Napoleon & Empire

Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)

Duc d'Albufera

Blason de Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)

Louis-Gabriel Suchet, fils de soyeux, naît le 2 mars 1770 à Lyon. Orphelin de mère à trois ans et de père en 1789, il reprend avec son frères les affaires de ce dernier et fonde la maison Suchet Frères. Il est d'ailleurs en stage dans une maison de commerce quand il s'engage, en 1791, dans la garde nationale de la capitale des Gaules où il s'élève rapidement au grade de capitaine.

Son ardent républicanisme et sa solide instruction l'ayant fait élire lieutenant-colonel par un bataillon de volontaires de l'Ardèche en septembre 1793, il entame véritablement sa carrière militaire au siège de Toulon.

Suchet participe ensuite à la répression de l'agitation royaliste dans le Vaucluse, avant de passer à l'armée d'Italie, au sein de laquelle il prend part à toutes les grandes batailles de la première campagne d'Italie.

Chef de brigade en 1797, il devient chef d'état-major de Guillaume Brune puis général de brigade en mars 1798. Sa gestion ayant été mise en cause – il est accusé de concussion – il doit venir à Paris se justifier devant le Directoire, ce qui l'empêche de partir avec l'expédition d'Égypte.

Blanchi, il retrouve son poste en Italie et est promu général de division en 1799. Après la mort de Barthélemy-Catherine Joubert à Novi (15 août 1799), il devient le second d'André Masséna. Sa tentative de porter secours à son chef enfermé dans Gênes  échoue de peu mais il reprend la ville le 22 juin 1800, dix-huit jours à peine après la capitulation de « l'enfant chéri de la victoire ».

Rentré en France après la paix de Lunéville (1801), il est nommé inspecteur général d'infanterie, sert à la Grande Armée sous Jean Lannes en 1805-1806, puis à nouveau sous Masséna en Pologne en 1807. Sa conduite à Austerlitz (2 décembre1805) lui vaut d'être nommé Grand Aigle de la Légion d'honneur. Il se distingue également lors des batailles d'Iéna (14 octobre 1806), Pultusk (26 décembre 1806) et Ostroleka (16 février 1807).

Pendant toutes ces années sa conduite de parfait courtisan et ses manifestations outrées de loyalisme échouent à lui valoir les distinctions auxquelles il aspire. Au point qu'il se plaint parfois de reculer au lieu d'avancer dans la carrière. Napoléon 1er le nomme cependant comte en 1808.

La même année, sur le chemin de l'Espagne, Suchet fait un détour pour se marier avec une jeune fille, riche et nièce par alliance de Joseph Bonaparte, mais qu'il n'a jamais rencontrée auparavant.

Nommé en avril 1809 gouverneur d'Aragon en remplacement de Jean-Andoche Junot – province à laquelle s'ajoutera en 1811 une partie de la Catalogne – il s'empare une à une de toutes les places fortes du pays. Lerida tombe en mai 1810. En juin 1811, la difficile prise de Tarragone – les insurgés espagnols, mal armés et en infériorité numérique se défendent rue par rue, maison par maison – lui vaut enfin le titre de maréchal. Celle de Valence, le 9 janvier 1812, après un bombardement intense, fait de lui un duc d'Albufera.

Durant cette longue campagne, il se montre d'une ténacité et d'une autorité rares. Administrateur hors pair, il veille à ce que ses soldats ne manquent de rien, se montrant soucieux de leur bien-être et de leur moral. En contrepartie du soin qu'il apporte à l'entretien de ses troupes, il leur impose une discipline sévère et ne tolère ni pillage ni exaction. S'il sait se montrer inexorable dans la perception des contributions imposées aux vaincus : « Les besoins de l'armée, les volontés de l'Empereur, m'ont obligé d'ordonner et de supporter des choses difficiles à écrire. », il lui arrive aussi de faire ouvrir les magasins de l'armée aux communes qui ont vu leurs récoltes ravagées par les opérations. Le résultat de cette politique, c'est l'intégration des soldats au sein d'une population d'abord violemment hostile. Le bénéfice qu'en retire Suchet est immense. Il parvient même à se procurer ce qui est le bien le plus précieux et le plus difficile à obtenir dans ce type de guerre : des renseignements. L'usage de colonnes légères, très mobiles, bien préparées et capables d'agir isolées et par surprise, le maintien dans les centres urbains de garnisons bien approvisionnées en vivres et en munition, complêtent l'éventail des mesures qui expliquent les succès qu'il obtient, seul parmi les maréchaux employés en Espagne.

