Napoleon & Empire

Bataille de Vitoria

Date et lieu

  • 21 juin 1813 près de Vitoria (ou Vittoria, de nos jours Vitoria-Gasteiz), ville au sud de la rivière Zadorra, à 65 km au sud-est de Bilbao (Pays basque, Espagne)

Forces en présence

  • Armée française (57 000 hommes) sous le commandement de Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, et du maréchal Jean-Baptiste Jourdan. 
  • Coalition anglo-lusitano-espagnole (78 000 hommes) commandée par le général Arthur Wellesley, marquis de Wellington. 

Pertes

  • Armée française : 8 000 hommes (6 000 morts ou blessés, 2 000 prisonniers), 138 canons (151 selon Wellington) et la quasi-totalité de ses bagages. 
  • Coalisés : 5 000 tués ou blessés. 
Bataille de Vitoria (detail)
"Victory of Vittoria" (détail). Peint par Charles et Frederick Christian Lewis.
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La situation générale

Au début de l'année 1813, alors que la situation des armées françaises en Espagne est déjà des plus mauvaises, Napoléon, à court de troupes après le désastre russe, se voit contraint d'en prélever dans la péninsule. Les difficultés, déjà grandes, deviennent alors, pour le roi Joseph Bonaparte, insurmontables.

C'est le moment que choisit Arthur Wellesley, marquis de Wellington, récemment nommé généralissime des armées espagnoles, pour reprendre l'offensive. Le 22 mai, il marche sur Salamanque depuis Ciudad-Rodrigo, où il s'est replié après ses échecs de la fin de l'année 1812. Il passe ensuite le Douro à Tordesillas et Zamora et s'avance sur Burgos, menaçant la route de Bayonne.

Cette habile manoeuvre, plus judicieuse qu'une marche directe sur Madrid, en débordant les Français par leur droite et en menaçant leur ligne d'opérations, contraint Joseph à quitter à nouveau - et cette fois sera la dernière - sa capitale. Les ultimes chariots, convoyés par le général Léopold Hugo, s'en éloignent le 27 mai.

L'intention du roi, secondé par le général Jean-Baptiste Jourdan, est de se replier derrière l'Ebre et de s'y maintenir. Mais ce plan doit être abandonné quand Wellington parvient à franchir le fleuve par une route jugée à tort impraticable. Coupés de la côte, les Français se voient à nouveau menacés d'être tournés par leur droite. Le général Reille, à la tête de l'armée du Portugal, leur évite ce désastre de justesse. Joseph n'a plus qu'à replier en hâte son quartier-général sur Vitoria. Il décide alors d'y livrer bataille sur la rive gauche de la rivière Zadorra , proche de la ville, négligeant les autres options possibles : se retirer jusqu'à Saragosse pour y rallier le maréchal Suchet, se replier immédiatement sur Bayonne en évitant la bataille ou enfin n'accepter celle-ci qu'un peu plus au nord, sur les hauteurs de Salinas  et Mondragon , beaucoup plus faciles à défendre. La responsabilité de cette décision ne semble d'ailleurs pas clairement établie entre le roi lui-même et les généraux de son entourage.


Le terrain et la disposition des armées

En tout état de cause, le champ de bataille choisi est une cuvette entourée de montagnes, de 20 kilomètres de long sur 10 de large, traversée dans toute sa longueur par la grande route de Madrid à Bayonne, et arrosée par le rio Zadorra. Celui-ci couvre la ville au nord et à l'ouest mais plusieurs ponts, que personne n'a pris l'initiative de détruire ou de protéger, permettent de le franchir. Autre désavantage pour les Français, des monceaux de bagages encombrent Vitoria et ses alentours, barrant les routes et gênant les mouvements des troupes. Un dernier convoi part bien pendant la nuit précédant la bataille, diminuant encore de 4 000 hommes des effectifs déjà maigres, mais, faute d'animaux de trait en nombre suffisant, il doit abandonner derrière lui l'artillerie de siège. Tout ce matériel est entreposé dans un parc, non loin de la ville où errent également, affolées, les familles des Afrancesados, ces Espagnols partisans de Joseph.

Pris de fièvre le 20, Jourdan ne peut donner les ordres nécessaires pour concentrer une armée trop étirée si bien que, le 21, le dispositif français, à cheval sur la route face à l'ouest, occupe les positions suivantes :

L'armée du Midi, aux ordres du général Honoré Gazan, forme la première ligne, commandant la vallée du rio Zadorra. Elle s'étage de Puebla , où elle a ses avant-postes, jusqu'aux coteaux  d'Ariñiz , à 8 kilomètres à l'ouest de Vitoria. Sa droite s'appuie sur la rivière à la hauteur du pont  de Villodas .

