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Napoléon & Empire

Bataille de Montebello

Date et lieu

  • 9 juin 1800 près de Montebello en Lombardie [de nos jours Montebello della Battaglia, dans la province de Pavie, en Italie] et de Casteggio, bourg attenant.

Forces en présence

  • Armée française (environ 7 000, puis 12 000 hommes) sous le commandement du général de division Jean Lannes.  
  • Armée autrichienne (environ 16 000 hommes) sous le commandement du feldmarschall-leutnant Karl Peter Ott Freiherr von Batorkéz.  

Pertes

  • Armée française : officiellement 600 hommes, jusqu'à 3 000 selon diverses sources.  
  • Armée autrichienne : 659 tués, 1 445 blessés, 2 171 prisonniers, 2 canons.  
Bataille de Montebello (detail)
"Vue de Casteggio. Première attaque des Français à la bataille de Montebello le 8 juin 1800" (détail). Aquarelle de Giuseppe Pietro Bagetti.
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La bataille de Montebello constitue le premier combat majeur de la seconde campagne d’Italie. L’engagement a pour cadre la plaine  en contrebas du village lombard de Montebello . Les troupes autrichiennes du feldmarschall Ott y affrontent l’avant-garde de l’armée française, placée sous le commandement du général Jean Lannes.

Situation générale

Durant la seconde quinzaine de mai 1800, le Premier consul Napoléon Bonaparte est passé en Italie dans le but d’y détruire l’armée autrichienne qui bloque le général André Masséna et ses troupes dans Gênes [Genova]. Mais l’irruption de cette armée de réserve sur les arrières de l’ennemi s’avère trop tardive. Le 4 juin, après une résistance plus qu’opiniâtre, l’Enfant chéri de la victoire a consenti à évacuer une ville qui meurt littéralement de faim — non sans avoir obtenu de signer une convention ne comportant pas le terme de capitulation. Ce revers oblige Napoléon Bonaparte à revoir ses plans. Il entend désormais devancer le regroupement prévisible des forces autrichiennes et lance ses propres troupes en avant vers Alessandria, à l’exception des détachements consacrés à la surveillance des autres voies de retraite que pourraient emprunter les Autrichiens.

C'est le général Lannes qui commande l’avant-garde française. Parti de Stradella, il avance sur la route de Voghera et Tortone [Tortona] quand il se heurte, un peu avant Casteggio, au feldmarschall Ott. Accouru depuis Gênes, ce dernier marche pour sa part sur Plaisance [Piacenza] afin d’assurer à l’armée autrichienne une ligne de retraite vers Vienne [Wien]. Ce renfort, s’ajoutant aux troupes du général autrichien Andreas von O’Reilly Ballinlough qui occupent déjà Casteggio à son arrivée, porte à 16 000 hommes environ les effectifs que vont affronter les 7 000 soldats de Lannes.

Forces en présence et terrain

Le bourg de Casteggio se dresse au confluent d’un ruisseau coulant depuis le sud et d’un petit affluent du Pô, la Coppa. Il compte deux ponts, orientés perpendiculairement, le plus à l’ouest sur le ruisseau, l’autre sur la Coppa, séparés par la place du marché. Le terrain présente une configuration vallonnée au sud, plate au nord.

Au début du combat, les forces françaises se composent de la division du général François Watrin, de la brigade de Joseph Antoine Marie Mainoni et d’un régiment de hussards. La division du général Jacques-Antoine de Chambarlhac de Laubespin, sous les ordres du général Olivier Macoux Rivaud de La Raffinière, se trouve à plusieurs heures de marche.

Les Autrichiens alignent de leur côté les divisions des généraux Ludwig von Vogelsang, Joseph von Schellenberg et Andreas von O’Reilly, sous la direction du feldmarschall adjoint Ott. Ils disposent également d’une artillerie nombreuse : 35 canons.

Après qu’une patrouille a signalé la présence de Français à l’est, Ott a installé 6 bataillons d’infanterie et 4 escadrons de cavalerie de ce côté de Casteggio, sous le commandement d’O’Reilly.

Le champ de bataille, en contrebas de Montebello
La plaine en contrebas de Montebello della Battaglia, où se tinrent une partie des combats

Les combats

Les premières escarmouches ont lieu vers 6 heures du matin, quand l’avant-garde de la division Watrin, conduite par le général Claude Ursule Gency, tombe sur l’ennemi à Santa Giuletta, à l'est de Casteggio. Elle se retire après un bref engagement, qui donne aux Autrichiens une fausse idée des forces qu’ils affrontent. Les Français ignorant pour leur part l’arrivée des troupes libérées par la chute de Gênes, chacune des deux parties sous-estime, à ce moment-là, la puissance de son adversaire.

À 9 heures, les Français attaquent de nouveau et en plus grand nombre. O’Reilly, qui forme l’avant-garde ennemie, doit reculer de Santa Giuletta à Rivetta, mais parvient à repousser ses assaillants. Deux heures plus tard, Watrin envoie quatre bataillons tourner les positions adverses par le sud, tandis que deux autres s’avancent dans la plaine qui s’étend entre la route de Plaisance et le Pô. Cette fois, O’Reilly tient une demi-heure puis doit se replier sur Casteggio.

