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Napoléon & Empire

Bataille de Mondovì

Date et lieu

Forces en présence

Pertes

Bataille de Mondovì (detail)
« Première vue de la bataille de Mondovì et de la position de Brichetto le 21 avril 1796 » (détail). Peint par Giuseppe Pietro Bagetti.
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La bataille de Mondovì met fin à la toute première phase de la campagne d’Italie, celle qui se termine avec l’armistice de Cherasco. En signant cet accord, le royaume de Sardaigne reconnaît sa défaite et se retire de la première coalition, laissant son ex-allié autrichien seul face à Napoléon Bonaparte.

Les sources diffèrent souvent d’un ou deux jours dans les dates qu’elles indiquent pour cette bataille et les événements qui l’entourent. Nous avons privilégié la chronologie adoptée par le fameux théoricien militaire prussien Carl Philipp Gottlieb von Clausewitz, tout en signalant les autres valeurs fréquemment mentionnées.

Situation générale

À la faveur des victoires de Montenotte, Millesimo, Cosseria et Dego, l’armée française a réussi à s’installer entre les forces autrichiennes et sardes. Elle se tourne ensuite vers ces dernières, plus faibles, dans le but de les détruire au plus vite. L’objectif est d’y parvenir avant que les Autrichiens n’aient le temps de venir à la rescousse de leurs alliés.

Les Sardes sont sous le commandement du général autrichien Michelangelo Alessandro Colli-Marchi, les Français sous celui de Napoléon Bonaparte.

Le 16 avril 1796, Colli et les siens ont été délogés de leur camp retranché de Ceva  sur lequel ils s'étaient repliés après la bataille de Dego. L'attaque d'Augereau sur Pedaggera  au nord-nord-est et les mouvements tournants combinés de Sérurier, arrivant de Mombasiglio  à l'est, et de Masséna, venu de Mombarcaro  au nord-est, les ont obligés à reculer sur la rivière Corsaglia. Sur cette très solide position, ils ont obtenu le 20 (ou le 19), deux jours avant la bataille de Mondovì, un de leurs rares succès de cette campagne. Bien installés sur la berge gauche de la modeste rivière Corsaglia , ils ont réussi à interdire aux troupes françaises de franchir en force le cours d’eau. C’est là le mieux qu’ils puissent espérer avec les forces dont ils disposent. Les opérations qui suivent n’ont pas pour but d’obtenir un résultat décisif. Colli s’efforce, plus modestement, de gagner du temps. L’arrivée imminente de son général en chef, Johann von Beaulieu, à la tête de renforts, est en effet promise par le baron Latour, le représentant autrichien à la cour de Turin.

De son côté, l’armée française est à la fois quelque peu découragée par son récent échec et épuisée par les marches incessantes. Pourtant, lors d’un conseil de guerre tenu par les généraux divisionnaires à Lesegno  la veille de la bataille de Mondovì, ceux-ci estiment qu’une nouvelle attaque s’impose. Plusieurs jours se sont écoulés depuis la victoire de Dego et une intervention de Beaulieu peut désormais survenir à tout moment. L’arrivée des Autrichiens avant la défaite sarde rendrait la situation critique.

Positions

Le commandement français a pris les dispositions d’attaque suivantes :

  1. Jean Mathieu Philibert Sérurier affrontera la droite sarde, au sud, avec les trois brigades Jean Joseph Guieu, Pascal Antoine Fiorella et Elzéar Auguste Cousin de Dommartin ;
  2. une division Jean-Baptiste Meynier, créée pour l’occasion avec les brigades Sextius Alexandre François Miollis et Louis Pelletier, percera le centre ennemi, à San Michele . La division de cavalerie Henri Christian Michel de Stengel, qui a reçu l’ordre de presser sa marche pour rejoindre l’armée, lui apportera son soutien ;
  3. André Masséna, qui n’a pu passer le Tanaro  à Castellino [Castellino-Tanaro]  l’avant-veille et a dû rebrousser chemin jusqu’à Ceva , en revient maintenant par Lesegno. Renforcé de la brigade Joubert, il y attaquera l’aile gauche ennemie, au nord du champ de bataille ;
  4. Charles Augereau, à Castellino  menacera les communications des Sardes au nord-est.

Le 22 (ou le 21) avril 1796, le général Colli, de son côté, occupe toujours la position très robuste qui lui a permis de mettre en échec les Français l’avant-veille.

  1. La gauche de l'armée sarde, sous les ordres du général Vitali, surveille Lesegno, en se tenant à l’abri derrière la Corsiglia [le Corsaglia]. Située près du confluent  de cette rivière et du Tanaro, la position sarde paraît ici à peu près invulnérable : le pont qui traverse le Tanaro  non loin de là est détruit et les berges de la Corsaglia sont extrêmement escarpées  dans ces parages ;
  2. Le centre se tient à San Michele , commandé par le général Jean-Gaspard Dichat de Toisinge ;
  3. La droite s’appuie sur Madonna de Vico [Santuario di Vicoforte] , conduite par le général Bellegarde ;
  4. La réserve occupe la Bicocca  , hauteur couronnée d’une redoute (bâtiment de fortification fermé, ne présentant pas d’angles rentrants) qui surplombe San Michele Mondovì  au nord-est.

Deux ponts utilisables restent ouverts sur la Corsaglia, à San Michele  et à Torre Mondovì , mais ce sont des ouvrages médiocres et puissamment défendus par l’artillerie sarde.

