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Napoléon & Empire

Marguerite Pauline Fourès (1778-1869)

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Marguerite Pauline Bellisle naît à Pamiers, dans le gouvernement de Foix, le 15 mars 1778. Elle est la fille de Marguerite Pauline Barandon et de Henri Jacques Clément Bellisle, horloger. Pauline, apprentie modiste à Carcassonne, y rencontre son futur époux, Jean-Noël Fourès, frère ou neveu de sa patronne et sous-lieutenant au 22e régiment de chasseurs à cheval. Les deux jeunes gens s’unissent le 27 janvier 1798 (8 pluviôse an VI), malgré l’opposition des parents du marié.

Lorsque son compagnon embarque pour l’Égypte, en mai 1798, la « Bellilote » (c’est le surnom de la jeune femme à Carcassonne) n’hésite pas à se travestir en chasseur à cheval pour se glisser à sa suite sur le navire qui l’y transporte, la Lucette. Une fois sur place, Pauline quitte l’habit militaire pour reprendre des vêtements conformes à son sexe. La beauté de la jeune femme lui vaut alors l’admiration des officiers du corps expéditionnaire, quelque peu frustrés par les moeurs et les habitudes vestimentaires de la gent féminine locale. Napoléon Bonaparte lui-même est séduit.

Il croise pour la première fois la jeune femme le 30 novembre ou le 1er décembre 1798 au Tivoli Égyptien. Ses efforts pour la conquérir semblent d’abord vains. Pauline est d’ailleurs connue pour former avec son époux un couple modèle et avoir résisté aux avances du chef de brigade du 22e chasseurs, le brillant Antoine Charles Lasalle. Le 17 décembre, le lieutenant Fourès (il a été promu le 18 octobre, donc pour des motifs parfaitement honorables) est fort opportunément chargé de porter des dépêches à Paris. Quelles que soient les raisons alléguées — risques ou urgence attachés à la mission —, il lui est formellement interdit de se faire accompagner de sa femme. Peu après, à l’occasion d’un dîner, Pauline devient la maîtresse du général Bonaparte. Ce dernier l’installe bientôt dans une maison de la place d’Ezbékieh, proche du palais d’Elfi Bey où il habite lui-même. Les deux amants semblent très épris et s’affichent sans complexe. Il est possible que Napoléon envisage alors de répudier Joséphine, dont il vient d’apprendre les infidélités par Andoche Junot, pour la remplacer par Pauline. La survenue d’un enfant le déciderait peut-être mais, malgré tous leurs efforts, les amants ne parviennent pas à procréer. Les premiers doutes quant à sa capacité à engendrer s’insinuent en Napoléon, d’autant que sa partenaire proclame de son côté : Ma foi, ce n’est pas ma faute.

C’est alors que le lieutenant Fourès reparaît inopinément. Les Anglais, en effet, après avoir intercepté le navire de Jean-Noël et connaissant probablement mieux que lui l’état de ses affaires matrimoniales, ont eu la malice de réexpédier celui-ci en Égypte, une fois constatée l’insignifiance des dépêches qu’il achemine. De retour au Caire le 8 janvier 1799, Fourès a été informé par ses collègues du comportement de son épouse. Jaloux et colérique, il se précipite aussitôt chez elle et, fou de rage, se laisse aller à la frapper avant d’être jeté à la rue par les domestiques. Quelques jours plus tard, Pauline réclame la dissolution du mariage. Elle lui est naturellement accordée, en quelques heures, par Antoine Léger Sartelon, le commissaire ordonnateur du Caire. Pauline prend quasi officiellement rang de maîtresse de Bonaparte. Eugène de Beauharnais s’en montre chagriné mais il est bien seul. L’armée tout entière approuve le choix de son chef car la jeune femme, outre sa beauté, a su faire preuve de courage en diverses circonstances critiques : abordage de sa flottille par l’ennemi au cours de la remontée du Nil depuis Alexandrie, révolte du Caire le 21 octobre 1798. Pauline, qui se montre souvent dans des uniformes magnifiques, est surnommée « La Générale » ou « Clioupatre » par son amant et ses soldats. Les Égyptiens, eux, l’appellent « la dame du Grand Sultan ».

