Jean Rapp (1771-1821)
Comte de l'Empire
Jean Rapp est un Alsacien de Colmar, où il naît le 27 avril 1771, quatrième de dix enfants, au foyer de Jean Rapp et de Catherine-Salomé Edighoffen, tous deux issus de vieilles familles bourgeoises de la ville.
Son père, honorable fabricant de boutons, est également fonctionnaire municipal et dirige un bureau de douane, ce qui lui vaut aujourd'hui de figurer sous la dénomination de « concierge » dans bien des biographies de son fils.
Ses parents, de confession luthérienne, souhaitant faire de lui un pasteur, Rapp suit de solides études secondaires, durant lesquelles il fait la connaissance de Kléber. Mais, turbulent et doté d'une force extraordinaire, le jeune homme, dont deux oncles servent dans l'armée royale, finit par choisir la carrière militaire. À dix-sept ans, en mars 1788, il s'engage dans un régiment de cavalerie, les chasseurs des Cévennes, stationné près de Colmar.
Bien qu'il se distingue par son intrépidité et ses blessures, il lui faut attendre avril 1794 pour être élu sous-lieutenant puis lieutenant. Un an plus tard, en mai
1795, gravement blessé de plusieurs coups de sabre sur la tête et le bras gauche, le temps de la retraite lui semble venu. C'est pourtant alors que sa carrière prend son vrai départ : un oncle (un autre), lui fait obtenir une affectation comme aide de camp provisoire du général
Louis Charles Antoine Desaix (19 décembre
1796).
Sous celui-ci, il défend d'abord le fort de Kehl, y récoltant une nouvelle blessure, un coup de feu au genou droit. En mai
1797, son affectation auprès de
Desaix est confirmée et s'accompagne d'une promotion. C'est le capitaine Rapp qui accompagne son chef en Italie quelques mois plus tard, et y fait, à Passariano, près de
Campo-Formio, la rencontre de Napoléon Bonaparte.
Desaix emmène ensuite son aide de camp en
Egypte. Rapp fait la traversée sur la frégate
La Courageuse, à bord de laquelle il fréquente
Gaspard Monge et
Dominique Vivant-Denon, dont il sait se faire apprécier. Présent à tous les combats (Malte, débarquement d'Alexandrie, bataille des
Pyramides), il y brille par son courage et sa résolution. A Sédiman, le 8 octobre
1798, il est nommé chef d'escadron après s'être emparé avec ses hommes de l'artillerie turque. Le 22 janvier suivant, à Samahoud, une nouvelle blessure lui vaut bientôt le grade de chef de brigade (colonel, 15 février). Il assure ensuite la liaison entre Kléber et
Desaix, après le départ de Napoléon Bonaparte, durant les négociations qui précèdent l'armistice d'El-Arish (28 janvier
1800).
Pris par les Anglais le 4 mars
1800, en même temps que
Desaix, sur le brick qui les ramène en France, il est libéré le 29 avril et ne rejoint l'armée d'Italie, le 11 juin, que pour y voir mourir son chef et ami, le 14, à
Marengo (le même jour, il perd un autre camarade, au Caire, avec l'assassinat de Kléber).
Bonaparte se l'adjoint alors comme aide de camp, titre que Rapp gardera jusqu'en
1814. Le premier Consul s'attache à ce garçon placide dont la liberté de ton s'accompagne d'un solide bon sens.
Durant les années qui suivent, Jean Rapp se voit confier les tâches les plus diverses : mission d'information en Vendée (juillet-août
1800) ; organisation et commandement de l'escadron des Mamelouks (
1801) à Marseille puis aux Tuileries ; missions en Suisse (
1802,
1803), en Belgique (
1803), en Hanovre et sur les bouches de l'Elbe (
1803) ; mission à Toulon auprès de Ganteaume, préfet maritime (
1803-
1804) ; tournée au Luxembourg avec Napoléon en
1804 ; enquête sur le mécontentement de la Garde, la même année.