L'armée du Centre, sous le général Jean-Baptiste Drouet d'Erlon, forme un second rideau, un kilomètre en retrait du premier. Sa gauche se tient aux alentours  de Gomercha (Gometxa) , sa droite vers Margarita .

L'armée du Portugal, commandée par le général Honoré Reille, couvre Vitoria. Au nord, sa droite se tient le long de la Zadorra, s'étendant d'Aranguis , sur la route de Bilbao, presque jusqu'à la route de Pampelune et Bayonne. Deux divisions ont été détachées à l'ouest, au pied des hauteurs, aux alentours d'Armentia , d'Hermendad (Lermanda), et de Margarita.

Joseph ne dispose en tout que de 57 000 combattants et de 140 canons, Bertrand Clausel et ses 14 000 soldats n'étant encore qu'à Logroño. Faute d'ordres nets reçus en temps voulu, le commandant de l'armée du Nord a en effet abandonné trop tard la poursuite des insurgés du général Francisco Espoz y Mina. Son retour à marches forcées vers Vitoria ne lui permettra pas d'arriver à temps pour participer à la bataille. Quant à Maximilien Foy (6 000 hommes en Biscaye) et au général Antoine Popon de Maucune (parti escorter un convoi vers Irun), ils manqueront aussi.

En face, Wellington dispose de 78 000 hommes (dont 25 000 Espagnols et 10 000 Portugais) et de 108 canons, qu'il organise en quatre colonnes, commandées, de droite à gauche en regardant le Sud, par le général Rowland Hill, Wellington lui-même, le comte de Dalhousie, le général Thomas Graham.

La bataille

L'attaque débute à quatre heures du matin. Hill s'empare des hauteurs de Puebla, peu défendues, puis les conserve malgré tous les efforts des Français qui comprennent, un peu tard, leur importance. Il traverse ensuite le rio Zadorra à Puebla puis se rend maître du village de Subijana de Alava , vers huit heures du matin.

Aussitôt après, vers 9 heures, deux divisions anglaises du centre-droit traversent à leur tour le rio sur les ponts de Nanclares et de Tres-Puentes, bientôt suivies par les deux divisions du comte de Dalhousie. Ces quatre divisions menacent la gauche et le centre français par leur droite tandis que le général Hill, depuis Subijana, pèse sur leur gauche. Pris entre deux feux, Gazan et d'Erlon reçoivent l'ordre de se replier en direction de Vitoria. Quoi que rien de décisif ne se soit encore produit, ils s'y soumettent, non sans porter des coups douloureux à l'ennemi grâce à leur forte artillerie. Leur mouvement rétrogade se déroule en bon ordre.

Gamarra Menor, vue générale
Vue générale du hameau de Gamarra Menor

Mais, aux alentours de midi, alors que l'aile gauche et le centre du dispositif français résistent encore, l'aile droite est à son tour vigoureusement attaquée par le général Graham. Il se porte de Murguia sur Vitoria par la route de Bilbao et s'empare des hauteurs qui dominent les villages de Gamarra Mayor , Gamarra Menor  et Abechuco (Abetxuko) , occupés en force par les troupes de Reille. Il attaque ensuite Gamarra Mayor, qui commande la principale voie de retraite des français : la route de Vitoria à Bayonne. Malgré une défense opiniâtre puis des efforts acharnés pour le récupérer, le village est pris vers 13 heures et conservé ensuite par les troupes de Graham. Il en va de même à Abucheco.

L'armée de Portugal, après avoir vaillamment resisté, effectue un mouvement de retraite sur Betono , où elle prend position et arrête quelque temps la gauche de l'ennemi.

Vers 16 heures, la gauche et le centre français ont reculé jusqu'à Vitoria. Le centre de l'armée anglaise fait alors sa jonction avec la droite. Deux heures plus tard, les coalisés parviennent à ouvrir une brèche dans les rangs français, rendant inéluctable la défaite des troupes impériales. Chacun alors n'y songe plus qu'à prendre le chemin de la France et les soldats se laissent entraîner dans la fuite des civils, laissant derrière eux cinq à six mille morts ou blessés, deux mille prisonniers et la plupart de leurs canons.