Colli se sait en infériorité numérique. Bien qu’il ne puisse en évaluer les proportions, il décide de faire reculer ses troupes de plusieurs kilomètres vers l'ouest. Une retraite ordonnée lui semble plus avantageuse qu’un nouvel engagement. Le mouvement commence durant la nuit qui précède la bataille. Les Sardes jugent la position vers laquelle ils se replient aussi forte que la précédente. Elle est centrée sur le Brichetto [ou Bricchetto] , une élévation , entre Vicoforte à l’est et Mondovì  à l’ouest.

Mondovì, vue générale
Vue générale du village de Mondovì

Les combats

Lorsque les Français portent leur attaque, vers huit heures du matin, sur les lieux mêmes qui ont vu leur échec deux jours plus tôt, ils découvrent avec soulagement que la position est abandonnée. Sans perdre un instant, Bonaparte ordonne la poursuite de l’ennemi. La division Sérurier est la première à s’élancer, vers Vico, suivie de la cavalerie et de l’artillerie. Masséna, lui, s’arrête à San Michele  pour assurer la liaison entre le gros de l’armée et la division Laharpe, laissée assez loin en arrière, à San Benedetto sur la rivière Belbo  , pour observer les Autrichiens. Napoléon s’installe au Bric della Guardia  , d'où il bénéficie d'une vue à 360 degrés, puis à la cascina del Vescovo [dite aussi cascina Monsignore]  , un kilomètre plus au sud, au lieu-dit La Scapita. De là, au centre du champ de bataille  , il dirige les opérations.

Par malheur pour les siens, Colli n’a pas ordonné la retraite assez tôt. Les Français surprennent les Sardes avant que ceux-ci n’aient atteint leur nouvelle position et n’y aient pris toutes leurs dispositions.

Au centre, Sérurier arrive au contact de l’ennemi un peu avant Vico [Vicoforte]. Colli lui oppose précipitamment quelques bataillons qui se débandent trop vite pour freiner les assaillants. Les Sardes se voient repoussés sur le village  sans avoir le temps de s’établir correctement dans la place, sur laquelle fondent aussitôt les brigades Fiorella et Dommartin. Pendant ce temps, à trois kilomètres et demi au sud, la brigade Guieu a franchi le pont  de Torre Mondovì  et attaque la droite sarde. Au nord, c’est la division Meynier qui est en train de déborder la gauche adverse.

Colli se replie comme il peut sur Mondovì , laissant son centre et Il Brichetto  à la garde de Dichat. Ce dernier ne tarde pas à y être assailli par Dommartin tandis que Fiorella s’en prend au flanc de l’ennemi. Mais Dichat fait mieux que se défendre, offrant aux siens l’occasion de tenter une contre-attaque avec leurs réserves. Sérurier, bousculé, appelle Fiorella au moment où Colli, au contraire, menacé par Guieu au sud, doit se tourner de ce côté. Privées de soutien et bientôt de leur chef, touché à mort, les troupes de Dichat finissent par s’enfuir. Bonaparte accourt alors sur le Brichetto. Il est environ dix-sept heures. Colli, son centre percé et ses ailes en danger, n’a plus d’autre choix que de se retirer vers le nord derrière l’Ellero , la petite rivière qui baigne Mondovì, laissant provisoirement quelques bataillons dans ce village pour protéger sa retraite. Ils en sont ensuite délogés par les troupes de Bonaparte qui se répandent de là dans les faubourgs de Breo et de Carassone. Vers 18 heures, Mondovi  et ses abords sont aux mains des Français.

Les Sardes reculent jusqu’à Fossano, au nord-nord-ouest en direction de Turin [Torino]. Ils ont perdu 1 000 hommes et huit canons. Seul succès de la journée pour eux, ils parviennent à repousser une charge hasardeuse de la cavalerie française sur la rive gauche de l’Ellero , qu’elle a traversé à gué. Le général Stengel y est mortellement blessé (il décédera le 28 avril suivant à Carassone ) tandis que nombre de ses soldats y laissent la vie. Le reste repasse précipitamment la rivière vers la rive droite.

Conséquences

La séparation des deux tronçons des armées austro-sardes, que Bonaparte avait commencée à Montenotte, Millesimo, Cosseria et Dego quelques jours plus tôt, est désormais acquise. Dès le 23 avril 1796, Colli propose un armistice que Napoléon repousse afin de consolider son avantage. Il sera finalement signé le 28 à Cherasco  , et mettra fin à la phase initiale de la Campagne d'Italie. Le roi de Sardaigne Victor-Amédée III y perdra le contrôle de quatre forteresses d’importance stratégique (Cuneo, Ceva, Valenza et, au choix, Tortona ou Alessandria) et acceptera d’accorder libre passage aux forces françaises sur son territoire. Bonaparte aura désormais les coudées franches pour se retourner contre les Autrichiens.

Durant les opérations, le Quartier Général de Napoléon Bonaparte fut successivement :

- au château de Lesegno  (village parfois orthographié Lesogno dans les sources d'époque) du 20 au 23 avril ;

- à Carrù , les 23 et 24 avril.

Le général Stengel fut inhumé dans l'église de San Giovanni in Lupazzanio , à Carassone, près d'un autel aujourd'hui disparu.

Détail de la carte de la bataille de Mondovì
Carte de la bataille
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Panoramique du champ de bataille de Mondovì

Le champ de bataille de Mondovì vu depuis Bricchetto.

Panoramique aérien du champ de bataille de Mondovì

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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