Vers midi, Ott lui-même arrive dans le village. La position lui convient. Il déploie les dragons du régiment Lobkowitz dans la plaine au nord-est et envoie la division Vogelsang et la brigade de Friedrich Heinrich von Gottesheim sur les hauteurs situées au sud-est de Casteggio, ce qui leur permet de dominer la route. Les deux branches du dispositif forment un angle à peu près droit, qui pivote autour du hameau de Mairano. Ainsi organisés, les Autrichiens tiennent la vallée sous le feu de leur puissante artillerie. Ils s’autorisent même à conserver en réserve onze bataillons, stationnés à Montebello, à trois kilomètres plus à l’ouest.

Watrin, qui a suivi O’Reilly, est immobilisé devant Casteggio par les bombardements venus des collines. Il envoie le général Jean-Pierre Firmin Malher attaquer la droite de l’artillerie autrichienne avec quatre bataillons tandis que Lannes lance une charge frontale vers ces mêmes hauteurs. Pendant ce temps, Gency, avec deux autres bataillons, fonce plus au nord sur le flanc gauche de l’ennemi.

Bien que l’assaut frontal sur les forces de Vogelsang et Gottesheim ait été repoussé, Malher, après avoir reçu l’appui de Mainoni, parvient au faîte des collines et chasse la droite autrichienne jusqu’au sud-ouest de Mairano. Face à la gauche adverse, des hussards français réussissent à entrer dans Casteggio, mais y sont encerclés et se replient ensuite à grand-peine.

Voyant sa droite reculer, Ott lui envoie la moitié de sa réserve. Ainsi renforcés, Vogelsang et Gottesheim réoccupent les hauteurs dont ils viennent d’être délogés. Le reste, sous Schellenberg, intervient contre Gency au nord.

Durant les heures qui suivent, le village de Casteggio change plusieurs fois de mains. Les Français se battent à un contre trois et souffrent énormément du feu de l’artillerie autrichienne. Ils sont sur le point de plier quand se présentent les renforts de la division Chambarlhac, commandée par le général Rivaud.

Partie de Stradella à 11 heures du matin, elle arrive à marche forcée par la route de Plaisance, dont la brigade Mainoni est parvenue à conserver le contrôle. La division se compose des brigades Rivaud et Jean-Baptiste Herbin-Dessaux, soit 6 000 combattants environ, ce qui porte les effectifs des Français à 12 000 hommes.

Rivaud attaque aussitôt l’aile droite autrichienne et la force à quitter les hauteurs. Ce retrait a cependant lieu dans l’ordre et les Autrichiens se déploient à nouveau en ligne le long du ruisseau qui coule du sud de Casteggio vers le village. Leur position s’appuie sur une ferme fortifiée, la Casa il Giardina, sur laquelle Rivaud avance sans tarder.

Herbin, lui, marche frontalement sur Casteggio pour soutenir Gency. Les deux ponts sont pris, le centre autrichien cède, et les ailes se trouvent séparées, ce qui les oblige à reculer. Laissant à Casteggio une arrière-garde — qui sera bientôt capturée — Ott s’emploie à regrouper ses forces autour de Montebello.

Les Français partent à l’assaut de cette nouvelle position vers 20 heures. Schellenberg les contient suffisamment longtemps pour que le reste des troupes autrichiennes atteigne Voghera, puis Castelnuovo [Castelnuovo Scrivia] et Pontecurone, avant de rejoindre le général Michael von Melas à Alessandria. À la tombée de la nuit, les derniers défenseurs de Montebello réussissent à s’échapper. Manquant de cavalerie, Lannes ne peut organiser une poursuite efficace.

Conséquences

La bataille de Montebello, malgré les pertes importantes subies par Ott, n’est pas de nature à remettre en cause la stratégie de Melas ou sa position. Rassembler ses troupes avant d’attaquer reste la meilleure option qui s’offre à lui. Cependant, le moral du général en chef autrichien est atteint, ce qui se manifeste par l’absence de toute initiative marquante durant les cinq jours suivants, jusqu’à la bataille de Marengo.


Jean Lannes sera nommé duc de Montebello en 1808, en témoignage de ce fait d’armes.


Jean-Roch Coignet voit le feu pour la première fois lors du combat de Montebello. Il se signale en s’emparant d’un canon. Cette action d’éclat lui vaut d’être noté pour un fusil d’honneur, par ordre personnel de Bonaparte. Le Premier consul promet également au jeune soldat de l’incorporer plus tard dans sa garde.


Une nouvelle bataille — bien moins meurtrière — opposera une armée franco-sarde aux Autrichiens sur ce même lieu le 20 mai 1859. Ces derniers seront également défaits. C’est aux combattants de cette seconde bataille que sont consacrés l’ossuaire « Bell'Italia » et la statue intitulée « Il Cavalleggero ».


Panoramique du champ de bataille de Montebello


Le champ de bataille de Montebello et le village de Montebello-la-Battaglia près duquel le général Jean Lannes défit l'armée autrichienne durant la seconde campagne d'Italie.

Panoramique aérien du champ de bataille de Montebello


Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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