Mais la seule route disponible pour la retraite n'est qu'une voie à peine carrossable conduisant à Pampelune, par Arbulo  et Salvatierra-Agurain . L'armée, désorganisée par la nature du terrain, encombrée de réfugiés espagnols, femmes, enfants, employés des administrations militaires, marche dès lors dans le plus complet désordre, les cavaliers mêlés aux fantassins, tous les régiments confondus en une masse informe. Joseph parvient à Salvatierra-Agurain pour la nuit. Puis, passée la frontière, il s'installera à Saint-Pée-sur-Nivelle.

Pour les troupes de Wellington, la récolte est miraculeuse : la garde-robe du roi, le trésor de l'armée, tous les bagages et le butin accumulé dans les gigantesques convois qui n'ont jamais pu prendre le chemin de l'Empire. Trop occupées au pillage, elles négligent la poursuite, perdant l'occasion de transformer leur victoire en triomphe.


Les suites de la bataille

Après cette nouvelle défaite, Napoléon retire à son frère le commandement des opérations pour le confier au maréchal Soult. Mais celui ne peut désormais plus que reculer. L'Espagne est perdue bien que les combats doivent encore se poursuivre jusqu'au début de l'année 1814, date à partir de laquelle l'affrontement se poursuivra sur le sol français.

Il ne reste plus à Napoléon 1er qu'à restituer la couronne d'Espagne à Ferdinand VII. La guerre d'indépendance espagnole est finie.

*  *  *
Le général Antoine Jomini a jugé qu'« Il eût été difficile de choisir un plus mauvais point pour y recevoir une bataille, ni de livrer sous de plus fâcheux auspices que Joseph ne le fit »

*  *  *

Le bâton de maréchal du général Jourdan fut retrouvé sur le champ de bataille et envoyé en Angleterre par Wellington. Le 3 juillet 1813, le prince-régent en accusa réception de la façon suivante : « Mon cher lord, vous m'avez envoyé, parmi les trophées de votre renommée sans égale, le bâton d'un maréchal français, et moi, je vous envoie en retour celui de maréchal d'Angleterre. »

*  *  *

Sur la Plaza de la Virgen Blanca  de Vitoria-Gasteiz, un monument  commémore la victoire les troupes de Wellington.

Témoignages

Rapport du général Wellington au Secrétaire d'Etat à la Guerre et aux Colonies, lord Henry Bathurst


Au Comte Bathurst.

Salvatierra, le 22 juin 1813

L'ennemi, commandé par le roi Joseph, ayant le maréchal Jourdan pour major général de son armée, prit position dans la nuit du 19 courant en avant de Vittoria ; sa gauche était placée sur les hauteurs qui se terminent à la Puebla de Arganzon et s'étendait de la à travers la vallée de la Zadorra en face du village d'Arinez. Il occupait avec la droite du centre une hauteur qui dominait la vallée de la Zadorra. La droite de son armée était postée près de Vittoria, et était destinée à défendre les passages de la rivière de Zadorra, aux environs de cette ville. Il avait une réserve en arrière de sa gauche au village de Gomecha. La nature du pays que l'armée avait traversé, depuis qu'elle avait atteint l'Èbre, avait nécessairement étendu nos colonnes. Nous nous arrêtâmes donc le 20, afin de les resserrer, et je fis avancer la gauche sur Munruia où il était très probable que nous en aurions besoin. Je reconnus la position de l'ennemi ce jour-là, avec le projet de l'attaquer le lendemain s'il y restait. Nous l'attaquâmes en conséquence hier, et j'ai le bonheur d'apprendre à Votre Seigneurie que l'armée alliée sous mes ordres a remporté une victoire complète. Nous avons chassé l'ennemi de toutes ses positions ; nous lui avons pris 151 pièces de canon, ses caissons de munitions, tout son bagage, ses provisions, son bétail, son trésor, etc., ainsi qu'un nombre considérable de prisonniers.

Les opérations commencèrent par la prise de possession des hauteurs de la Puebla par le lieutenant général sir R. Bill ; hauteurs sur lesquelles était la gauche de l'ennemi, et qu'il n'occupait pas avec de grandes forces. Sir R. Hill détacha pour cette expédition une brigade de la division espagnole commandée par le général Morillo ; l'autre brigade était employée à entretenir les communications entre le gros de son armée, sur la grande route de Miranda à Vittoria, et les troupes détachées sur les hauteurs. L'ennemi, toutefois, reconnut bientôt l'importance de ces hauteurs et y renforça tellement ses troupes que le lieutenant général Sir R. Hill fut obligé d'envoyer d'abord le 71e régiment et le bataillon d'infanterie légère de la brigade du général Walker, sous les ordres du lieutenant-colonel l'honorable H. Cadogan et successivement d'autres troupes sur le même point. Les alliés non-seulement se rendirent maîtres de ces importantes hauteurs, mais s'y maintinrent pendant tout le cours de leurs opérations, malgré tous les efforts de l'ennemi pour les reprendre.

