Napoleon & Empire

Bataille de Vauchamps

Date et lieu

  • 14 février 1814 à mi-chemin entre Montmirail et Champaubert, dans le département de la Marne.

Forces en présence

  • Armée française (18 000 hommes) sous le commandement de l'Empereur Napoléon Ier. 
  • Armée de Silésie (30 000 hommes), sous les ordres du feld-maréchal Gebhard von Blücher. 

Pertes

  • Armée française : autour de 600 morts ou blessés. 
  • Armée russo-prussienne : environ 9 000 hommes morts, blessés ou prisonniers. 
Bataille de Vauchamps (detail)
"Combat de Vauchamps". Gravure de Jean-Baptiste Réville.
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La situation générale

Au soir de sa victoire de Château-Thierry, Napoléon, bloqué au sud de la Marne par la destruction des ponts de la ville, a vu lui échapper les généraux Yorck von Wartenburg et Osten-Sacken. Le lendemain, le franchissement de la rivière se fera trop tard pour que la poursuite, confiée au maréchal Mortier, fasse courir un grand danger aux fuyards. Et c'est presque sans coup férir qu'ils parviendront à Châlons.

Napoléon songe alors à se tourner vers Blücher, singulièrement inerte depuis le 10 février, mais qui vient de se mettre en mouvement pour essayer d'obtenir des nouvelles de ses lieutenants.

Après Champaubert , Auguste Viesse de Marmont a été laissé avec un petit corps de troupes devant Vertus  pour faire face au général prussien. Mal renseigné sur les effectifs qu'il affronte, celui-ci, après avoir longtemps hésité, a fini par se convaincre de leur faiblesse. Et lorsqu'il apprend les défaites de ses subordonnés, s'imaginant Napoléon en route vers la Seine, il décide de bousculer le duc de Raguse pour tomber sur les arrières de l'Empereur et, dans ce but, marche sur Champaubert par Etoges . Marmont, sans se laisser surprendre, recule en bon ordre et fait prévenir le maréchal Louis-Alexandre Berthier.

Le soir du 13 février, Blücher est à Champaubert  où il passe la nuit ; Marmont s'est installé quelques kilomètres à l'ouest, entre Fromentières  et Janvilliers , prêt à réagir à toute initiative prussienne, qu'elle soit d'obliquer au nord vers Epernay  ou de marcher cap à l'ouest droit sur Paris.

Pendant la nuit du 13 au 14, Napoléon, accompagné du maréchal Ney et de la garde, marche sur Montmirail, où il arrive vers huit heures du matin. Il y retrouve Marmont, qui a continué de reculer sous la poussée prussienne, finalement dirigée vers l'ouest.

Blücher, qui dispose des corps de Friedrich Kleist von Nollendorf et de Piotr Michailowitch Kaptsevitch, a 30 000 hommes avec lui ; Napoléon seulement 18 000, une division et de la cavalerie appelées de Viels-Maisons  s'ajoutant aux troupes de Marmont et aux siennes. S'il est presque moitié moins fort, il a en revanche plus de cavalerie, et il va exploiter à fond cette supériorité.


Début du combat

Au matin du 14, les Français changent brutalement d'attitude et passent tout à coup à l'offensive. Marmont fait volte-face et marche sur le village de Vauchamps , qu'occupent les Prussiens. La cavalerie de ligne, sous les ordres du général Emmanuel de Grouchy, tourne l'ennemi par sa droite (au nord), à travers les bois de l'Échelle, de Hautefeuille et de Serrechamp (Sarrechamps) . La garde est en réserve, sur la grand-route.

Blücher, à ce moment, ne sait encore rien des défaites de Yorck et Sacken et pas davantage où se trouve l'Empereur. L'annonce de l'approche d'une colonne d'infanterie française, venue de Sézanne (au sud), le pousse à renforcer son aile gauche au moment où l'attaque française se concentre sur sa droite.

Le bois de Beaumont à Vauchamps
Le bois de Beaumont près de Vauchamps

Le combat s'engage dans Vauchamps. Une brigade française s'en approche par le bois de Beaumont (au sud-ouest du village), une autre de front. Les premiers succès sont prussiens, mais leur exploitation tourne au désastre. Les défenseurs du village, en tentant de poursuivre les assaillants qu'ils viennent de repousser, sont exterminés ou pris. Après deux heures de combat, son point d'appui rompu, ses arrières menacés, Blücher, dont l'offensive a fait long feu et qui se voit réduit à la défensive, ordonne la retraite et commence à reculer vers Champaubert et Etoges, à l'est.


