ennemi le 21 juillet au petit jour. Sans se laisser griser par le spectacle des « gigantesques pyramides » dorées par le soleil matinal, peut être même sans avoir prononcé le fameux « Soldats, du haut de ces pyramides quarante siècles vous contemplent » Bonaparte les dispose en carrés par division, tactique utilisée lors du combat de Chébreis avec d’excellents résultats. Les côtés de ces carrés comportent six rangs de profondeur à l’avant et à l’arrière, trois sur les faces latérales ; aux angles se tient l’artillerie ; le centre accueille bagages et généraux. Ces formations jouissent d’une grande mobilité et leur configuration les met en mesure d’affronter un assaut de quelque direction qu’il vienne. Elles peuvent également détacher les trois premiers rangs de leurs faces avant et arrière en colonne d’attaque, le reste servant alors à cette dernière d’appui ou de base de repli.

Les combats

À gauche se tiennent les divisions de Jacques de Menou de Boussay et Louis-André Bon ; au centre la division de Charles-François-Joseph Dugua ; à droite celles de Louis Charles Antoine Desaix et Jean-Louis-Ébénézer Reynier. Elles ont ordre de n’ouvrir le feu qu’à bout portant. Bonaparte avance avec la division Dugua. Ses observations lui ayant révélé que les canons d’Embabeh ne peuvent être déplacés et que la cavalerie mamelouke se trouve hors de leur portée, il décide de concentrer ses premiers efforts de son côté. Une fois celle-ci repoussée, il pourra couper la voie de retraite de l’ennemi, se retourner sur la redoute d’Embabeh et la détruire.

Mourad Bey tente de le prendre de vitesse en faisant charger ses cavaliers avant que les carrés n’aient achevé de se former. Il lance 8 000 Mamelouks sur la droite française. Trop tard ! La division Desaix vient de finir de se mettre en position lorsqu’elle reçoit le choc des assaillants. Ceux-ci sont accueillis par un feu destructeur qui jette à terre montures et cavaliers. Les attaquants font cependant preuve d’une telle impétuosité qu’ils manquent de peu d’enfoncer le front de la division française. Leurs rangs rompus, les Mamelouks continuent un temps de se sacrifier inutilement dans des charges désordonnées et stériles puis se rabattent sur l’aile gauche française où les attendent Bon et Menou. Ce faisant, ils offrent leurs arrières aux coups de la division Dugua qui les met définitivement en déroute.

Le spectacle de ce fiasco trouble les défenseurs d’Embabeh. Bonaparte s’en aperçoit et envoie sa gauche s’emparer du village. Les deux carrés s’avancent puis font halte et détachent deux colonnes d’attaque, sous les ordres de Antoine-Guillaume Rampon et de Louis Viesse de Marmont, qui montent à l’assaut des retranchements. Les Mamelouks qui s’y trouvent sortent à leur rencontre mais se heurtent à leur tour aux « citadelles vivantes » constituées par les deux formations qui se sont aussitôt organisées en carrés, avec un sang-froid remarquable. Les cavaliers chargent à trois reprises avant de prendre conscience de l’inutilité de leurs efforts. Ils hésitent un instant puis tournent bride et s’enfuient.

La garnison d’Embabeh tente alors une sortie pour rejoindre Mourad Bey. Elle offre ainsi son flanc à l’infanterie française qui la fusille. La panique s’installe dans les rangs ottomans et c’est la déroute finale.

Mourad Bey, lui-même blessé, se retire en direction du sud avec les 3 000 cavaliers qui lui restent. Ibrahim, qui s’est prudemment tenu à l’abri du fleuve tout le temps de la bataille, recueille les fuyards qui ont traversé le Nil à la nage puis prend la route de la Syrie.

Gizeh : les pyramides

Les suites de la bataille

L’Égypte est conquise. L’armée française a laissé moins de 400 combattants sur le terrain en comptant tués et blessés ; les pertes ennemies atteignent peut-être, voire dépassent, la dizaine de milliers (les sources se montrent extrêmement divergentes).

Bonaparte fait avancer ses troupes jusqu’à Gizeh et installe son quartier général dans le palais de Mourad Bey.

C’est Bonaparte lui-même qui choisit de donner à ce combat le nom de bataille des Pyramides. Il lui parut plus prestigieux que ceux de bataille du Caire, ou d’Embabeh, géographiquement plus pertinents, pour lesquels il aurait également pu opter.

