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Napoléon & Empire

Giuseppe Joseph Bavastro (1760-1833)

Chevalier de l'Empire

Giuseppe Joseph Bavastro (1760-1833)
Blason de Giuseppe Joseph Bavastro (1760-1833)

Giuseppe Joseph Bavastro naît à San Pier d'Arena [Sampierdarena], dans la province de Gênes [Genova] le 10 mai 1760, d'une famille liée à la mer depuis plusieurs générations. Son père Michele Bavastro (Sampierdarena, Gênes 1729-Nice 1787) est un ingénieur hydrographe installé à Nice où il travaille sur la modernisation du port. Sa mère Maria Parodi (Sampierdarena, Gênes 1729-Nice 1804) est la fille du riche armateur génois Nicola Parodi, et son oncle Giovanni-Battista Parodi est lui-même capitaine de navire. C'est sur l'un de ses bateaux que le jeune Giuseppe commence à naviguer, avant de poursuivre sa formation comme mousse des bateaux de l'unité des dragons de Sardaigne.

Le clan de Michele Bavastro et de son frère Domenico s'établit définitivement à Nice , quartier du port, en 1768, alors que Giuseppe Joseph, fils cadet des cinq enfants (Gian Battista 1753- 1785, Martino 1755-1801, Madalena 1765-1822, Giuseppina 1766-1804) n'a que huit ans. Il passe ainsi une jeunesse marquée par la culture nissarde dans laquelle se fond sa famille, à l'instar d'une autre famille génoise de Nice qu'ils fréquentent, les Garibaldi, dont descendra Giuseppe Joseph Garibaldi (Nice 1807-Caprera 1882), figure de la création du royaume unifié d'Italie en 1861.

Bavastro quitte très tôt l'école pour se consacrer à sa seule passion : la mer. Autodidacte, ne sachant ni lire ni écrire, il passe sa vingtaine dans l'univers du port de Nice où il assure pour différents armateurs, en qualité de marin indépendant, des convoyages maritimes commerciaux en Méditerranée entre Nice et Gênes. Il tente ensuite de devenir lui-même armateur en débutant son activité avec une petite goélette que l'aide à payer son père juste avant sa mort.

Il se marie à vingt-deux ans, en 1782, avec Anna Maria Faissola (Nice 1760-Nice 1810), cousine de l'Abbé Onorato Honore Faissola (Nice 1765-Nice 1835) vicaire de l'église Saint-Jacques-le-Majeur de Nice, issue de la vieille maison nobiliaire niçoise Faissola par son père et de la famille piémontaise Bessone par sa mère. Ils auront six enfants ensemble dont quatre survivront à la petite enfance (Maria Teresa en 1783 décédée l'année suivante, Maria Geromina en 1784, Anna Maria en 1785 décédée la même année, Carlo Rocco en 1786, Michele en 1788, et Teresa qui naîtra à Gênes en 1789).

De 1789 à 1792, Bavastro subit l'échec financier de sa première compagnie d'armateur. Echec pour cause de crise monétaire et de pénurie de marchandises à transporter, conséquences de la Révolution française, des bouleversements des flux commerciaux et de l'inflation qu'elle provoque. Il est poursuivi en justice par ses créanciers après sa faillite et décide de se replier sur Gênes.

C'est bien la Révolution française qui, indirectement, précipite l'aventure de Bavastro. Lors de l'invasion des troupes révolutionnaires françaises en 1792 dans le comté de Nice, alors rattaché au Royaume de Sardaigne, le marin, exilé à Gênes, est porté sur la liste des émigrés réfractaires à la révolution. En 1793, il assure même par mer une liaison clandestine entre Marseille, Antibes, Nice et Gênes pour permettre à d'autres réfractaires de pouvoir émigrer. C'est l'un de ses amis d'enfance, le militaire niçois André Masséna, plus tard Maréchal d'Empire et dont le grand-père était ami avec Michele Bavastro, qui, avec d'autres amis de la famille, facilite son retour et l'entraîne dans le tourbillon de cette révolution.

Bavastro adhère à certains idéaux progressistes portés par la révolution et incarnés par Masséna ; les deux hommes sont d'ailleurs proches de la loge maçonnique « des vrais amis réunis ». Bavastro refuse néanmoins de participer à toute opération militaire de l'armée française contre les barbets, les résistants de l'arrière pays niçois ; pas plus qu'il ne voudra apparaître dans un engagement de type politique ou idéologique.