En février 1799, lorsque Bonaparte prend le chemin de la Syrie, Pauline n’est pas du voyage. Elle l’attend au Caire où Napoléon renoue aussitôt ses relations avec elles après le retour de l’expédition. Il l’abandonne pourtant assez peu glorieusement en août, lui laissant croire qu’il ne s’absente que pour une inspection dans le delta du Nil alors qu’il reprend le chemin de la France.

Le général Jean-Baptiste Kléber succède à Bonaparte dans les bonnes grâces de la jeune femme tout comme au commandement de l’armée. Mais cette idylle ne dure pas et Pauline quitte Le Caire le 15 octobre avant d’embarquer le 25 pour la France, sur le même bateau qu’Andoche Junot, l’America.

Elle arrive à Marseille huit jours plus tard mais doit subir la quarantaine imposée à tout voyageur ordinaire rentrant d’Égypte, où sévit la peste. À sa sortie du lazaret, elle se précipite à Paris mais Napoléon, devenu entre-temps Premier Consul, refuse de la recevoir pour éviter tout risque de scandale. Il lui offre cependant un hôtel particulier et nombre de cadeaux sonnants et trébuchants. Les deux anciens amants ne se reverront qu’une seule fois, lors d’un bal, en 1811 ; le lendemain, l’Empereur lui fera parvenir de l’argent mais pas le moindre mot.

Le reste de la vie de Pauline n’est guère moins romanesque. En 1800 ou 1801, Jean-Paul Fourès réapparaît une nouvelle fois et conteste le divorce prononcé en Égypte. Pour mettre fin à ces chicanes, la Bellilote épouse en secondes noces, le 11 octobre 1801, sur les conseils de Géraud-Christophe Duroc mandaté par Napoléon, le chevalier (ou comte) Pierre Henri de Ranchoux, ex-émigré et officier d’infanterie à la retraite. Celui-ci, en guise de cadeau de mariage, reçoit du chef de l’État le poste de vice-consul à Santander. Il deviendra plus tard, en 1810, consul de France à Gothembourg [Göteborg], en Suède. Sa femme ne le suit pas dans cette contrée nordique, préférant la vie parisienne. Elle collectionne alors les conquêtes masculines, dont de nombreux Russes fortunés, ce qui lui vaut d’être surveillée par la police de Joseph Fouché et même exilée un temps à Blois, pendant la Campagne de Russie. Au retour de son mari, elle refuse de reprendre la vie commune. Il riposte en la faisant reléguer à Craponne (Haute-Loire) et en demandant le divorce. Pauline, privée de revenus et n'ayant pas pris soin d’économiser durant sa période parisienne, est ruinée. Pour vivre, elle écrit un roman : Lord Wentworth, qui obtient un certain succès.

Mais son charme opère toujours. Elle se remarie au printemps 1816 avec un ex-capitaine de la Garde : Jean Baptiste Bellard. Le couple s’installe au Brésil, à Rio de Janeiro. Il y fait fortune dans le commerce du bois exotique. En 1837, Pauline s’établit de nouveau en France, à Paris. L’année suivante, elle se sépare de son troisième mari et mène désormais une existence paisible, quoique considérée comme excentrique par ses voisins. Elle partage son appartement avec de nombreux animaux, singes et oiseaux, qui y vivent en liberté, emmène son chien à l’Église et fume à sa fenêtre. Pour s’occuper, elle peint (il reste d’elle un autoportrait), collectionne les tableaux (qu’elle lèguera à la ville de Blois) et continue d’écrire romans et nouvelles.

Elle s’éteint le 18 mars 1869, à l’âge respectable de quatre-vingt-onze ans, après avoir brûlé les lettres du général Bonaparte pour lequel elle n'éprouve plus depuis longtemps qu'indifférence, après être passée par une période de violente hostilité. Elle meurt sans descendance, ses trois mariages étant restés stériles.

Pauline Fourès, dite la Bellilote, est inhumée à Paris, cimetière du Père-Lachaise, 26e division .

Portrait en médaillon

"Pauline Fourès", tableau du XIXème siècle.
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