Louis-Gabriel Suchet, fils de soyeux, naît le 2 mars 1770 à Lyon. Orphelin de mère à trois ans et de père en 1789, il reprend avec son frères les affaires de ce dernier et fonde la maison Suchet Frères. Il est d'ailleurs en stage dans une maison de commerce quand il s'engage, en 1791, dans la garde nationale de la capitale des Gaules où il s'élève rapidement au grade de capitaine.
Son ardent républicanisme et sa solide instruction l'ayant fait élire lieutenant-colonel par un bataillon de volontaires de l'Ardèche en septembre 1793, il entame véritablement sa carrière militaire au siège de Toulon.
Suchet participe ensuite à la répression de l'agitation royaliste dans le Vaucluse, avant de passer à l'armée d'Italie, au sein de laquelle il prend part à toutes les grandes batailles de la première campagne d'Italie.
Chef de brigade en 1797, il devient chef d'état-major de Guillaume Brune puis général de brigade en mars 1798. Sa gestion ayant été mise en cause – il est accusé de concussion – il doit venir à Paris se justifier devant le Directoire, ce qui l'empêche de partir avec l'expédition d'Égypte.
Blanchi, il retrouve son poste en Italie et est promu général de division en 1799. Après la mort de Barthélemy-Catherine Joubert à Novi (15 août 1799), il devient le second d'André Masséna. Sa tentative de porter secours à son chef enfermé dans Gênes VOIR échoue de peu mais il reprend la ville le 22 juin 1800, dix-huit jours à peine après la capitulation de « l'enfant chéri de la victoire ».
Rentré en France après la paix de Lunéville (1801), il est nommé inspecteur général d'infanterie, sert à la Grande Armée sous Jean Lannes en 1805-1806, puis à nouveau sous Masséna en Pologne en 1807. Sa conduite à Austerlitz (2 décembre1805) lui vaut d'être nommé Grand Aigle de la Légion d'honneur. Il se distingue également lors des batailles d'Iéna (14 octobre 1806), Pultusk (26 décembre 1806) et Ostroleka (16 février 1807).
Pendant toutes ces années sa conduite de parfait courtisan et ses manifestations outrées de loyalisme échouent à lui valoir les distinctions auxquelles il aspire. Au point qu'il se plaint parfois de reculer au lieu d'avancer dans la carrière. Napoléon 1er le nomme cependant comte en 1808.
La même année, sur le chemin de l'Espagne, Suchet fait un détour pour se marier avec une jeune fille, riche et nièce par alliance de Joseph Bonaparte, mais qu'il n'a jamais rencontrée auparavant.
Nommé en avril 1809 gouverneur d'Aragon en remplacement de Jean-Andoche Junot – province à laquelle s'ajoutera en 1811 une partie de la Catalogne – il s'empare une à une de toutes les places fortes du pays. Lerida tombe en mai 1810. En juin 1811, la difficile prise de Tarragone – les insurgés espagnols, mal armés et en infériorité numérique se défendent rue par rue, maison par maison – lui vaut enfin le titre de maréchal. Celle de Valence, le 9 janvier 1812, après un bombardement intense, fait de lui un duc d'Albufera.
Durant cette longue campagne, il se montre d'une ténacité et d'une autorité rares. Administrateur hors pair, il veille à ce que ses soldats ne manquent de rien, se montrant soucieux de leur bien-être et de leur moral. En contrepartie du soin qu'il apporte à l'entretien de ses troupes, il leur impose une discipline sévère et ne tolère ni pillage ni exaction. S'il sait se montrer inexorable dans la perception des contributions imposées aux vaincus : « Les besoins de l'armée, les volontés de l'Empereur, m'ont obligé d'ordonner et de supporter des choses difficiles à écrire. », il lui arrive aussi de faire ouvrir les magasins de l'armée aux communes qui ont vu leurs récoltes ravagées par les opérations. Le résultat de cette politique, c'est l'intégration des soldats au sein d'une population d'abord violemment hostile. Le bénéfice qu'en retire Suchet est immense. Il parvient même à se procurer ce qui est le bien le plus précieux et le plus difficile à obtenir dans ce type de guerre : des renseignements. L'usage de colonnes légères, très mobiles, bien préparées et capables d'agir isolées et par surprise, le maintien dans les centres urbains de garnisons bien approvisionnées en vivres et en munition, complêtent l'éventail des mesures qui expliquent les succès qu'il obtient, seul parmi les maréchaux employés en Espagne.
Après la défaite de Vitoria (21 juin 1813), Suchet réussit à évacuer en bon ordre la région de Valence et la Catalogne, tout en parvenant à empêcher un débarquement anglais, et ramène finalement son armée dans les Pyrénées orientales. En septembre, il succède à Jean-Baptiste Bessières (tué à la bataille de Lützen) comme colonel général de la Garde impériale.
Rallié aux Bourbons en 1814, pair de France, il rejoint pourtant Napoléon 1er pendant les Cent-jours, non sans avoir essayé d'attendre que la situation se décante. Chargé de protéger la Savoie contre les Autrichiens, il ne peut, avec les faibles forces dont il dispose, leur barrer les routes du Simplon et du Mont-Cenis. Il se replie alors sur Lyon où lui parvient, le 22 juin, la nouvelle de la défaite de Waterloo.
Malgré son immédiate soumission, Louis XVIII, à son retour de Gand, lui retire son commandement et le raye de la liste des pairs. Ce n'est qu'en 1819 qu'il retrouve son rang. Malgré ses succès passés, des intrigues de cour l'empêchent cependant, en 1823, de participer à l'expédition menée par la France en Espagne pour y rétablir Ferdinand VII sur le trône.
Le duc d'Albufera s'éteint le 3 janvier 1826 dans son château de Saint-Joseph PHOTO, dans la banlieue de Marseille.