François-Joseph Talma naît à Paris, le 15 janvier 1763. Dès l'âge de 10 ans, il ressent l'appel des planches. Chargé du compte-rendu d'une tragédie, imprégné d'une émotion indicible, il fond en larmes au milieu de sa lecture1.
En 1776, il se rend en Angleterre pour retrouver son père qui est devenu dentiste à Londres, son oncle et son frère y étant aussi dentistes, puis à Paris2. Mais, son avenir est plus influencé par la découverte du théâtre élisabéthain que par le métier paternel. En Angleterre, il joue en amateur. Rentré en France, en 1785, il s'établit dentiste pendant quelque temps. Il vit avec son oncle sporadiquement de 1782 à 1785, puis en permanence de 1785 à 1786, rue Mauconseil3. Reçu dentiste expert, il n'exerce que dix-huit mois4.
Talma s'inscrit à la fondation de l'École royale de déclamation en 1786, abandonnant le métier de dentiste. Il débute à la Comédie-Française le 27 novembre 1787. Il en devient sociétaire en 17895. Il y joue Brutus et La Mort de César de Voltaire. Il crée Charles IX de Marie-Joseph Chénier (1764-1811), homme politique français et écrivain. C'est un immense succès public, mais l'Église fait interdire la pièce à la 33ème représentation. Le 21 juillet 1790, la pièce est jouée malgré l'interdiction. La troupe de la Comédie-Française se divise alors entre les révolutionnaires et les autres sociétaires qui refusent de jouer avec Talma. Il s'engage de plus en plus politiquement, n'a pas de grandes affinités avec Robespierre, mais se lie d'amitié avec un jeune militaire du nom de Bonaparte... Il est exclu de la Comédie-Française en 1791 et se réfugie dans un nouveau théâtre rue Richelieu. La salle prend vite le nom de théâtre de la République et quand les sociétaires de la Comédie-Française sont emprisonnés en septembre 1793, Talma est accusé d'avoir comploté contre ses anciens partenaires6. Ayant été admis dans l'entourage de Mirabeau puis dans celui des Girondins, il échappe de justesse à l'échafaud7. Dès lors, il ne se consacre plus qu'au théâtre8.
Les critiques sont unanimes sur son immense talent. Talma innove aussi dans le domaine des costumes, en incarnant Proculus en 1792, dans Brutus (1730) de Voltaire (1694-1778), où il s'habille en romain. Il propose de jouer les personnages vêtus selon leur temps, et non selon la mode contemporaine9.
Il est réintégré au sein de la Comédie-Française en 1799 et devient officiellement « l'acteur préféré de Napoléon », notamment grâce à son jeu dans la pièce de Corneille (1606-1684) intitulée Cinna (1643). Napoléon l'y admire particulièrement. En 1799, le théâtre de la rue Richelieu devient la seule salle du Théâtre-Français10. A sa réouverture, Talma joue le rôle de Rodrigue dans Le Cid (1636) de Corneille.
Durant le Consulat, Talma, en villégiature à la Malmaison, est souvent l'hôte à dîner du Premier Consul qui éprouve un réel plaisir à parler d'art dramatique avec son hôte. Des exposés de Talma sur les besoins et les réformes du théâtre, naissent les décrets de 1802 et de 1803 qui réorganisent la Comédie-Française et lui font obtenir une subvention du gouvernement11.
Lorsque Bonaparte devient Napoleon, Talma croit qu'il lui faudra renoncer à ces entretiens, bien futiles pour un Empereur. Mais un billet du premier chambellan, Auguste-Laurent de Rémusat, le détrompe aussitôt : « Mon cher Talma, j'ai bien du plaisir à vous annoncer que Sa Majesté vous recevra volontiers le matin à son déjeuner. Vous n'aurez pour cela qu'à vous présenter à l'appartement de l'Empereur vers neuf heures trente du matin et, tandis que Sa Majesté déjeunera, le préfet du palais de service prendra ses ordres pour vous introduire ». A partir de ce moment, Talma se rend au moins une fois par semaine aux Tuileries à l'heure du déjeuner12.