Après la défaite de Vitoria (21 juin 1813), Suchet réussit à évacuer en bon ordre la région de Valence et la Catalogne, tout en parvenant à empêcher un débarquement anglais, et ramène finalement son armée dans les Pyrénées orientales. En septembre, il succède à Jean-Baptiste Bessières (tué à la bataille de Lützen) comme colonel général de la Garde impériale.

Rallié aux Bourbons en 1814, pair de France, il rejoint pourtant Napoléon 1er pendant les Cent-jours, non sans avoir essayé d'attendre que la situation se décante. Chargé de protéger la Savoie contre les Autrichiens, il ne peut, avec les faibles forces dont il dispose, leur barrer les routes du Simplon et du Mont-Cenis. Il se replie alors sur Lyon où lui parvient, le 22 juin, la nouvelle de la défaite de Waterloo.

Malgré son immédiate soumission, Louis XVIII, à son retour de Gand, lui retire son commandement et le raye de la liste des pairs. Ce n'est qu'en 1819 qu'il retrouve son rang. Malgré ses succès passés, des intrigues de cour l'empêchent cependant, en 1823, de participer à l'expédition menée par la France en Espagne pour y rétablir Ferdinand VII sur le trône.

Le duc d'Albufera s'éteint le 3 janvier 1826 dans son château de Saint-Joseph , dans la banlieue de Marseille.

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Confronté à la guérilla espagnole (forme de guerre que Napoléon méprisait et à laquelle il ne s'intéressa jamais), le maréchal Suchet fut peut-être le seul des maréchaux à comprendre qu'il y fallait une réponse de nature politique aussi bien que militaire. Ses succès témoignent de la justesse de son approche, qui fait de lui un des pionniers de l'anti-guérilla, et qui, semble-t-il, reste étudiée par les stratèges du Pentagone.

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Le nom de Suchet est inscrit sur la 33e colonne (pilier Ouest) de l'arc de triomphe de l'Étoile. . Son magnifique tombeau, comprenant un buste sculpté par David d'Angers , se trouve à Paris, au cimetière du Père Lachaise, division 39.


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Louis-Gabriel Suchet avait acquis, de par son éducation liée à ses origines bourgeoises, une solide culture et un esprit qui lui permettaient de se montrer à son avantage dans les salons (au même titre que Louis-Alexandre Berthier, formé pour sa part à la cour de Versailles), ainsi qu'en témoignera Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord après la disparition du duc d'Albufera. Stendhal offrit à celui-ci en 1817 un exemplaire de son Histoire de la peinture en Italie et Jomini eut recours à son aide dans la rédaction de certains de ses ouvrages.


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Napoléon, qui ne paraît pas avoir apprécié immédiatement Suchet, finit cependant par avoir la plus grande estime pour ses capacités, déclarant, dans le Mémorial de Sainte-Hélène : « Suchet était quelqu'un chez qui le caractère et l'esprit s'étaient accrus à surprendre... Si j'avais eu Suchet à la place de Grouchy, je n'aurais pas perdu Waterloo ».

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Franc-maçonnerie : Fils de maçon, le maréchal Suchet est souvent cité dans la liste des maréchaux initiés, mais les sources divergent sur ce sujet.

Carrière militaire détaillée

établie par M. Eric Le Maître (voir son site web), mise en ligne avec son aimable autorisation.



Blessures au combat

Par un coup de feu à Cerea, le 12 septembre 1796.
Blessé à Neumarkt, le 2 avril 1797.
D'une balle à l'épaule à Sagonte, le 25 octobre 1811.


Captivité

Aucune.


Premier engagement

Dans la garde nationale de Lyon en 1791.


Évolution de carrière

Sous-lieutenant, en 1791.
Lieutenant-colonel, le 20 septembre 1793.
Chef de bataillon, le 30 décembre 1795.
Chef de brigade provisoire, le 28 octobre 1797.
Général de brigade, le 23 mars 1798.
Général de division, le 10 juillet 1799.
Maréchal de l'Empire, le 8 juillet 1811.