La lutte en cet endroit fut, néanmoins, très sérieuse, et la perte qu'on y éprouva, considérable. Le général Morillo fut blessé, mais il ne quitta pas le champ de bataille ; et je suis affligé d'avoir à vous apprendre, que le lieutenant-colonel l'honorable H. Cadogan est mort d'une blessure qu'il y reçut. Sa Majesté a perdu en lui un oflicier d'un grand mérite et d'une bravoure éprouvée, qui s'était déjà acquis l'estime et la considération de toutes les personnes du métier, et qui, s'il eût vécu, aurait rendu les plus grands services à son pays. Une fois maître de ces hauteurs et protégé par elles, sir R. Hill passa successivement la Zadorra, à la Puebla, et le défilé formé par ces hauteurs et la rivière de Zadorra, puis il attaqua et se rendit maître du village de Subijana de Alava, sur le front de la ligne de l'ennemi ; village que celui-ci fit des tentatives réitérées pour reprendre.

La nature accidentée du pays s'opposa à ce que les communications entre nos différentes colonnes qui avaient quitté leurs positions sur la rivière de Rayas, pour attaquer, eussent lieu d'aussi bonne heure que je l'avais espéré, et il était tard lorsque j'appris que la colonne composée de la 5e et de la 7e divisions sous les ordres du comte de Dalhousie, était arrivée sur l'emplacement qu'on lui avait assigné. La 4e division et la division légère, toutefois, passèrent la Zadorra immédiatement après que sir R. Hill se fût rendu maître de Subijana de Alava, la première au pont de Nanciares, et la dernière au pont de Tres-puentes ; et presque aussitôt après qu'elles eurent traversé cette rivière, la colonne du comte de Dalhousie arriva à Mendoza. La 59e division sous les ordres du lieutenant général sir T. Picton, traversa la rivière sur le pont plus en amont et fut suivie par la 7e division sous les ordres du comte de Dalhousie. Ces 4 divisions formant le centre de l'armée étaient destinées à attaquer la hauteur sur laquelle était placée la droite du centre de l'ennemi, pendant que le lieutenant général sir R. Hill s'avancerait de Subijana de Alava pour attaquer la gauche. L'ennemi, cependant, ayant affaibli sa ligne pour renforcer son détachement sur les hauteurs, abandonna sa position dans la vallée, aussitôt qu'il s'aperçut de nos dispositions pour l'attaquer, et commença sa retraite en bon ordre sur Vittoria.

Nos troupes continuèrent à avancer dans un ordre admirable, malgré les difficultés du terrain. Dans l'intervalle, le lieutenant général sir T. Graham, qui commandait la gauche de l'armée composée des lère et 5e divisions, des brigades d'infanterie des généraux Pack et Bradford, et des brigades de cavalerie des généraux Bock et Anson, et qui s'était rendu le 20 à Murguia, s'avança de cet endroit sur Vittoria par la grande route qui conduit de cette ville à Bilbao. Il avait en outre avec lui la division espagnole du colonel Longa et le général Giron qui avait été envoyé sur la gauche, d'après une idée différente de l'état des affaires, et qui avait été rappelé ensuite et était arrivé le 20 à Orduna, en partit le même jour au matin, pour se trouver sur le terrain, prêt à soutenir le lieutenant général sir T. Graham, s'il en était besoin.

L'ennemi avait une division d'infanterie avec quelque cavalerie en avant sur la grande route de Vittoria à Bilhao ; sa droite postée sur de fortes hauteurs qui couvraient le village de Gamarra Mayor. Gamarra et Abechuco étaient tous deux occupés en force comme têtes de pont, ainsi que les ponts sur la Zadorra. Le brigadier général Pack avec sa brigade portugaise et le colonel Longa avec sa division espagnole, eurent ordre de tourner et de gagner les hauteurs, étant soutenus par la brigade de dragons légers du major général Anson et par la 5e division d'infanterie sous les ordres du major général Oswald auquel on donna le commandement de toutes ces troupes,

Le lieutenant général sir T. Graham rapporte que, dans cette expédition, les troupes portugaises et anglaises se sont admirablement conduites. Le 4e bataillon de chasseurs et le 8e de chasseurs se sont surtout distingués. Le colonel Longa qui était à la gauche s'empara de Gamarra Menor.

