Né le 26 janvier 1763 à Pau, en Béarn, où son père est procureur au sénéchal, Jean-Baptiste Jules Bernadotte embrasse la carrière des armes en 1780, après la mort de ce père qui voulait faire de lui un homme de loi.
Le sergent "Belle-Jambe", c'est son surnom, n'est encore que sous-officier en 1790 mais déjà général de brigade en juin 1794 et général de division en octobre de la même année. Après avoir servi à l'armée du Rhin, il passe sous le commandement de Napoléon Bonaparte à l'armée d'Italie en 1797. Bonaparte l'accueille avec beaucoup d'égard et le charge en août de porter au Directoire des drapeaux pris à l'ennemi. La lettre qui l'accompagne est très élogieuse. On est à la veille du coup d'Etat du 18 fructidor an V. Tandis que Charles Augereau, parti quelques jours plus tôt, en assure la réalisation matérielle, Bernadotte est pour sa part chargé d'assurer la liaison entre ses auteurs et Bonaparte.
Les contacts qu'il noue à cette occasion lui permettent de quitter une situation qu'il considère comme subalterne à l'armée d'Italie. Il exerce d'abord ses talents comme ambassadeur à Vienne (Autriche) de février à avril 1798. Sa mission tourne court lorsque sa maladresse donne au gouvernement autrichien l'occasion d'organiser une manifestation populaire contre l'ambassade française. Il se console avec le commandement en chef de l'armée d'observation du Bas-Rhin. Mais celle-ci est bientôt incorporée dans un ensemble plus vaste et Bernadotte se retrouve subordonné au général Masséna.
Privé de son commandement suite à un grave échec, Bernadotte en impute la faute au gouvernement, se fait accusateur et est nommé... ministre de la Guerre. Il se maintient à ce poste de juillet à septembre 1799 et profite de sa position pour essayer de mettre fin à l'Expédition d'Égypte. Paul Barras et Charles Maurice de Talleyrand-Périgord l'en empêchent. On tient alors Bernadotte pour jacobin et Emmanuel Siéyès, devenu Directeur, s'empresse d'accepter une démission que Bernadotte ne lui a jamais présentée. Le soupçonneux abbé craint en effet que ce général ne réalise pour le compte des néo-jacobins le coup d'Etat qu'il médite lui-même.
Malgré la neutralité envieuse qu'il garde face au coup d'Etat du 18 Brumaire, Bernadotte conserve les bonnes grâces apparentes du Premier Consul Napoleon Bonaparte dont il a épousé le 17 août 1798 l'ancienne fiancée, Désirée Clary, soeur de la femme de Joseph Bonaparte. L'année suivante naîtra de cette union un fils, Oscar, qui sera leur unique enfant. Bernadotte est nommé Conseiller d'Etat et reçoit le commandement de l'armée de l'Ouest.
A sa tête, il est compromis dans la conspiration des "Pots de beurre", dont son chef d'état-major, le général Simon, est la cheville ouvrière. Bernadotte est à nouveau privé de commandement à l'automne 1802. Il accepte alors le poste d'ambassadeur aux Etats-Unis mais ne peut s'y rendre, son bateau ayant tardé jusqu'après la rupture de la paix d'Amiens. Napoléon le nomme cependant Maréchal en 1804, prince de Pontecorvo en 1806.
Les années suivantes n'ajoutent rien à sa gloire. Sa participation aux opérations militaires est le plus souvent sans relief, parfois piteuse. Bernadotte est bien à Austerlitz mais ne s'y illustre pas ; il laisse Davout se mesurer seul au gros de l'armée prussienne à Auerstaedt et échappe de peu au Conseil de guerre pour cette faute ; il est en retard à Eylau ; les Saxons qu'il commande se débandent à Wagram. La patience de Napoléon s'épuise à cette dernière péripétie et il retire ses troupes à Bernadotte. Celui-ci ne commandera plus dans l'Empire que l'armée de l'Escaut, d'août à septembre 1809.
Il est sur le point de rejoindre Rome dont il vient d'être nommé gouverneur général quand arrive la nouvelle que les états généraux d'Örebro l'ont élu, le 21 août 1810, prince héréditaire de Suède et successeur du roi Charles XIII, sans enfant, de préférence au roi de Danemark. Le candidat recalé étant l'un des plus fidèles alliés de l'Empereur des Français, les Suédois espèrent, en choisissant un de ses maréchaux, éviter ses foudres. Napoleon, surpris et peu satisfait, autorise cependant Bernadotte à revêtir cette nouvelle dignité, espérant pouvoir en tirer parti à l'occasion. La suite ne lui donnera pas raison.
En 1813, voyant la puissance de l'Empereur vaciller, Bernadotte rejoint avec 30 000 hommes la coalition formée contre la France. La direction générale des opérations militaires lui est confiée, ce qui fait de lui le commandant en chef des alliés. Par malheur, il commence alors à manifester, en s'inspirant des méthodes napoléoniennes, un talent militaire qui n'avait guère brillé jusque là. Il bat Nicolas Charles Oudinot à Gross Beeren (23 août), puis Michel Ney à Dennewitz (6 septembre), et prend une part prépondérante à la bataille de Leipzig.
L'année suivante, il s'abstient d'entrer en France avec les alliés, afin de préserver ses chances de remplacer l'Empereur sur le trône, projet dont il s'est ouvert à un aide de camp français du Tsar. Il semble qu'Alexandre 1er ait été favorable à cette combinaison, qui aurait libéré la couronne de Norvège pour un sien neveu. Madame de Staël, elle, l'appuie de tout son poids. Mais Talleyrand a d'autres projets... Bernadotte reçoit cependant la Norvège pour prix de ses services.
En 1818, il devient roi de Suède et de Norvège sous le nom de Charles XIV Jean et règne paisiblement pendant vingt-six ans. Il succombe à une apoplexie le 8 mars 1844 au palais royal de Stockholm PHOTO et est inhumé PHOTO dans l'église Riddarholskyrkan (ou Riddarholmen) PHOTO de Stockholm.