Napoleon & Empire

Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830)

Comte de l'Empire

Blason de Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830)

Le jeune Laurent de Gouvion possède une âme d'artiste. Bien que né (le 13 avril 1764 à Toul, en Lorraine) dans une famille bourgeoise comptant plusieurs militaires, et malgré la volonté de son père de le voir choisir la carrière des armes, il préfère obéir à sa vocation qui le pousse vers la peinture. Il prend donc des cours de dessin puis, à vingt-deux ans, s'installe pour deux années à Rome où il étudie les chefs-d'oeuvre italiens. Revenu en France faute de ressources, il se fait admettre à l'atelier de Nicolas Guy Brenet.

Parallèlement, de jeunes amis comédiens, dont François-Joseph Talma, le poussent à monter sur scène, en amateur d'abord, puis comme professionnel. Il a pour lui sa voix sonore, son physique avantageux et sa belle stature mais un trac insurmontable l'oblige finalement à renoncer à ce métier.

N'ayant pas réussi non plus dans la peinture, il s'adresse, peu après la prise de la Bastille, à un parent éloigné, le capitaine Gouvion. Major-général de la garde nationale de Paris par la grâce de Gilbert du Motier de La Fayette, celui-ci lui trouve un emploi de gratte-papier dans l'état-major de son chef.

Après le 10 août 1792, il s'engage dans un bataillon de volontaires parisiens. A cette occasion, pour se distinguer de son parent, de mauvaise réputation chez les patriotes, il accole à son nom le nom de jeune fille de sa mère.

Élu capitaine, il est attaché au bureau des plans et des fortifications de l'état-major du général Adam Philippe de Custine, où sa connaissance du dessin se révèle fort utile. On le nomme donc adjudant-général, grade supérieur à celui de colonel mais reservé à des officiers d'administration ou d'état-major. A ce titre, il assure à plusieurs reprises durant l'année 1793 l'intérim de ses supérieurs, sur lesquels la Convention fait peser une pression terrible, souvent mortelle. Si bien que, malgré ses efforts – il va jusqu'à s'abriter derrière le discrédit de son cousin pour tenter de repousser la promotion – il est finalement contraint d'accepter le grade de général de brigade, le 5 juin 1794. Moins d'une semaine plus tard, le 11, il est général de division.

Dès lors, il prend une part importante aux opérations sur le Rhin. Il participe au blocus de Mayence (1794-1795) et organise la retraite qui suit. En 1796, il livre les batailles de Rastadt (5 juillet), Ettlingen (9 juillet), prend Stuttgart (18 juillet) et défend Kehl jusqu'au début de l'année suivante. Enfin, ayant pris la succession de Lazare Hoche, décédé, à l'armée de Rhin-et-Moselle, il envahit l’évêché de Bâle fin 1797.

En mars 1798, c'est peut-être à sa seule connaissance de la langue italienne qu'il doit de remplacer André Masséna comme commandant en chef de l'armée de Rome. En tout état de cause, il parvient à y rétablir une situation devenue totalement anarchique après la mutinerie des officiers contre leur précédent chef. Quelques mois plus tard, il doit cependant quitter son poste pour s'être opposé à des détournements pratiqués par les nouvelles autorités, installées par la France, aux dépens de l'aristocratie romaine. Il n'en faut pas plus pour qu'il soit dénoncé au Directoire et sommé de rentrer dans les quinze jours sous peine d'être inscrit sur la liste des émigrés.

Renvoyé en Allemagne, il commande l'aile gauche de l'armée du Danube et se bat à Stockach (25 mars 1799). Puis il retourne en Italie gouverner Gênes  et contribue à rétablir sur place une situation compromise par les échecs de Joubert. Le 15 décembre, jour d'entrée en vigueur de la constitution consulaire, il obtient un succès important à Albaro, fait d'armes que Napoléon Bonaparte salue en lui envoyant un sabre d'honneur.

Jean Victor Marie Moreau alors le réclame comme adjoint – de nouveau à l'armée du Rhin. Mais, dès l'abord, les deux hommes ne s'entendent pas. La franchise et la chaleur avec lesquelles Gouvion-Saint-Cyr exprime son opinion sur les plans de campagne de son chef – il ne les approuve pas – les rendent inconciliables. Lassé de se voir imputer tous les échecs subis, Gouvion-Saint-Cyr finit par demander son congé, peu après avoir obtenu la victoire de Biberach (9 mai 1800).

Napoléon Bonaparte le nomme alors conseiller d’État avant de l'envoyer diriger l'invasion du Portugal par une armée franco-espagnole (1801). Il remplace ensuite Lucien Bonaparte, dont les maladresses ont entraîné la démission, comme ambassadeur en Espagne (2 novembre 1801).

Après son retour et une courte halte au Conseil d'État (section militaire), il est chargé d'occuper le royaume de Naples (mai 1803) et s'acquitte parfaitement de sa mission. Mais, en ne manifestant pas suffisamment son adhésion à l'Empire, il se raye lui-même de la liste des maréchaux à laquelle pourtant il appartient de droit par ses services, ses talents et sa réputation.