Dés que nous fûmes maîtres des hauteurs, le village de Gamarra Mayor fut bravement assailli et enlevé par la brigade du major général Robinson de la 5e division ; elle s'avança par bataillons en colonnes sous un feu très vif d'artillerie et de mousqueterie, sans tirer un seul coup, n'ayant que 9 pièces de canon de la brigade d'artillerie du major Lawson. L'ennemi souffrit considérablement et perdit 5 pièces de canon.

Le lieutenant général se mit alors à attaquer le village d'Abechuco avec la 1ère division, en dressant contre lui une forte batterie composée de la brigade du capitaine Dubourdieu, et de la troupe d'artillerie à cheval du capitaine Ramsay ; et à l'abri de ce feu, la brigade du colonel Halkett s'avança à l'attaque du village qui fut emporté, les bataillons légers ayant chargé et pris 5 canons et un obusier sur le pont. Cette attaque fut appuyée par la brigade d'infanterie portugaise du général Bradford. Pendant l'opération contre Abechuco, l'ennemi fit les plus grands efforts pour reprendre le village de Gamarra Mayor ; mais il fut vaillamment repoussé par la 5e division sous les ordres du major général Oswald. Cependant, l'ennemi avait, sur les hauteurs de la rive gauche de la Zadorra, deux divisions d'infanterie en réserve, et il était impossible de traverser les ponts, avant que les troupes qui s'étaient portées contre le centre et la gauche de l'ennemi ne les eussent repoussées au delà de Vittoria. Toutes se mirent donc à sa poursuite qui ne s'arrêta qu'à la chute du jour.

La marche des troupes sous les ordres du lieutenant général sir T. Graham et leur occupation de Gamarra et d'Abechuco interceptèrent la retraite de l'ennemi par la grande route qui mène en France. Il fut obligé, en conséquence, de prendre la route de Pampelune ; mais il lui fut impossible de se maintenir assez de temps dans aucune position pour lui permettre de sauver son bagage et son artillerie. Aussi toute l'artillerie qui n'avait pas été déjà prise par nos troupes dans les attaques des positions successives occupées par l'ennemi dans sa retraite, depuis sa première position à Ariñez et sur la Zadorra, toutes ses munitions et son bagage, et tout ce qu'il possédait, lui ont été pris près de Vittoria. Je suis fondé à croire que l'ennemi n'a emmené avec lui qu'un seul canon et qu'un seul obusier.

L'armée du roi Joseph se composait de la totalité des armées du sud et du centre, de 4 divisions et de toute la cavalerie de l'armée de Portugal, ainsi que de quelques troupes de l'armée du nord. La division du général Foy, de l'armée de Portugal, était dans les environs de Bilbao, et le général Clausel qui commandait l'armée du Nord, était près de Logroño, avec une division de l'armée de Portugal commandée par le général Taupin, et une division de l'armée du Nord commandée par le général Van der Maessen. La 6e division de l'armée alliée sous les ordres du major général l'honorable E. Pakenham, était également loin d'ici, ayant été retenue à Medina de Pomar pendant trois jours, pour couvrir la marche de nos magasins et de nos provisions.

Je ne puis louer trop hautement l'excellente conduite de tous les généraux, officiers et soldats de l'armée dans cette affaire. Le lieutenant général sir R. Hill parle avec grand éloge de la conduite du général Morillo et des troupes espagnoles sous ses ordres, ainsi que de celle du lieutenant général l'honorable W. Stewart et du comte de Amarante qui commandaient les divisions d'infanterie qu'il dirigeait. Il fait aussi mention de la conduite du colonel l'honorable R. W. O'Callaghan qui conserva le village de Subijana de Alava, malgré tous les efforts de l'ennemi pour le reprendre, et celle du lieutenant-colonel Rooke du département de l'adjudant général, et du lieutenant-colonel l'honorable A. Abercromby du département du quartier-maître général. Il est impossible de diriger les mouvements des troupes avec plus de courage et de régularité que ne le firent, dans leurs divisions respectives, les lieutenants généraux le comte de Dalhousie, sir T. Pluton, sir L. Cole, et le major général baron C. Alten. Les troupes s'avancéreut en échelons par régiment, sur deux, et accidentellement sur trois lignes ; et les troupes portugaises des 5e et 4e divisions sous les ordres du brigadier général Power et du colonel Stubbs, ouvrirent la marche avec un aplomh et une bravoure qui n'avaient jamais été plus grands dans aucune autre occasion.

