Mais cette vitalité finit par épuiser les instruments qui ont fait d'un petit sous-lieutenant corse l'Empereur des Français : la France d'abord, l'armée ensuite et surtout ses chefs – ces Maréchaux d'Empire qui lui doivent tant – se lassent du rythme effréné que Napoléon leur impose, des sacrifices qu'il exige, des revers surtout qui s'accumulent depuis la désastreuse campagne de Russie en 1812. Par deux fois, comme s'il fallait toujours à Napoléon dépasser la mesure commune, le vainqueur d'Austerlitz devra abdiquer. L'histoire alors pourra retrouver un cours plus paisible. Napoléon Bonaparte, lui, exilé par les Anglais à Sainte-Hélène, disposera encore de six années pour peaufiner sa légende.
Le destin hors du commun de Napoléon Bonaparte a suscité
une littérature prodigieusement abondante. Historiens, essayistes,
romanciers, depuis deux siècles, l'ont décrit, analysé,
exalté ou au contraire vilipendé. Les pacifiques ont
traité Napoléon d'ogre mais les ambitieux ont trouvé
dans son existence un modèle insurpassable. Léon Tolstoï n'a vu en lui qu'un pantin et Hippolyte Taine
l'a décrit comme un condottiere italien de la Renaissance égaré
dans le monde moderne. Mais Stendhal en a fait le grand homme de Julien Sorel ; Honoré de Balzac,
tout royaliste qu'il fût, n'a pu cacher son admiration ; Léon Bloy l'a proclamé prophète.
De nos jours encore, sa vie et son oeuvre suscitent des controverses d'une surprenante vivacité, témoignage éloquent de l'intensité que conserve son souvenir, y compris, à leur corps défendant, chez ses plus farouches détracteurs.
Et ce débat sur le passé s'est d'ores et déjà assuré d'un brillant avenir en investissant Internet. On s'émerveille parfois qu'il se soit écrit plus de livres sur Napoléon qu'il ne s'est écoulé de jours depuis sa mort : que dire alors des millions de résultats que ramène GoogleTM lors d'une recherche sur son nom, ou des milliers d'articles qu'une encyclopédie comme Wikipedia lui consacre (près de deux mille cinq cents, rien que pour la langue française) !
Toutes ces opinions, tous ces jugements, aussi tranchés, aussi opposés restent-ils, ont pourtant leur source dans les mêmes faits : ces bouleversements inouïs dans la suite desquels Napoléon s'est inscrit, en leur donnant l'éclat d'une épopée.
Ce sont ces faits que nous allons tenter de rassembler ici pour que chacun puisse à son tour se faire une opinion raisonnée sur Napoléon Bonaparte, personnage essentiel de l'histoire de France. Un personnage qui a fait revivre, deux mille ans plus tard, les grandes figures d'Alexandre le Grand et de Jules César, et qui, tout comme eux, fut bien plus qu'un conquérant. Son oeuvre administrative, considérable, lui a survécu. La France d'aujourd'hui, qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, est fille de cette France de la Révolution et de l'Empire — périodes indissociables — que Napoléon Bonaparte a façonnée.
Une France où Napoléon repose, à Paris, en l'hôtel des Invalides, depuis le 15 décembre 1840.