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Napoléon & Empire

Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773-1828)

Comte de Sigüenza

Blason de Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773-1828)

Joseph Léopold Sigisbert Hugo naît le 15 novembre 1773 à Nancy d'un père artisan menuisier et d'une mère gouvernante. Enfant, il reçoit une solide instruction au collège royal de la ville mais, doté d'une forte personnalité et peu porté vers les études, ne rêve que de revêtir l'uniforme de soldat.

Trois tentatives lui sont nécessaires pour y parvenir. Les deux premières, en 1788 et 1789, avortent du fait de son trop jeune âge ; il est renvoyé dans ses foyers. Son troisième engagement, dans les armées de la République cette fois, est signé le 23 avril 1791. Le voilà militaire.

Ambitieux et patriote (il se fait appeler à cette époque Brutus Hugo), Léopold fait rapidement son chemin. Encore sous-officier en 1792, il est déjà adjudant-major (capitaine) en mai 1793 lorsque son régiment quitte le Rhin pour la Vendée.

Il y passe près de quatre ans, durant lesquels il participe aux combats et peut-être, quoi qu'il s'en défende dans ses mémoires, à la terrible répression qui s'abat sur la population. C'est là aussi, dans la ville de Châteaubriant, qu'il rencontre Sophie Trébuchet, sa future femme, qui lui donnera trois fils, dont Victor Hugo.

En 1797, le supérieur immédiat de Léopold, qui exerçait sur lui une influence apaisante, est muté. Le capitaine Hugo se compromet alors dans des intrigues ayant pour but d'accélérer sa carrière et qui ont l'effet tout inverse. Affecté à Paris comme rapporteur au conseil de guerre de la 17ème division, il fréquente un temps le cercle de Madame de Staël où se réunit l'opposition au Directoire, puis se marie, le 15 novembre 1797, et demande sa mutation.

Commence alors pour lui une période de vie errante, de garnison en garnison, qui s'achève lorsqu'un ami de sa femme lui obtient une place à l'état-major de Jean-Victor Moreau.

On est en 1800, Moreau va défaire l'armée autrichienne à Hohenlinden. Au cours de la campagne, Hugo est promu chef de bataillon sur le champ de bataille de Mosskirch (5 mai). Il prend part ensuite aux négociations qui aboutissent à la paix de Lunéville puis devient gouverneur de cette place.

Mais il espère davantage et choisit de briguer un poste plus exposé pour obtenir un avancement plus rapide. On l'envoie à Besançon. Son troisième fils, Victor Hugo, y naît en 1802 mais surtout, la même année, Léopold a la malencontreuse idée de dénoncer le trafic de congés auquel se livre son colonel. Celui-ci, comme prévu par le délateur, est mis aux arrêts mais l'affaire déclenche un tel scandale que le régiment tout entier est déplacé. Léopold Hugo se retrouve en Corse, où il va se morfondre plusieurs années durant.

Cet exil, entrecoupé d'un séjour sur l'île d'Elbe entre juin 1803 et juin 1804, prend fin en septembre 1805. Hugo est muté en Italie et affecté au 8ème corps du maréchal Masséna. Après s'être illustré à la bataille de Caldiero, il fait partie des troupes mises à la disposition de Joseph Bonaparte pour conquérir son royaume de Naples. Le 14 février 1806, il entre à Naples avec le nouveau roi. Convaincu par ce dernier que ses intrigues passées lui interdisent définitivement tout espoir de carrière dans les armées françaises, il passe au service de Naples le 28 septembre.

Pour avoir dirigé la lutte contre les bandes du bandit nationaliste Michel Pezza, dit Fra Diavolo (quoi que cela soit contesté car le nom d'Hugo ne figure sur aucun document officiel), Léopold devient major du régiment Royal-Corse de Naples en novembre 1806 puis gouverneur de la province d'Avellino, dans les Pouilles. Sa carrière prend enfin son essor. Le 23 février 1808, il est nommé colonel ; peu après, il est fait commandeur de l'ordre royal des Deux-Siciles ; en mai, il devient maréchal des logis du palais ; en juillet, Joseph Bonaparte, désormais roi d'Espagne, fait appel à lui.