Retraite prussienne

Par malheur pour lui et ses soldats, vers Janvilliers, le terrain, entièrement découvert, est particulièrement propice aux mouvements de la cavalerie française. Grouchy parvient à y contraindre plusieurs carrés prussiens, près de 2 000 hommes, à mettre bas les armes, à l'orée des bois sis entre Saint-Martin d'Albois et Etoges. Napoléon, exploitant ce succès, fait donner d'autres contingents de cavalerie. Le désordre se met dans les carrés restants. 500 nouveaux prisonniers viennent s'ajouter aux précédents. L'infanterie française atteint alors Fromentières. Il est environ 14 heures.

Pour retarder les Français, Blücher tente de faire donner son artillerie, mais Napoléon réplique en utilisant celle de la garde, commandée par le général Drouot. Les alliés sont surclassés et ils ne peuvent guère opposer qu'une demi-douzaine de bouches à feu à la cinquantaine qui pilonne leur retraite pendant près de deux heures. Ayant finalement perdu dans l'affaire plus de temps qu'ils n'en ont gagné, les Prussiens ont laissé à Grouchy le loisir de leur préparer une dernière mauvaise surprise.

En fin d'après-midi, Blücher trouve en effet sa ligne de retraite coupée par la cavalerie française devant Champaubert. A la tête de ses hommes, Grouchy mène la charge  contre des colonnes alliées déjà durement éprouvées par les combats de la journée. Puis la cavalerie de la garde impériale prend l'ennemi en queue et vient achever le travail. Les derniers carrés prussiens sont laminés et seul le retard de l'artillerie, freinée par des chemins impraticables, leur évite une complète extermination.


Poursuite

La tombée de la nuit n'éteint pas les ardeurs des Français qui continuent à pourchasser l'ennemi à la baïonnette dans les rues d'Etoges et au delà, sous le commandement du maréchal Marmont. Six cents alliés sont encore faits prisonniers dans ce village, dont le général Ourousov qui y commande. Blücher lui-même et son état-major sont en passe d'être pris et ne doivent leur salut qu'à leurs sabres et à l'obscurité qui empêche leurs adversaires de les reconnaître.


Bilan de la bataille

Les pertes françaises de la bataille de Vauchamps ne sont que de 600 hommes. En face, 7 000 morts et blessés s'ajoutent à 2 000 prisonniers pour faire de cette journée l'une des plus sombres de la campagne pour les alliés.

Le soir, tandis que Marmont reste à Etoges, Napoléon s'en retourne coucher à Montmirail. Blücher, lui, passe la Marne le lendemain puis continue sa route les jours suivants jusqu'au delà de Châlons , où le rejoignent bientôt les autres débris de son armée. Il est privé pour quelques temps de toute capacité opérationnelle.

La bataille de Vauchamps clôt cette fabuleuse « campagne des six jours » au cours de laquelle l'armée impériale inflige quatre défaites consécutives à celle de Silésie, lui causant des pertes dix fois supérieures aux siennes (plus de 30 000 hommes tués, blessés ou pris contre à peine 3 000). Sonnés, disloqués, les russo-prussiens sont provisoirement hors de combat. Il s'en faut de peu qu'ils ne soient totalement écrasés : un Macdonald plus fort ou plus combatif, quelques jours de plus accordés à l'Empereur pour finir la besogne. Il n'en ira pas ainsi. Blücher provisoirement éliminé, Napoléon doit aussitôt se tourner vers la Seine et Schwartzenberg. Celui-ci, sortant de sa torpeur, vient en effet de passer le fleuve et de reprendre l'offensive.

*  *  *
Une colonne  au village de Vauchamps commémore cette victoire française.

Témoignages

Correspondance de Napoléon après la bataille

Au roi Joseph,

Lieutenant général de l'Empereur, à Paris.

Montmirail, 14 février 1814, neuf heures du soir.