États de service

A la cavalerie de la garde nationale de Lyon, en 1791.
Dans une compagnie franche de l'Ardèche, du 12 mai 1792 au 20 septembre 1793.
Au 4e bataillon des volontaires de l'Ardèche, le 20 septembre 1793.
Au siège de Toulon, en 1793.
A l'armée d'Italie, entre 1794 et 1797.
Sert à la division Laharpe au combat de Loano, le 23 et 24 novembre 1795.
Passé par amalgame chef de bataillon à la 211e de bataille, le 30 décembre 1795.
A la 69e de ligne, également par amalgame, le 7 mars 1796, qui devient par tirage au sort 18e de ligne, le 25 mai 1796.
Chef d'état-major de Brune en Suisse, en février et mars 1798.
Chef d'état-major par intérim de l'armée d'Italie en l'absence de Leclerc, du 9 mai au 24 juin 1798.
Chef d'état-major de l'armée d'Italie, le 22 août 1798.
Remplacé par Montrichard, le 14 octobre 1798.
Reste néanmoins en Italie avec Joubert.
Nommé à l'armée d'Helvétie, le 2 décembre 1798.
Il ne rejoint pas son poste et est destitué, le 27 décembre 1798.
Chef d'état-major de l'armée de Mayence, le 21 février 1799.
Commandant la 1ère brigade de la 3e division à l'armée d'Helvétie, le 4 mai 1799.
Chef d'état-major de Joubert en Italie, le 10 juillet 1799.
Commandant par intérim l'armée d'Italie à la place de Championnet, du 31 décembre 1799 au 5 janvier 1800.
Commandant l'aile gauche de l'armée d'Italie sous Masséna, le 8 janvier 1800.
Lieutenant du général en chef, le 8 mars 1800.
Commandant par intérim l'armée d'Italie en l'absence de Masséna, du 17 au 24 juin 1800.
Commandant le corps du centre à l'armée d'Italie, le 24 juillet 1800.
Gouverneur de Padoue, en janvier 1801.
Inspecteur général d'infanterie, le 24 juillet 1801.
Commandant la 4e division du 4e corps de la Grande Armée sous Soult, le 26 août 1805, qui devient 3e division du 5e corps sous Lannes, le 10 octobre 1805.
Commandant la 1ère division du 5e corps sous Lannes, en octobre 1806.
Commandant provisoire du 5e corps en Silésie, en août 1807.
Commandant la 1ère division du 5e corps sous Mortier à l'armée d'Espagne, le 2 octobre 1808.
Commandant le 3e corps de l'armée d'Espagne (future armée d'Aragon) à la place de Junot, le 5 avril 1809.
Commandant en chef l'armée de Catalogne et d'Aragon, en avril 1813.
Gouverneur de la Catalogne, le 15 novembre 1813.
Colonel général de la Garde Impérial à la place de Bessières, le 18 novembre 1813.
Evacue la Catalogne, en avril 1814.
Commandant en chef de l'armée du Midi, le 22 avril 1814.
Pair de France, le 4 juin 1814.
Gouverneur de la 14e division militaire à Caen, le 21 juin 1814.
Gouverneur de la 5e division militaire à Strasbourg, le 30 novembre 1814.
Commandant le 5e corps d'observation à Strasbourg, le 26 mars 1815.
Appelé à Paris, le 30 mars 1815.
Envoyé à Lyon comme commandant supérieur des 6e, 7e, 8e, 9e et 19e divisions militaires, le 4 avril 1815.
Commandant en chef le 7e corps d'observation (armée des Alpes), le 26 avril 1815.
Pair de France, le 2 juin 1815.
Envahit la Savoie, le 14 juin 1815.
Doit l'évacuer, le 30 juin 1815.
Conclut à Lyon une convention avec les Autrichiens pour l'évacuation de la ville, le 12 juillet 1815.
Sans commandement à la Seconde Restauration et est rayé de la liste des pairs de France.
De nouveau pair de France, le 5 mars 1819.

Portrait en médaillon

"Le maréchal Suchet, duc d'Albufera" par Jean-Baptiste Paulin-Guérin (Toulon 1783 - Paris 1855).

Autres portraits

Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)
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"Le maréchal Suchet, duc d'Albufera" peint en 1834 par Adélaïde (ou Adèle) Gault (?-?).
Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)
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"Le maréchal Suchet, duc d'Albufera". Gravure du XIXème siècle.
Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)
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"Louis-Gabriel Suchet en uniforme de lieutenant-colonel au 4e bataillon de l'Ardèche en 1792" par Vincent Nicolas Raverat (Moutiers-Saint-Jean 1801 - Paris 1865).
Louis-Gabriel Suchet (1770-1826)
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"Louis Gabriel Suchet, chef de bataillon à la huitième demi-brigade en 1795" par Gilles Marie Joseph Albrier (dit Joseph Albrier, Paris 1791 - Paris 1863).
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