Léopold Hugo le rejoint en août et récolte aussitôt honneurs et postes de premier plan. Le 6 décembre, il est nommé chef de corps du régiment Royal Etranger ; le 20 août 1809, il devient maréchal de camp (général de brigade) ; le 27 septembre, sous-inspecteur général des corps formés ou à former. S'ajoutent à ces grades la distinction de commandeur de l'ordre royal d'Espagne et les gouvernements d'Aquila, de Guadalajara et de Ségovie.

Pendant les quatre années suivantes, il se bat avec un certain bonheur contre les guérillas espagnoles, à la tête de son Royal Etranger spécialisé dans la contre-guérilla (dite alors "petite guerre"). Ayant réussi à soumettre les régions dans lesquels il intervient, Hugo est récompensé par le titre de comte de Sigüenza (qui ne sera jamais enregistré par le conseil du sceau des titres). Le 1er octobre 1811, il devient chef d'état-major du gouvernement de Madrid puis commandant de la place de Madrid en mars 1812. Le 24 juin 1813, il est nommé premier aide de camp de Joseph Bonaparte, trois jours après la bataille de Vitoria, durant laquelle il a sauvé le roi et sa famille en stoppant une colonne anglaise.

A ce moment, l'Espagne est déjà perdue pour les Français. Hugo y laisse l'essentiel de ses biens et de ses titres. En septembre, il est envoyé en Saxe puis, le 9 janvier 1814, reçoit le commandement de la place de Thionville dans laquelle il résiste quatre-vingt-dix-huit jours aux assauts des coalisés Russes, Prussiens et Hessois. Il ne rend la place que le 14 avril, après l'annonce officielle de l'abdication de Napoléon Ier.

Le 12 septembre suivant, il est placé en demi-solde puis, le 21 novembre, en non-activité, disgrâce adoucie par le grade de maréchal de camp, une croix de la légion d'honneur et le titre de chevalier de Saint-Louis.

A nouveau envoyé à Thionville durant les Cent-jours, il ne capitule que le 7 juillet 1815, sur ordre du roi. Le 13 novembre, il est remis en non-activité puis admis à la retraite le 16 février 1825, malgré ses efforts pour reprendre du service. Nommé lieutenant-général (général de division) honoraire, il se retire à Blois où il occupe son temps en écrivant ses souvenirs, des essais de tactique militaire, des poésies, du théâtre et un roman, Aventure tyrolienne, publié sous le pseudonyme de Sigisbert.

Joseph Léopold Sigisbert Hugo meurt d'apoplexie le 29 janvier 1828. Il est enterré dans le cimetière du Père Lachaise, 27ème division .

Le général Hugo était un conteur doué qui captivait ses enfants (au premier rang desquels Victor) par le récit de ses exploits. Ainsi, le célèbre « Donne-lui tout de même à boire », du poème Après la bataille, vient tout droit du récit paternel d'un épisode similaire vécu en Espagne.



Franc-maçonnerie : Le général Hugo fut membre des loges "L'Amitié" d'Aix-en-Provence et "La Concorde" de Bastia.

Portrait en médaillon

"Le général Joseph Léopold Sigisbert Hugo". Ecole française du XIXe siècle.

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"Le général Hugo" (détail d'un tableau le représentant avec deux de ses frères et son fils Abel) par Julie Hugo (née Louise Rose Julie Duvidal de Montferrier, Paris 1797 ou 1798 - Paris 1865)
Joseph Léopold Sigisbert Hugo (1773-1828)
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"Le général Joseph Léopold Sigisbert Hugo". Gravure du XIXème siècle.