N & E
Napoléon & Empire

Jean Noël Hallé (1757-1833)

Blason de Jean Noël Hallé (1757-1833)

Jean Noël Hallé est né à Paris, le 6 janvier 1754. Noël, son père, est un peintre renommé qui dirige l'Académie de peinture de Rome. C'est dans cette ville, précisément au couvent des Minimes français qu'il fait sa scolarité. C'est au cours des leçons dispensées par son père à l'Ecole des beaux-arts qu'il découvre l'anatomie 1 .

Sur les conseils de son oncle maternel et médecin, Anne-Charles Lorry, dont il hérite plus tard de la bibliothèque, il entame des études de médecine à Paris, en 1776. Il y soutient sa thèse en 1778 2 . Il intègre la Société royale de médecine à peine diplômé, la même année. Cuvier (1827) affirme qu'il l'intègre avant d'avoir obtenu son doctorat. Faut-il y voir l'intervention de son oncle, éminent praticien, un des fondateurs de la dite société, reçu jusque dans les sphères intimes de Louis XV ? 3 Son oncle lui enseigne ses connaissances avec le secret espoir que le jeune homme lui succède 4 . Cette adhésion lui vaut la disgrâce de la Faculté de médecine qui est en compétition avec cette institution. Bien qu'il ait obtenu la régence qui lui aurait permis d'enseigner, celle-ci l'empêche de professer 5 .

C'est dans la méditation, dans la recherche et dans la retraite qu'il franchit la tempête révolutionnaire. Au service des pauvres, il se dévoue sans compter et avec la plus grande bienveillance. En plus de ses soins éclairés, de ses conseils avisés, il n'a jamais hésité à joindre les actes à la parole, puisque ses dons ont été innombrables. Fervent pratiquant, reconnu et doué d'altruisme, il soigne les indigents gratuitement. Il traverse d'ailleurs la période révolutionnaire affublé du sobriquet de Médecin des pauvres. C'est ce qui le sauve.

Profitant de son grand renom, il fait tout ce qu'il peut pour sauver Lavoisier, Malesherbes et d'autres, de l'échafaud au moment de la Terreur, allant jusqu'à leur faire profiter de ses soins dans les prisons où ils sont incarcérés. Il va jusqu'à défendre Lavoisier, lors de son procès, devant la Convention nationale, se mettant ainsi lui-même en péril.

En 1794, devant l'excellence de ses travaux, Fourcroy lui attribue la chaire de physique médicale et d'hygiène de l'Ecole de santé de Paris que celui-ci vient d'établir. Jean Noël y met en place un enseignement d'hygiène médicale. Il est le premier en France. Il donne des leçons aussi à la même époque, à l'Ecole normale qui vient d'être ouverte. Alors qu'il avait refusé le poste, les responsables de l'école passent outre et le lui imposent 6 .

Le 9 décembre 1795, il est élu membre de l'Institut, dès sa création, dans la section médecin et chirurgie. Il le préside en 1813 7 . En 1795 toujours, il est nommé membre de la commission des livres élémentaires pour l'instruction médicale 8 . Cette même année, il parvient à guérir une paralysie faciale à l'aide de l'électrothérapie 9 .

Précurseur dans la transmission du savoir en hygiène médical, défenseur convaincu de la vaccine, il milite activement pour une médecine préventive. Il publie d'ailleurs en 1800, à l'Institut, un Rapport sur la vaccine qui constitue un état des lieux sur sa mise en fonction, suivi d'un second rapport en 1812 qui établit un constat sur son accomplissement sur le sol français 10 . En 1810, il est d'ailleurs appelé en Italie pour l'organiser dans les régions de Lucques et de Toscane 11 .