De 1794 à 1796, il redevient marin et oeuvre pour le ravitaillement depuis Gênes des ports de Nice, sous la menace des frégates anglaises qui tentent de le bloquer, et de Toulon. Masséna s'illustre lors de la première campagne d'Italie du jeune général Napoléon Bonaparte en 1797 dont il devient l'un des fidèles. Bavastro ne voulant intégrer aucun corps d'armée afin de rester libre et indépendant, Masséna lui propose de devenir « corsaire de la République » en utilisant sa parfaite connaissance de la Méditerranée pour harceler les navires anglais et barbaresques afin d'enrayer leur domination stratégique sur cette zone maritime.

En 1798, Bavastro le corsaire participe en Méditerranée au ravitaillement des troupes du général Bonaparte alors lancé dans sa campagne d'Egypte. En avril 1800, Bavastro s'illustre encore, cette fois, lors du siège de Gênes dont le port est mis en état de blocus par les navires anglais et où son ami Masséna est retranché. Suivront la bataille de Marengo à la suite de laquelle Masséna est démis de son commandement suite à des affaires de pillages. La trajectoire des deux hommes se sépare. Masséna remonte vers Paris et s'oriente vers un rôle plus politique tandis que Bavastro, au contraire, s'affranchit de toutes contingences militaires ou politiques pour mener son parcours sans avoir de comptes à rendre à quiconque, se rangeant sous l'étoile bonapartiste et ne répondant qu'à son goût pour l'aventure et sa loyauté pour l'Empereur.

De 1800 à 1810, pendant la première décennie du dix-neuvième siècle, Bavastro parcourt inlassablement la Méditerranée à bord de sa petite frégate « l'Intrépide » armée de seulement quatre canons pour livrer combats aux navires anglais qui profitent de la domination technique de la marine britannique pour couper le ravitaillement des ports français, italiens et espagnols.

Le 12 août 1803, celui que l'on surnomme déjà « le Lion de Gibraltar » va définitivement entrer dans la légende des combats maritimes. Sa frégate rencontre deux puissants navires anglais, « l'Astrée » et le « Mary Stevens ». Alors qu'il est pris en étau et canonné par les deux bâtiments, Bavastro et ses hommes prennent d'assaut, aux grappins, le premier. A coups de fusils et même de haches, le combat au corps à corps est furieux et Bavastro parvient à prendre le contrôle de « l'Astrée ». Résistant à la canonnade du second navire, il en prend également le contrôle par assaut. « L'Intrépide » et ses deux prises de guerre rejoignent victorieusement le port de Tarifa. La nouvelle se répand sur tout le bassin méditerranéen et Bavastro devient l'objet, de son vivant, d'un véritable culte populaire, par des ex-voto placés dans les églises niçoises et génoises ou par des messes et prières à la Madone.

En 1804, Bavastro fait armer la corvette « Joséphine » (renommée en hommage à l'Impératrice Joséphine de Beauharnais) équipée de dix-huit canons avec laquelle, lors de batailles navales incessantes, le corsaire fera comme prises de guerre différents navires tels le « Saint-Constantin », « l'Envie », le « Katherine », le « Mercuri » ou encore le « Sayda » s'emparant également de leurs cargaisons de marchandises.

Le butin atteint des sommes faramineuses pour l'époque et sa réputation ne cesse de grandir. Alors que ses exploits maritimes se multiplient, ce sont d'autres ennemis qui auront, provisoirement, raison de lui : la politique et l'administration. Masséna est éloigné des cercles du pouvoir par Napoléon après son échec dans la guerre du Portugal en 1810 et ne peut ainsi plus venir en soutien à son ami d'enfance. Le trésor public français lui demande des comptes sur la réversion de parts de ses butins de mer au titre de l'impôt, tandis que son associé armateur, le sieur Pollin, le poursuit devant le tribunal de Marseille pour n'avoir pas réglé les frais d'armement de certains navires que Bavastro a utilisés en marge de ses activités de corsaire à des fins de commerce de marchandises.

Doublement condamné par la justice, Bavastro, déjà âgé de cinquante ans, perd la même année son épouse et mère de ses quatre enfants. Il décide de se retirer quelque temps dans sa maison du port de Nice. Dépossédé du trésor de guerre amassé durant toutes ces années, il survit en effectuant de modestes commerces et de la contrebande entre le comté de Nice annexé et le port de Gênes.