Le 29 août
1803, Rapp est nommé général de brigade ; le 14 juin
1804, il devient commandeur de la Légion d'honneur ; le 28 mars
1805, il épouse Rosalie-Barbe-Josèphe Vanlerberghe, quatorze ans et un million de dot.
L'année
1805 est celle du retour sur les champs de bataille. A
Austerlitz, à la tête de ses mamelouks, Rapp charge et met en déroute la cavalerie de la garde impériale russe

. Blessé, il est cité dans le bulletin de la Grande Armée et promu général de division (24 décembre
1805).
Une fois passées les festivités du mariage de son ami le
prince Eugène (14 et 15 janvier
1806), diverses missions d'inspection en Allemagne occupent Rapp durant les premiers mois de
1806, après quoi Napoléon 1er le nomme au commandement de la 5ème division militaire, à Strasbourg (6 juillet). Il y reste peu. Le 29 septembre lui parvient l'ordre de se mettre en route. La campagne de Prusse commence. Fin octobre, il est à Berlin où il dirige la recherche des trésors du
roi de Prusse.
La campagne de Pologne, qui suit aussitôt, le voit s'illustrer par la destruction de la cavalerie russe du général Kamensky (24 décembre) et la prise de Golymin (26 décembre). A nouveau gravement blessé au bras lors de ce dernier fait d'armes, Rapp – qui détient le record des blessures pour un général, de même qu'
Oudinot pour les maréchaux – refuse de se laisser amputer.
Nommé gouverneur de Thorn puis, le 28 mai
1807, de Dantzig, place à laquelle l'Empereur déclare accorder
« une importance sans mesure », Rapp manifeste dans ces postes une modération que Napoléon n'apprécie guère. Mais le mécontentement impérial n'émeut pas son flegmatique aide de camp, d'autant que cette mauvaise humeur n'a aucun effet négatif sur le flot des faveurs dont Rapp est l'objet : octroi d'un titre de comte de l'Empire (28 janvier
1809) et considérables dotations.
Début
1809, Rapp rejoint l'armée pour la campagne d'Autriche. Son action est décisive à
Essling où il rétablit la situation à la tête des fusiliers de la Garde. Elle ne l'est pas moins le 12 octobre, à Schönbrunn, lorsqu'il empêche l'assassinat de Napoléon par Friedrich Staps.
En juin
1810, Jean Rapp reprend son commandement à Dantzig, après avoir passé plusieurs mois à Paris sans pouvoir, pour cause de maladie, participer aux festivités du mariage de Napoléon et
Marie-Louise. En août, il devient grand-officier de la Légion d'honneur, ce qui, avec la Couronne de Fer reçue en
1807, les grand-croix des ordres du Lion de Bavière, du Mérite militaire de Maximilien-Joseph, de l'ordre de la Fidélité de Bade, de l'ordre des Deux-Siciles, plus tard de l'ordre de la Réunion (3 avril
1813) et le grade posthume de commandeur de l'ordre de Saint-Louis, fait de lui un des militaires les plus décorés de son temps.
Peu avant la campagne de Russie, Napoléon 1er lui commande un rapport sur l'état d'esprit des Allemands. Le gouverneur de Dantzig, sans se soucier de susciter à nouveau le mécontentement impérial, y annonce sans fard que tout échec de l'expédition aménerait sans tarder la défection des princes germaniques alliés de la France.
