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Napoléon & Empire

César Charles Étienne Gudin de la Sablonnière (1768-1812)

Comte de l’Empire

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Blason de César Charles Étienne Gudin de la Sablonnière (1768-1812)

César Charles Étienne Gudin de la Sablonnière, le plus fréquemment appelé Charles Étienne Gudin, voit le jour à Montargis, dans l’Orléanais [aujourd’hui dans le Loiret] le 13 février 1768, dans une famille noble où la tradition militaire est vivace. Il est le fils de Gabriel Louis Gudin (1732-1819), ancien officier, contrôleur des aides au département (on dirait de nos jours contrôleur des impôts), et de Marie Anne Humery de la Boissière (1736-1827). L’oncle de César, Étienne, deviendra général sous la Révolution.

À onze ans, le jeune Gudin entre à l’école militaire de Brienne , la même année qu’un certain Napoléon Bonaparte, son cadet d’un an. Mais il la quitte dès 1782, pour intégrer la garde du roi comme gendarme surnuméraire. En 1784, le régiment d’Artois-Infanterie l’accueille en tant que sous-lieutenant de remplacement puis comme sous-lieutenant titulaire le 14 juin 1786. Il y sert toujours au moment de la Révolution française et passe lieutenant le 1er janvier 1791. Le 28 janvier de cette année, le nouveau promu part pour Saint-Domingue avec l’expédition chargée d’y réprimer le soulèvement des esclaves.

À son retour, le 5 juillet 1792, Gudin rejoint l’armée du Rhin à Strasbourg. Son oncle, général de division, l’emploie comme aide de camp à partir de mai 1793. La carrière de Gudin le fait ensuite passer par l’armée du Nord puis celle des Ardennes où il est nommé adjudant général chef de bataillon provisoire le 26 décembre 1793. Il retourne un peu plus tard à l’armée du Nord avant de rejoindre celle de Rhin-et-Moselle comme adjudant général chef de brigade le 13 juin 1795. Le 14 juillet 1796, il s’empare de la ville de Wolfach, en Forêt-Noire. Le général Laurent de Gouvion Saint-Cyr le prend ensuite comme chef d’état-major, poste qu’il délaisse provisoirement en novembre pour remplir les mêmes fonctions au sein cette fois de la garnison de Kehl, ville allemande proche de Strasbourg. Après avoir encore émargé à l’armée d’Angleterre puis à celle de Mayence [Mainz] (sous le général François Joseph Lefebvre), Gudin est promu, le 5 février 1799, général de brigade à l’armée d’observation stationnée sous Mannheim.

Il sert dans ce grade sous des supérieurs illustres : Joseph Souham à l’armée du Danube, Jean-de-Dieu Soult puis Claude Jacques Lecourbe à l’armée d’Helvétie. C’est sous les ordres de ce dernier qu’il s’empare du col du Grimsel le 14 août 1799 avant de rejoindre son chef pour le combat de l’Oberalp. À la fin de septembre, quand le Generalfeldmarschall Alexandre Vassilievitch Souvorov (Генерал-фельдмаршал Алекса́ндр Васи́льевич Суво́ров) le chasse d’Airolo et du Saint-Gothard, il franchit les cols de la Furka et du Grimsel, revient par la vallée de la Reuss et reprend le Saint-Gothard et l’Oberalp. En octobre, Lecourbe, muté au commandement de l’armée du Rhin, l’appelle auprès de lui, à nouveau comme chef d’état-major. Gudin participe à la bataille de Philipsbourg puis à celles de Stein, Stokach, Moesskirch, Menningen. Le 23 mai 1800, il dirige pour la première fois une division, remplaçant provisoirement Dominique René Vandamme.

Il sert ensuite en Bavière : au passage du Lech, à Hochstaedt, à Neubourg [Neuburg an der Donau] en juin 1800, puis prend la charge d’une des divisions de l’armée de Lecourbe le 4 juillet. Le 11, à sa tête, il se rend maître de Fuessen. En décembre, il participe au franchissement de l’Inn puis au combat de Salzbourg [Salzburg]. Entretemps, un arrêté consulaire du 22 août 1800 l’a confirmé dans son grade, en date du 6 juillet précédent.

Après la fin de la guerre (paix de Lunéville), Gudin rentre à Paris où le Premier Consul Napoléon Bonaparte le reçoit, le félicite pour sa conduite, mais ne lui confie pas de commandement avant août 1803.

À cette date, Gudin devient le chef de la dixième division militaire, à Toulouse. Cependant, un an plus tard à peine, l’Empereur Napoléon Ier lui attribue un poste plus actif. Le 23 août 1804, Gudin prend la tête de la 3e division d’infanterie au camp de Bruges, sous les ordres du maréchal Louis-Nicolas Davout. Les mois qui suivent sont tout entiers consacrés à un entraînement intensif des troupes à base d’exercices de tir et de manoeuvres ininterrompus.

Le 29 août 1805 naît la Grande Armée. Le 30, les hommes de Davout en deviennent le 3e corps et se mettent en route pour Vienne [Wien]. La division de Gudin compte trois brigades, qui représentent huit bataillons et près de 7 000 soldats. Stationnée à Presbourg [actuelle Bratislava], elle n’arrive sur le site de la bataille d'Austerlitz que le 3 décembre, lendemain de l’affrontement.