Fin 1805, il évacue Naples  pour faire sa jonction avec Masséna en Italie du Nord et participer dans cette région aux guerres de la troisième coalition. Il l'emporte à Castel-Franco (24 novembre) qui restera son combat favori, ses ordres y ayant été suivis à la lettre.

Au début de l'année suivante, il refuse d'être placé sous les ordres de Masséna au moment où il s'apprête à envahir de nouveau le royaume de Naples. Mais il ne parvient pas davantage à collaborer avec le maréchal et finit par demander à rentrer en France (août 1806).

Napoléon Ier le relègue alors, de décembre 1806 à août 1808, au commandement du camp de Boulogne. Il le quitte pour partir en Catalogne. Plusieurs succès l'y attendent, attestant sa grande habileté tactique, et, le 17 décembre, il atteint l'objectif fixé en débloquant Barcelone. Mais il se montre par la suite insuffisamment offensif au gré de Napoléon, si bien que son commandement est transféré à Augereau. Saint-Cyr commet alors la faute de quitter son poste sans attendre son successeur. Il faut dire à sa décharge que son remplaçant, connaissant le caractère de la guerre où on l'envoie, se hâte si peu qu'il n'a toujours pas rejoint deux mois après sa nomination.

Son départ ayant coïncidé avec de graves revers dont il est tenu pour responsable, Saint-Cyr est mis aux arrêts. Dédaignant de se justifier, il reste sans emploi jusqu'en 1811.

Cette année là, il est réintégré au conseil d'État puis, Napoléon Ier ayant besoin de tous ses généraux, il est rappelé au service en 1812, dans la perspective de la campagne de Russie. Placé au commandement du 6ème corps de la Grande Armée , il est vainqueur à Polotsk (18 août 1812) et reçoit enfin le bâton de maréchal.

Pendant la campagne d'Allemagne de 1813, il commande le 14ème corps, formé de jeunes recrues fournies par des appels anticipés. C'est avec ces troupes qu'il défend Dresde après la bataille de Leipzig (16-19 octobre). Désespérant de tout secours, il capitule dix jours après que les armées françaises ont repassé le Rhin (11 novembre).

Interné à Carlsbad contre les termes de sa capitulation, il ne retrouve la liberté qu'après la chute de l'Empire. Il rentre alors en France et se retire à la campagne, non sans avoir été nommé pair de France. Il persiste dans son inaction durant les Cent-jours, même après sa rencontre avec Napoléon Ier aux Tuileries et ne se montre à Paris qu'après Waterloo, pour prôner sans succès la résistance à outrance contre les Alliés.

Après avoir été deux fois ministres de la guerre (du 8 juillet au 12 septembre 1815 et du 12 septembre 1817 au 12 novembre 1819) et ministre de la Marine (du 23 juin au 12 septembre 1817), il quitte sans regret des fonctions dans lesquelles il a procédé à une remarquable réorganisation de l'armée et fait voter une loi sur le recrutement qui porte son nom. Devenu marquis par la grâce de Louis XVIII (il était déjà comte d'Empire depuis mai 1808), il consacre ses dernières années, dans son château de Reverseaux en Eure-et-Loir, à la rédaction de ses mémoires.

Il meurt d'apoplexie à Hyères dans le Var, le 17 mars 1830.

*  *  *
Artiste contrarié amené par les circonstances au métier de soldat, il n'aimait pas la guerre. Napoléon 1er l'avait compris, qui disait de lui à Gourgaud : « Il était aimé de ceux qui servaient sous lui parce qu'il se battait rarement et ménageait son monde. »
*  *  *

Le nom de Gouvion-Saint-Cyr est inscrit sur la 13e colonne (pilier Est) de l'arc de triomphe de l'Étoile.

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Son superbe tombeau se trouve à Paris, au cimetière du Père Lachaise, division 37.

Carrière militaire détaillée

établie par M. Eric Le Maître (voir son site web), mise en ligne avec son aimable autorisation.


Blessures au combat

Blessé lors du premier combat de Polotsk, le 17 août 1812.
Grièvement blessé d'une balle au pied au second combat de Polotsk, le 18 octobre 1812.


Captivité

Obligé de capituler à Dresde et détenu prisonnier, le 11 novembre 1813 ; il rentre en France en juin 1814.


Premier engagement

Volontaire au 1er bataillon de chasseurs de Paris, le 1er septembre 1792.


Évolution de carrière

Sergent-major, le 15 septembre 1792.
Capitaine, le 1er novembre 1792.
Adjudant général chef de bataillon, le 12 septembre 1792.
Adjudant général chef de brigade, le 10 janvier 1794.
Général de brigade provisoire, le 5 juin 1794.
Général de division provisoire, le 10 juin 1794 et confirmé, le 2 septembre 1794.
Maréchal de l'Empire, le 27 août 1812.