Mon Frère, il est neuf heures du soir ; je vous écris un mot pour vous faire connaître l'heureuse issue de la bataille de Vauchamps. Le général Blücher, qui s'était séparé de son armée et dont le quartier général était à Vertus, avait été rejoint par le corps de Kleist, qui venait d'Allemagne et était fort de vingt-quatre bataillons, et par un nouveau corps russe de douze bataillons, ce qui faisait en tout trente-six bataillons ou 30 000 hommes. Il se porta le 13 sur Etoges et Champaubert. Le duc de Raguse, qui était instruit de ce mouvement, battit en retraite sans être engagé. Je suis parti aujourd'hui à trois heures du matin de Château-Thierry et suis arrivé à Montmirail au moment où l'ennemi était presque aux portes. J'ai fait marcher à l'ennemi, qui avait pris position au village de Vauchamps. Je l'ai battu, lui ai fait 8 000 prisonniers, pris trois pièces de canon et dix drapeaux, et je l'ai mené battant jusqu'aux portes d'Etoges. Sa perte en morts et blessés doit être de plus de 4 000 hommes. Je n'ai pas perdu 300 hommes tués ou blessés. Ce grand résultat tient à ce que l'ennemi n'avait pas de cavalerie et que moi j'en avais 6 à 8 000 hommes de très bonne, avec lesquels je l'ai fait constamment envelopper et déborder  qu'il a dû mettre la plus grande partie de son artillerie en sûreté, de crainte de la perdre, et que toute la journée je l'ai écrasé par la mitraille de cent pièces de canon. Mes trois escadrons de service se sont couverts de gloire. Les ayant sous la main, je leur ai fait faire plusieurs charges, et ils ont fait 1 000 prisonniers.

Je crois vous avoir mandé hier que le duc de Trévise suivait vivement, par la traverse de Reims, les débris de Sacken et d'York.

Napoléon.



Au roi Joseph,

Lieutenant général de l'Empereur, à Paris.

Montmirail, 15 février 1814, trois heures du matin.

Mon Frère, je reçois votre lettre du 14, que m'apporte le jeune Montesquiou.

Je partirai à la petite pointe du jour et je serai avec ma Garde de bonne heure à la Ferté-sous-Jouarre, d'où je continuerai de ma personne la route sur Meaux.

Je ne conçois pas la bêtise du duc de Reggio de ne pas avoir défendu le passage de Bray.

Je vois qu'hier 14 les ducs de Bellune, de Reggio et de Tarente ont dû se réunir entre Nangis et Guignes ; je ne tarderai pas sans doute à apprendre ce qui se sera passé.

Dans la note que vous mettrez au Moniteur sur la bataille de Vauchamps, il faudra porter comme prisonnier le général de division russe Orousof, et un général de brigade de cette nation, qui ont été faits prisonniers. Leur corps ayant pris l'arrière-garde à la nuit, on les a chargés, mis en déroute ; on leur a pris 1 000 prisonniers et quatre pièces de canon.

Il paraît que l'ennemi opère entièrement sur la rive droite de la Seine. La division de cavalerie d'Espagne aura pu ainsi se réunir à Fontainebleau ; les ponts de Melun et de Montereau étant coupés, elle n'aura pour rejoindre d'autre ressource que le pont de Corbeil.

Il paraît qu'il y a encore un millier d'hommes de la garde nationale de Montereau qui ne sont pas armés et que tous manquent d'effets de campement ; donnez ordre qu'on leur en donne.

Envoyez à la rencontre des 7 ou 8 000 prisonniers qui partent d'ici les gendarmes du général Radet, qui doivent arriver aujourd'hui à Paris.

Les paysans ont ramassé ici, sur le champ de bataille, plus de 4 000 fusils, que la rapidité du mouvement n'a pas permis de recueillir. Peut être la garde nationale de Paris, en envoyant ici des commissaires auprès des paysans, pourrait-elle s'en procurer beaucoup.

Napoléon.

P. S. L'ennemi paraissant opérer sur la rive droite de la Seine, et nous n'ayant que des partisans sur la rive gauche, il est important de renforcer le cordon qui couvre Paris sur la rive gauche.


Panoramique aérien du champ de bataille de Vauchamps

Détail de la carte de la bataille de Vauchamps
Carte de la bataille
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Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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