La brigade du major général l'honorable C. Colville de la 5e division fut sérieusement attaquée dans sa marche, par une force très supérieure et bien formée, qu'elle repoussa, néanmoins, avec l'aide de la brigade de la 7e division du général lnglis, commandée par le colonel Grant du 98e régiment. Ces officiers et les troupes sous leurs ordres se sont distingués.

La brigade du major général Vandeleur, de la division légère, fut détachée pendant la marche sur Vittoria, pour soutenir la 7e division ; et le lieutenant général comte de Dalhousie fait un rapport très favorable de sa conduite. Le lieutenant général sir T. Graham se loue particulièrement de l'assistance qu'il a reçue du colonel De Lancy, quartier-maître général député, du lieutenant-colonel Bouverie du département de l'adjudant général, et des officiers de son état-major personnel, ainsi que du lieutenant-colonel l'honorable A. Upton, adjoint du quartier-maître général, et du major Hope, adjoint de l'adjudant général près la 1ère division. Le major général Oswald fait le même éloge de la conduite du lieutenant-colonel Berkeley du département de l'adjudant général, et de celle du lieutenant—colonel Gould du département du quartier-maître général.

Je suis particulièrement redevable au lieutenant général sir T. Graham et au lieutenant général sir R. Hill, pour la manière dont chacun d'eux a dirigé le service qui lui était confié, depuis le commencement des opérations jusqu'à leur terme à la bataille du 21, et pour leur conduite dans cette bataille ; je le suis également au maréchal sir W. Beresford, pour les conseils et l'aide qu'il m'a donnés en ami dans toutes les occasions, pendant les dernières opérations.

Je ne dois pas non plus passer sous silence la conduite du général Giron qui commande l'armée de Galice : il fit une marche forcée depuis Orduna, et arriva au moment sur le terrain, prêt à soutenir le lieutenant général sir T. Graham.

J'ai souvent eu des obligations au quartier-maître général sir G. Murray, et j'ai eu l'occasion plus d'une fois d'appeler l'attention de Votre Seigneurie sur sa conduite ; il m'a encore prêté la plus grande assistance dans les dernières opérations et dans la bataille du 21 juin. Je suis pareillement redevable a lord Aylmer, adjudant général député, ainsi qu'aux officiers du département de l'adjudant général et du quartier-maître général. Je le suis aussi à lord Fitz Roy Somerset, au lieutenant-colonel Campbell et aux officiers de mon état-major personnel, ainsi qu'au lieutenant-colonel sir R. Fletcher, et aux officiers des ingénieurs royaux.

Son Altesse Sérénissime le prince héréditaire d'Orange, colonel, était avec moi sur le champ de bataille, en qualité d'aide de camp, et s'est conduit avec sa bravoure et son intelligence accoutumées.

Le maréchal de camp, don L. Wimpffen et l'inspecteur général don T. O'Donoju, ainsi que les officiers de l'état-major de l'armée m'ont constamment donné toute l'assistance qui dépendait d'eux pendant tout le cours de ces opérations, et je m'empresse de saisir cette occasion d'exprimer la satisfaction que j'ai éprouvée de leur conduite, ainsi que de celle du maréchal de camp don M. de Alava et du brigadier général don J. O'Lawlor qui ont servi si longtemps et si utilement avec moi.

L'artillerie qui avait été judicieusement placée par le lieutenant-colonel Dickson fut aussi bien servie, et l'armée a des obligations particulères à ce corps. La nature du terrain n'a pas permis à la cavalerie de prendre part à l'engagement général, mais les officiers généraux qui en commandaient les diverses brigades, tinrent les troupes sous leurs ordres respectifs tout près de l'infanterie pour la soutenir, et ils poursuivirent vivement l'ennemi, après qu'il a été repoussé au-delà de Vittoria.

Je vous envoie cette dépêche par mon aide de camp le capitaine Fremantle que je prends la liberté de recommander à la protection de Votre Seigneurie. Il aura l'honneur de déposer aux pieds de Son Altesse Royale le drapeau du 4e bataillon du 100e régiment et le bâton de maréchal de France du maréchal Jourdan pris par le 87e régiment.

Je joins ici un état des tués et des blessés dans les dernières opérations, et un état des pièces d'artillerie, des chariots et des munitions enlevés à l'ennemi dans l'affaire du 21 courant.

Arthur Wellesley, marquis de Wellington

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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