Il suit Pauline, la soeur de l'Empereur, en Italie, après son mariage en 1802 12 . Petite anecdote concernant Pauline : Pauline Bonaparte, soeur préférée de l'Empereur, aussi princesse Borghèse par son mariage, fait appeler un jour, son dentiste dénommé Borglet afin de se faire arracher une dent. Une fois arrivé, ce dernier accompagne la soeur de Napoléon dans sa chambre où se trouve déjà un homme qu'il prend aussitôt pour son mari. Devant officier, le dentiste éprouve les plus grandes difficultés à faire ouvrir la bouche de la princesse. L'homme dans la pièce s'emporte " en lui disant que ce n'était qu'un instant de douleur pour éviter d'en passer beaucoup d'autres. Elle lui répond que, puisqu'il s'était plaint d'une dent avant-hier, il n'avait qu'à donner l'exemple et qu'alors elle se résignerait ". L'homme, gentleman, s'exécute et, par la suite, a demandé à la jeune femme de tenir son engagement. Enfin décidée, le dentiste peut réaliser l'opération motivant initialement sa venue. Il a été généreusement récompensé par le compagnon. Le soir, en société, la princesse Borghèse est sévèrement vilipendée pour le nombre de ses amants qu'elle multiplie sans se cacher. Présent dans la salle, le dentiste s'insurge et prend la défense de Pauline en affirmant avoir vu les deux époux le matin et la tendresse qu'ils se manifestent l'un pour l'autre. Plus il la défend, plus les moqueries fusent, allant jusqu'à l'hilarité générale. Le compagnon a vite été identifié comme étant un ancien comédien ambulant, alors que le vrai mari était en Italie depuis fort longtemps 13 . Pauline revient vivre en France à partir de 1803.

En 1804, Jean Noël devient le médecin ordinaire de Napoléon et de toute la famille impériale qu'il soigne avec son érudition, sa dignité et son indépendance de caractère. Napoléon le fait d'ailleurs chevalier de la Légion d'honneur à l'instauration de cette décoration 14 . Il apparaît pour la première fois dans l'Almanach impérial de 1805 15 . Grand ami de Corvisart qui l'estime tout particulièrement, il soutient ses préceptes en affirmant : La médecine du symptôme doit toujours être subordonnée à la médecine de la maladie 16 .

En 1805, il prend la suite de Corvisart au Collège de France. C'est d'ailleurs ce même Corvisart, qui y enseigne la médecine pratique, qui l'y désigne dans un premier temps pour l'assister, puis pour lui succéder, étant débordé par sa charge de premier médecin de l'Empereur 17 . Il y rencontre notamment Laënnec qu'il a comme élève. Il dit d'ailleurs de celui-ci, avec une grande clairvoyance : S'il continue à travailler comme il travaille, il deviendra le premier médecin de l'Europe 18 . C'est l'inventeur du stéthoscope qui reprend la chaire au décès de Hallé, en 1822 19 . En 1806, d'après ses leçons au Collège de France, un ouvrage est publié, intitulé Hygiène, ou l'art de conserver la santé 20 .

Les 15 et 19 avril 1807, le médecin ausculte Pauline Bonaparte, suite à une crise de salpingite aigue et son état le laisse perplexe.

A partir de 1809, il édite les Oeuvres complètes de Samuel Tissot, médecin britannique, qu'il connote de façon extrêmement judicieuse et pertinente 21 .

En 1812, il participe à l'élaboration du Dictionnaire des sciences médicales, une longue série d'articles en rapport avec sa discipline de prédilection, l'hygiène médicale. Il démontre l'influence réciproque du physique sur le moral et du moral sur le physique 22 .

En 1818, il contribue à la publication du Codex des médicaments ou pharmacopée française qui paraît à Paris. Durant sa carrière extrêmement prolifique, il s'intéresse notamment à l'étude du cancer du sein et des effets du camphre.

A la Restauration, il est rappelé par le futur Charles X, à son service 23 . Alors gravement malade, Jean Noël le guérit. Louis XVIII le nomme aussitôt son premier médecin et le fait chevalier dans l'Ordre royal de Saint-Michel nouvellement créé. Jusqu'à la fin de sa vie, le roi lui a témoigné la plus grande attention et la plus haute estime 24 . En 1820, il est élu, dès sa création, à l'Académie royale de médecine 25 . Il en préside d'ailleurs la section de médecine dès son ouverture 26 .

Atteint de la maladie de la pierre (calculs rénaux), il décède le 11 février 1822 des suites d'une intervention chirurgicale. Il est enterré au cimetière du Père-Lachaise, dans la 10ème division 27  .

Selon Lemaire (2003), il est indubitablement le meilleur médecin ayant exercé au cours de l'épopée napoléonienne.



Le jugement de Napoléon à Sainte-Hélène se révèle aigre quant à lui. Un jour, aux Tuileries, Napoléon lui manifesta un geste d'une étrange familiarité - il est dit que l'Empereur lui aurait pincé l'oreille ou agité son rasoir sous le nez - qui choqua profondément le médecin, au point que ce dernier décida de ne pas y revenir. L'Empereur lui en a voulu pour cette décision 28 .