Gudin s’en console le 14 octobre 1806 lors de la bataille d'Auerstaedt, où sa division est la première au contact de l’ennemi et le contient à elle seule pendant plus d’une heure et demie, malgré une infériorité numérique accablante et les efforts, qu’on imagine frénétiques, de la cavalerie de Gebhard Leberecht von Blücher. L’arrivée de ses collègues Louis Friant (1re division) puis Charles Antoine Morand (2e division) donne une victoire éclatante au 3e corps. Leur trio, que Napoléon surnomme « le brelan », est considéré comme l’un des plus grands atouts du corps et de l’armée tout entière. Des trois, c’est cependant Gudin qui a joué le rôle principal pendant la bataille d’Auerstaedt. Sa division enregistre d’ailleurs un total de pertes effrayant : plus de 3 500 hommes. Juste récompense, Gudin et ses soldats ouvrent la marche du 3e corps lorsque celui-ci entre dans Berlin à la tête de l’armée française.

La campagne se poursuivant en Pologne, Gudin s’empare de la ville de Custrin [Kostrzyn nad Odrą] le 1er novembre et arrive à Varsovie [Warszawa] le 29. En décembre, il se bat à Pułtusk (à moins que, malade, il n’y ait été remplacé par le général Joseph Daultanne). Le 8 février 1807, lors de la bataille d'Eylau [Preußisch-Eylau, actuel Bagrationovsk], avec ses deux compères Morand et Friant, il joue encore un rôle important dans le succès laborieusement arraché aux Russes.

Ces éminents services lui valent tout naturellement le titre de comte de l’Empire dès juin 1808. Il est également nommé gouverneur du château de Fontainebleau  en 1809, avant de reprendre le chemin de l’Autriche pour la campagne de 1809.

Au cours de cette campagne, Gudin joue un rôle dans tous les engagements importants ou presque : le 20 avril 1809 à Abensberg, où il se trouve provisoirement sous les ordres du maréchal Jean Lannes ; le 22 avril à Eckmühl, où « le brelan » fait encore merveille au point que son chef portera bientôt le nom de cette bataille ; le lendemain à la prise de Ratisbonne [Regensburg]. Alors que les 21 et 22 mai il ne peut participer à la bataille d’Essling ‒ la rupture du pont sur le Danube le condamnant à n’être que spectateur, comme tout le 3e corps, bloqué sur la rive droite pendant que les combats font rage sur la rive gauche ‒ il récolte le 6 juillet suivant, au second jour de la bataille de Wagram, pas moins de quatre blessures. Son comportement tout au long de cette campagne lui vaut d’être promu peu après grand aigle de la Légion d’honneur. Une fois le traité de paix de Schoenbrunn signé, il est cantonné en Westphalie, puis à Magdebourg [Magdeburg].

Durant la campagne de Russie de 1812, le corps d’armée de Davout a changé de numéro — il est devenu le 1er corps — mais Gudin, lui, reste le commandant de sa 3e division, sauf lors des premières semaines où les divisions Morand, Friant et Gudin sont placées sous les ordres directs de l’Empereur. Après avoir contribué efficacement à la prise de Smolensk [Смоленск]  les 17 et 18 août, Gudin va être mortellement blessé le 19 lors de la bataille de Valoutina-Gora [Валутиной горы] . Envoyé en renfort auprès d’un Michel Ney à la peine, il lui conseille d’attendre, avant d’attaquer, la fin du mouvement que Jean-Andoche Junot a entrepris de son côté. Mal accueillie par le bouillant maréchal Ney, cette réflexion entraîne un vif échange entre les deux hommes, conclu de la part de Gudin par cette réplique : vous allez voir comment ma division sait enlever une position qu’elle a mission d’attaquer. Alors qu’il est sur le point de réussir à déloger l’ennemi, un boulet lui arrache la cuisse gauche et le mollet droit. Transporté à Smolensk, Gudin y meurt des suites de ses blessures trois jours plus tard (seulement deux, selon certaines sources), après avoir reçu la visite de Napoléon.

On l’enterre dans un des bastions de la citadelle. L’Empereur le cite avec éloges dans le 14e Bulletin de la Grande Armée et, hommage rare, écrit une lettre de condoléances à sa veuve, Marie Jeannette Caroline Christine Creutzer, dans laquelle il promet de s’occuper de ses cinq orphelins. Le maréchal Davout, peu suspect de sentimentalisme, pleure à l’annonce du décès de son subordonné et ami.

Gudin était un général offensif, souvent placé à l’avant-garde du corps de Davout. Mais il se montrait également attentif à la vie de ses hommes, qu’il savait ménager. Strict sur la discipline, tout comme son chef, il exigeait de ses troupes une connaissance approfondie du règlement et une exécution parfaite des exercices. Cette rigueur s’alliait à une grande considération pour ses soldats et qui l’aidait à en tirer le meilleur.

Son corps a été retrouvé lors de fouilles pratiquées à Smolensk en 2019. Une comparaison entre l’ADN d’un descendant de Gudin et celui tiré d’un squelette présentant des blessures analogues à celles décrites pour le général a permis de l’identifier avec certitude. Ses cendres devraient rejoindre le sol français en 2021. Son coeur, lui, reposait déjà dans une chapelle au cimetière du Père-Lachaise (40e division) à Paris.

Le nom du général Gudin est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile , côté est.

Une plaque est apposée sur sa maison natale, 7 rue du Général Gudin à Montargis.

Son frère Pierre César Gudin des Bardelières, fut également général d’Empire.

Portrait en médaillon

"Le général Charles Étienne Gudin de la Sablonnière" par Georges Rouget (Paris 1783 - Paris 1869).
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