Rapp, à qui Napoléon reproche de n'avoir plus envie de faire la guerre et qui en convient, n'en suit pas moins son souverain en Russie et reçoit, à la
Moskova, quatre blessures en une heure et demie, ce qui porte sont total à vingt-deux. A peine rétabli, il sauve à nouveau la vie de Napoléon en repoussant une attaque de cosaques à Gorodina, le 25 octobre. Durant la retraite, il combat à l'arrière-garde, auprès du maréchal
Ney, et y gagne une nouvelle blessure à la bataille de la
Bérezina (28 novembre). Le 5 décembre, l'Empereur lui annonce son départ pour Paris et le renvoie à Dantzig,
Enfermés dans la ville, Rapp et les 32 000 hommes du Xème corps, dont il vient de reçevoir le commandement, subissent un siège de près d'un an. Quand ils se rendent aux Russes, le 1er janvier
1814, il reste au gouverneur de Dantzick moins de 6 000 soldats. Tous, ainsi que leur général, sont conduits en Ukraine et internés, au mépris des termes de la capitulation.
L'ancien aide de camp de Bonaparte rentre à Paris en juillet
1814 et se rallie à
Louis XVIII qui lui confère le titre de chevalier de l'ordre de Saint-Louis et la grand-croix de la Légion d'honneur. En mars
1815, Rapp reçoit le commandement du 2ème corps, destiné à arrêter Napoléon. Mais ses soldats refusent de combattre. Rapp accompagne le roi jusqu'à Ecouen, rentre à Paris, remet ses troupes à la disposition du ministère de la Guerre, puis, après une entrevue avec l'Empereur aux Tuileries, le 22 mars, reprend du service auprès de lui.
Placé à la tête du 5ème corps d'observation (rebaptisé armée du Rhin le 16 avril), ainsi que de la 5ème division militaire, Rapp arrive à Strasbourg le 7 avril
1815 et y déploie aussitôt une intense activité, récompensée par le titre de pair de France, octroyé le 2 juin. Encore a-t-il trouvé le temps de se faire élire à la chambre (13 mai).
Quand les hostilités commencent, malgré la faiblesse des forces dont il dispose face à celles des Alliés, il prend l'offensive dès la nouvelle de la victoire de Ligny (16 juin). Mais celle de la défaite de
Waterloo lui impose de se replier sur Strasbourg, ce qu'il fait en bon ordre et non sans obtenir quelques succès locaux. Le 29 juin, la ville est investie mais Rapp ne cède que le 22 juillet, bien après l'abdication, par souci de conserver l'Alsace à la France.
Rapp profite de sa mise en non-activité pour se remarier, le 12 janvier 1816 (il a divorcé de sa première épouse en
1811).
Louis XVIII le nomme à la chambre des Pairs en 1819 ; en 1820, il en fait son premier chambellan et le maître de sa garde-robe.
Jean Rapp meurt à Rheinwiller, dans le pays de Bade, le 8 novembre 1821, d'un cancer du pylore (dénommé squirre en ce temps-là). Il est enterré au cimetière du Ladhof, à Colmar.
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Durant toute sa carrière, Rapp conserva son franc-parler, n'hésitant pas à contredire Napoléon à l'occasion.
Ainsi, après la signature du Concordat, Bonaparte affirmant : «
Tu iras à la messe maintenant », Rapp lui répondit : «
Non, mon général. C'est bon pour vous. Au surplus, pourvu que vous ne nommiez ces gens-là [les prêtres]
ni vos aides de camp ni vos cuisiniers, je m'en fous. »
De même, après le combat de Golymin, l'Empereur étant venu le voir. «
Eh bien, Rapp, tu es encore blessé, et toujours au mauvais bras. » - «
Cela n'est pas étonnant, Sire, toujours des batailles. »
A Dantzig, peu avant la campagne de Russie, Napoléon ayant observé : «
Je vois bien que vous n'avez plus envie de faire la guerre. » - «
J'en conviens, Sire ».
Pendant la retraite de Russie, à Smolensk, Napoléon lui ayant dit : «
Tu peux être tranquille, maintenant, tu ne seras pas tué dans cette campagne. » - «
Mais je pourrais bien être gelé. »
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Le nom de Rapp est inscrit sur la 14ème colonne (pilier Est) de l'arc de triomphe de l'Étoile.
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La statue monumentale du général Rapp qui se dresse à Colmar est la première oeuvre publique du sculpteur Auguste Bartholdi.