Doué d'un instinct médical poussé au paroxysme, la qualité de son examen clinique était recherchée dans toute la capitale. Affable et jovial, ses étudiants le portaient très haut dans leur estime. Son enseignement d'une érudition rare était très prisé, d'autant plus qu'il se dévouait jusqu'à obtenir de son auditoire une parfaite compréhension 29 . Habile dessinateur, à cet effet, il n'hésitait pas à agrémenter ses démonstrations de nombreux croquis qui venaient illustrer son propos 30 . Homme naturellement bon, ses malades l'adoraient. Lorsque tout était perdu, il savait par sa drôlerie faire oublier au patient ses maux. D'une probité exemplaire, d'une générosité que rien n'est jamais venu démentir, il abandonnait ses droits d'auteur pour ses livres à ses proches collaborateurs et n'acceptait aucune rétribution pour ses soins 31 . A la fin de sa vie, il était devenu membre correspondant des Académies de Saint-Pétersbourg, de Vienne et de Madrid 32 .


Remerciements

Cette notice biographique a été rédigée par M. Xavier Riaud, Docteur en Chirurgie Dentaire, Docteur en Epistémologie, Histoire des Sciences et des Techniques, Lauréat et membre associé national de l'Académie nationale de chirurgie dentaire, Chevalier dans l'Ordre National du Mérite, Chevalier dans l'ordre des Palmes Académiques, médaillé d'honneur de la Société napoléonienne internationale, et mise en ligne avec son aimable autorisation.



Références bibliographiques pour cette notice

• Académie nationale de médecine, communication personnelle, Paris, 2010.
Almanachs impériaux, Testu & Cie imprimeurs, Paris, 1805 à 1813.
• CUVIER Georges, Recueil des éloges historiques lus dans les séances publiques de l'Institut royal de France, F. G. Levrault (éd.), tome 3, Paris, 1827.
• DUPONT Michel, Dictionnaire historique des Médecins dans et hors de la Médecine, Larousse (éd.), Paris, 1999.
• GEORGEL Alcide, Armorial de l'Empire français, in https://www.euraldic.com ou Bibliothèque Nationale de France, Paris, 1869.
• https://fr.wikipedia.org, Jean Noël Hallé, 2010, p. 1.
• https://www.appl-lachaise.net, Hallé Jean Noël (1754-1822), 2007, pp. 1-2.
• LAMENDIN Henri, Anecdodontes, Aventis (éd.), Paris, 2002.
• LEMAIRE Jean-François, Napoléon et la médecine, François Bourin (éd.), Paris, 1992.
• LEMAIRE Jean-François, La médecine napoléonienne, Nouveau Monde/Fondation Napoléon (éd.), Paris, 2003.
• QUÉRARD J.-M., La France littéraire ou dictionnaire bibliographique, Librairie Firmin Didot frères, Paris, tome 4, 1830.
• Sans auteur, Catalogue des livres de la bibliothèque de feu M. Jean Noël Hallé, De Bure frères Librairie, Paris, 1823.
• Société des Gens de Lettres et de Savants, Biographie universelle ancienne et moderne, L.-G. Michaud (éd.), tome 66, Paris, 1839.



Notes

01. Sans auteur, 1823 ; LEMAIRE, 1992 & 2003
02. Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839
03. Sans auteur, 1823
04. CUVIER, 1827
05. Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839
06. Sans auteur, 1823
07. https://fr.wikipedia.org, 2010
08. Sans auteur, 1823
09. DUPONT, 1999
10. Sans auteur, 1823
11. CUVIER, 1827
12. DUPONT, 1999
13. LAMENDIN, 2002
14. Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839 ; GEORGEL, 1869
15. Almanachs impériaux, 1805-1813
16. LEMAIRE, 1992 & 2003
17. Sans auteur, 1823 ; CUVIER, 1827
18. LEMAIRE, 1992 & 2003
19. CUVIER, 1827
20. QUéRARD, 1830
21. Sans auteur, 1823
22. Sans auteur, 1823
23. Sans auteur, 1823
24. Sans auteur, 1823
25. DUPONT, 1999
26. Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839
27. https://www.appl-lachaise.net, 2007
28. LEMAIRE, 1992 & 2003
29. LEMAIRE, 1992 & 2003
30. Société des Gens de Lettres et de Savants, 1839
31. CUVIER, 1827
32. Sans auteur, 1823

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