Napoléon n'hésite jamais à critiquer et à conseiller l'acteur. Talma met toujours à profit ces enseignements. A propos de son interprétation de César dans La mort de Pompée (1643) de Pierre Corneille, Napoléon lui fait savoir son mécontentement : « Vous fatiguez trop vos bras. Les chefs d'empire sont moins prodigues de mouvements ; ils savent qu'un geste est un ordre, qu'un regard est la mort ; dès lors ils ménagent le geste et le regard ». Talma apporte dans l'art dramatique une sobriété de jeu que Napoléon admire et encourage13.
En 1807, Talma est nommé professeur au Conservatoire. A la fin de cette même année, il est gravement malade et manque de mourir. En mars 1808, il s'essaie à la comédie. Il joue Plaute, ou la Comédie latine (1808) de Louis-Jean Lemercier (1771-1840), auteur français14. En septembre 1808, lors de la négociation d'Erfurt, Napoléon, qui veut entourer cette entrevue de fêtes brillantes et de divertissements somptueux, demande à Talma : « Venez avec nous ! Vous aurez là un beau parterre de rois ! ». L'acteur, avec d'autres sociétaires de la Comédie-Française, y joue effectivement devant les têtes couronnées européennes, qu'il fascine par sa prestance15, et est applaudi par le Tsar Alexandre Ier lui-même16.
De 1809 à 1810, malade, Talma joue peu. En 1812, il a une liaison avec la princesse Pauline Bonaparte (1780-1825)17.
Il réforme entièrement l'esprit des costumes avec les conseils du peintre français néoclassique Jacques-Louis David (1748-1825). Il visite des musées, consulte des manuscrits anciens, des sculptures et des monuments très variés18. Pionnier d'une révolution esthétique, il adapte la révolution politique à ses idées théâtrales. Il paraît en scène sans perruque, sans déclamer le vers tragique. Il bouscule les conventions du spectacle tragique de telle sorte que la tragédie se dirige vers un nouveau style : le drame historique et politique.
A la Restauration, le tragédien, qui a largement profité des gratifications et des cadeaux de Napoléon mais qui met l'amitié du grand homme au-dessus de sa générosité, reste fidèle au souvenir de l'Empereur en exil. Il lui écrit d'ailleurs : « Sire, vos bontés et la distinction dont vous m'avez honoré ne sortiront jamais de mon coeur. Ma mémoire vous sera fidèle et jamais, non jamais, je ne serai rangé parmi les ingrats que vous avez faits ».
L'acteur tient parole et ne cache jamais ses sentiments bonapartistes. Il faut noter son succès en décembre 1821, dans la tragédie Sylla d'Etienne de Jouy (1764-1846), où son physique, allié à une perruque appropriée, lui permet de « faire revivre » Napoléon qui vient de s'éteindre quelques mois auparavant.
Chaque année qui suit, le 5 mai, anniversaire de la mort de l'Empereur, il porte ostensiblement un vêtement de deuil. L'acteur n'est pas inquiété sous la monarchie19. Au contraire, Louis XVIII lui confère toute sa légitimité20.
Un an avant sa mort, en 1825, Talma rédige sa vision révolutionnaire du théâtre dans son Mémoire sur Lekain et sur l'art dramatique. Lekain (1729-1778) était un grand tragédien français21.
Il décède le 19 octobre 1826. Paris tout entier assiste à ses funérailles, sans cérémonie religieuse, le 21 octobre 1826. Gérard de Nerval (1808-1855), écrivain français, compose une élégie intitulée La Mort de Talma. Alexandre Dumas (1802-1870) réunit les papiers du tragédien et fait publier les Mémoires de J.-F. Talma, écrits par lui-même en 185022.
Sa tombe PHOTO se trouve au cimetière parisien du Père-Lachaise, 12ème division.