Témoignages

Mémoires du maréchal Berthier

Le 2 thermidor, à deux heures du matin, l’armée part d’Omm-el-Dinar. Au point du jour, la division Desaix, qui formait l’avant-garde, a connaissance d’un corps d’environ six cents mameloucks et d’un grand nombre d’Arabes qui se replient aussitôt. À deux heures après midi, l’armée arrive aux villages d’Ebrerach et de Boutis. Elle n’était plus qu’à trois quarts de lieue d’Embabé, et apercevait de loin le corps de mameloucks qui se trouvait dans le village. La chaleur était brûlante, le soldat extrêmement fatigué. Bonaparte fait faire halte; mais les mameloucks n’ont pas plus tôt aperçu l’armée qu’ils se forment en avant de sa droite dans la plaine. Un spectacle aussi imposant n’avait point encore frappé les regards des Français. La cavalerie des mameloucks était couverte d’armes étincelantes. On voyait en arrière de sa gauche ces fameuses pyramides dont la masse indestructible a survécu à tant d’empires, et brave depuis trente siècles les outrages du temps. Derrière sa droite étaient le Nil, Le Caire, le Mokattam et les champs de l’antique Memphis.

Mille souvenirs se réveillent à la vue de ces plaines où le sort des armes a tant de fois changé la destinée des empires. L’armée, impatiente d’en venir aux mains, est aussitôt rangée en ordre de bataille. Les dispositions sont les mêmes qu’au combat de Chebreisse. La ligne, formée dans l’ordre par échelons et par divisions qui se flanquent, refusait sa gauche. Bonaparte ordonne à la ligne de s’ébranler; mais les mameloucks, qui jusqu’alors avaient paru indécis, préviennent l’exécution de ce mouvement, menacent le centre, et se précipitent avec impétuosité sur les divisions Desaix et Régnier, qui formaient la droite. Ils chargent intrépidement les colonnes qui, fermes et immobiles, ne font usage de leur feu qu’à demi-portée de la mitraille et de la mousqueterie; la valeur téméraire des mameloucks essaie en vain de renverser ces murailles de feu, ces remparts de baïonnettes; leurs rangs sont éclaircis par le grand nombre de morts et de blessés qui tombent sur le champ de bataille; et bientôt ils s’éloignent en désordre sans oser entreprendre une nouvelle charge. Pendant que les divisions Desaix et Régnier repoussaient avec tant de succès la cavalerie des mameloucks, les divisions Bon et Menou, soutenues par la division Kléber, commandée par le général Dugua, marchaient au pas de charge sur le village retranché d’Embabé. Deux bataillons des divisions Bon et Menou, commandés par les généraux Rampon et Marmont, sont détachés, avec ordre de tourner le village, et de profiter d’un fossé profond pour se mettre à couvert de la cavalerie de l’ennemi, et lui dérober leurs mouvemens jusqu’au Nil.

Les divisions, précédées de leurs flanqueurs, continuent de s’avancer au pas de charge. Les mameloucks attaquent sans succès les pelotons des flanqueurs; ils démasquent et font jouer quarante mauvaises pièces d’artillerie. Les divisions se précipitent alors avec plus d’impétuosité, et ne laissent pas à l’ennemi le temps de recharger ses canons. Les retranchemens sont enlevés à la baïonnette; le camp et le village d’Embabé sont au pouvoir des Français. Quinze cents mameloucks à cheval et autant de fellahs, auxquels les généraux Marmont et Rampon ont coupé toute retraite en tournant Embabé, et prenant une position retranchée derrière un fossé qui joignait le Nil, font en vain des prodiges de valeur; aucun d’eux ne veut se rendre, aucun d’eux n’échappe à la fureur du soldat; ils sont tous passés au fil de l’épée ou noyés dans le Nil. Quarante pièces de canon, quatre cents chameaux, les bagages et les vivres de l’ennemi tombent entre les mains du vainqueur.

Mourâd-Bey, voyant le village d’Embabé emporté, ne songe plus qu’aux moyens d’assurer sa retraite. Déjà les divisions Desaix et Régnier avaient forcé sa cavalerie de se replier : l’armée, quoiqu’elle marchât depuis deux heures du matin et qu’il fût six heures du soir, le poursuit encore jusqu’à Gisëh. Il n’y avait plus de salut pour lui que dans une prompte fuite; il en donne le signal, et l’armée prend position à Gisëh, après dix-neuf heures de marche ou de combats.

Jamais victoire aussi importante ne coûta moins de sang aux Français : ils n’eurent à regretter dans cette journée que dix hommes tués et environ trente blessés. Jamais avantage ne fit mieux sentir la supériorité de la tactique moderne des Européens sur celle des Orientaux, du courage discipliné sur la valeur désordonnée.

Les mameloucks étaient montés sur de superbes chevaux arabes richement harnachés; ils portaient les plus brillantes armures; leurs bourses étaient pleines d’or, et leurs dépouilles dédommagèrent le soldat des fatigues excessives qu’il venait de supporter. Il y avait quinze jours qu’il n’avait pour toute nourriture qu’un peu de légumes sans pain; les vivres trouvés dans le camp des ennemis lui firent faire un repas délicieux.

Remerciements

La photo des pyramides de Gizeh nous a été gracieusement fournie par M. Yves Maillet.
Détail de la carte de la bataille des Pyramides
Carte de la bataille
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Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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