En 1814 Bavastro met au point un plan d'évasion de Napoléon exilé sur l'île d'Elbe. Ce plan ne peut être exécuté, le corsaire ne trouvant aucun soutien prêt à tenter l'impossible opération.

La chute de l'empire napoléonien après Waterloo en 1815, entraînant la seconde restauration de la royauté française, scelle sa disgrâce. La nouvelle alliance entre les Rois de France et d'Angleterre le place dans une position intenable compte tenu de ses faits d'armes au service de l'Empire. Après avoir combattu pour la France, il est répudié et condamné par elle à l'oubli et à la pauvreté.

Bavastro quitte Nice pour s'exiler à Gênes où il dispose encore de quelques soutiens. Il part ensuite en Amérique du sud et rejoint, en 1818, les forces qui oeuvrent pour l'indépendance de l'Amérique latine menées par Simon Bolivar. Après plusieurs campagnes, il décide de s'établir en tant qu'armateur à la Nouvelle-Orléans, en Amérique du Nord, sur la rive du Mississippi. Marin prodige mais peu doué pour les affaires, il gagne néanmoins rapidement de l'argent, prospère, mais finit par tout reperdre.

De nouveau ruiné, il revient à Nice où une proposition inattendue le tire de sa retraite et relance le dernier chapitre de ses aventures. A Paris, le règne du Roi Charles X se termine sèchement en juillet 1830 à l'occasion de la révolution des Trois Glorieuses. Son successeur, le Roi Louis-Philippe, impulse un changement politique profond, tant pour les affaires intérieures que pour la diplomatie internationale de la France. Le nouveau régime en place à Paris lui fait parvenir une offre : devenir capitaine du port d'Alger tout juste pris militairement quelques mois plus tôt. Bavastro apparaît, malgré ses soixante-dix ans, comme l'homme de la situation pour sa connaissance de ce port d'Alger et de sa population qu'il a si souvent fréquentés lorsque les côtes d'Afrique du nord lui servaient de bases de mouillage durant ses campagnes corsaires. Il occupe la fonction de 1830 à 1832 avant d'être promu Cadi (Maire) d'Alger la Blanche avec pour mission d'apaiser les tensions et de rétablir la paix entre Français et Algérois. Ce rôle diplomatique permet de reprendre le dialogue entre les belligérants.

Malade, le vieux corsaire n'a pas le temps d'accomplir cette ultime mission et meurt à Alger le 10 mars 1833 à l'âge de 72 ans. Ses dernières paroles sur son lit de mort, après dix jours d'agonie, sont : « Ouvrez les fenêtres, je veux voir la mer ».

Son corps est rapatrié à Nice, sa ville de coeur, où il est enterré au cimetière du château .

Joseph Bavastro est resté dans la légende de la mer comme le marin corsaire de Napoléon Bonaparte pour la Méditerranée et l'un des navigateurs les plus célèbres du dix-neuvième siècle.


Une rue de la ville de Nice porte son nom dans son quartier fétiche, derrière l'église Notre-Dame-du-Port. Il en est de même d'une rue de la ville de Gênes.

Remerciements

Cette notice biographique a été rédigée par M. Stefano Franco-Bora (2014), et mise en ligne avec son aimable autorisation.


Références bibliographiques pour cette notice

• https://it.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Bavastro, Giuseppe Bavastro, Wikipedia.
• http://www.treccani.it/enciclopedia/giuseppe-bavastro_(Dizionario-Biografico)/, Giuseppe Bavastro, Enciclopedia Italiana.
• http://www.storico.org/Il%20Risorgimento%20italiano/capitan_bavastro.htm, Giuseppe Bavastro, Storico Italia.
• http://garibaldinice.free.fr/le-heros-des-deux-mondes-dans-le-sillage-du-corsaire.html, Bavastro & Garibaldi, E.Castelli.
• CIARLET Robert., Joseph Bavastro, corsaire niçois et chevalier d'empire, Editions du Cabri, 1996.
• JAEGGER Gérard, Grandeur et misère du corsaire Joseph Bavastro, Editions Sociétés des auteurs, 1999.
• PERRI Francesco, Capitan Bavastro, Editions Garzanti, 1944.d

Portrait en médaillon

"Giuseppe Joseph Bavastro". Gravure du XIXème siècle.
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