États de service

Volontaire au 1er bataillon de chasseurs républicains, le 1er septembre 1792.
A l'armée du Rhin, entre 1792 et 1797.
Adjoint à l'adjudant général Gay-Vernon, le 1er février 1793.
Puis à l'adjudant général Montrichard, fin mars 1793.
Adjoint au général Ferey après l'attaque de Bundenthal, le 12 septembre 1793.
Chef d'état-major de la division Férino, en novembre 1793.
Commande une brigade de cette division, le 6 décembre 1793.
Commandant la 2e division de l'armée du Rhin, le 14 juin 1794.
Commandant la 9e division de l'armée du Rhin, le 4 octobre 1794.
Commandant les 4 divisions assiégeant Mayence, le 9 octobre 1795.
Commandant la 11e division de l'armée de Rhin-et-Moselle, le 1er novembre 1795.
Commandant la 7e division de l'armée du Rhin, en avril 1796.
Commandant l'aile gauche de l'armée du Rhin, le 14 janvier 1797.
Commandant par intérim l'armée de Rhin-et-Moselle, du 10 septembre au 6 octobre 1797.
Reprend le commandement de l'aile gauche, le 14 octobre 1797.
Commandant de l'aile droite de l'armée d'Allemagne, le 2 novembre 1797.
Désigné pour l'armée d'Angleterre, le 12 janvier 1798.
Commandant en chef l'armée de Rome à la place de Masséna, le 26 mars 1798.
Réformé pour abus de pouvoir, le 25 juillet 1798.
Commandant la 1ère division de l'armée e Mayence, le 16 août 1798.
Commandant le corps de gauche à l'armée du Danube, en mars 1799.
Employé à l'armée d'Italie, le 14 mai 1799.
Commande l'aile droite à Novi, le 15 août 1799.
Commandant l'aile gauche à la place de Pérignon, fin août 1799.
Gouverneur de Gênes, en septembre 1799.
Employé à l'armée du Rhin, le 17 décembre 1799.
Lieutenant du général en chef, le 14 janvier 1800.
Commandant l'aile gauche de l'armée du Rhin, le 25 février 1800.
Conseiller d'Etat à la section de la guerre, le 22 septembre 1800.
Chargé de la direction des armées françaises et espagnoles dans la guerre contre le Portugal, le 4 février 1801.
Ambassadeur en Espagne, le 2 novembre 1801.
Commandant le corps d'observation du royaume de Naples, le 14 mai 1803.
Colonel général des cuirassiers, le 6 juillet 1804.
Sert à l'armée d'Italie en 1805.
Commandant l'armée de Naples, du 23 décembre 1805 au 9 janvier 1806.
Commandant le 3e corps de l'armée de Naples, le 12 janvier 1806.
Commandant le 1er corps de réserve au camp de Boulogne à la place de Brune, le 15 décembre 1806.
Commandant l'armée de Catalogne, le 17 août 1808.
Commandant le 5e corps de l'armée d'Espagne en Catalogne, le 7 septembre 1808. Devenu 7e corps, le 2 octobre 1808.
Disgracié pour avoir quitté son commandement sans attendre son successeur, le 28 septembre 1809.
Réintégré au Conseil d'Etat, en 1811.
Commandant le 6e corps, composé de troupes Bavaroises, à la Grande Armée, le 1er avril 1812.
Commandant le 11e corps de la Grande Armée, le 10 février 1813.
Commandant le 14e corps de l'armée d'Allemagne, le 4 août 1813.
Prisonnier de guerre à Dresde, le 11 novembre 1813.
Rentre en France, en juin 1814.
Pair de France à la Première Restauration, le 4 juin 1814.
Chargé du commandement de l'armée réunie à Orléans contre Napoléon, le 19 mars 1815.
Abandonné par ses troupes, il se réfugie à Bourges, le 24 mars 1815.
Il se tient à l'écart pendant les Cent-Jours.
Membre du conseil de défense de Paris après Waterloo, il donne en vain des conseils de résistance, le 1er juillet 1815.
Ministre de la Guerre à la place de Davout, du 8 juillet au 25 septembre 1815.
Ministre de la Marine, du 23 juin au 12 septembre 1817.
Marquis, le 31 août 1817.
Ministre de la Guerre à la place de Clarke, du 12 septembre 1817 au 18 novembre 1819.
Fait voter la loi de 1818 sur le recrutement de l'armée.
Cesse son ministère et se retire à la campagne, le 18 novembre 1819.

Portrait en médaillon

"Le comte Laurent de Gouvion-Saint-Cyr" par Emile Jean Horace Vernet dit Horace Vernet (Paris 1789 - Paris 1863).

Autres portraits

Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830)
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"Laurent de Gouvion-Saint-Cyr". Ecole française du XIXème siècle.
Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830)
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"Laurent Gouvion-Saint-Cyr, capitaine au 1er bataillon de Chasseurs de Paris en 1792", peint en 1835 par Georges Rouget (Paris 1781 - Paris 1869).
Laurent de Gouvion-Saint-Cyr (1764-1830)
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"Laurent de Gouvion-Saint-Cyr". Gravure du XIXème siècle.
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