N & E
Napoléon & Empire

Manuel Godoy y Alvarez de Faria (1767-1851)

Prince de la Paix et de Basano, duc de Alcúdia et de Sueca

Blason de Manuel Godoy y Alvarez de Faria (1767-1851)

Manuel de Godoy y Álvarez de Faria voit le jour le 12 mai 1767 à Badajoz (Extrémadure) dans une famille pauvre. Suivant l'exmple de son frère aîné, il s'engage à dix-sept ans dans la garde royale et est affecté dans les Gardes du corps à Madrid.

Ses bonnes manières, la qualité de son éducation, sa prestance et sa tenue le font rapidement remarquer du prince des Asturies (futur roi Charles IV), dont il s'attire l'affection et l'amitié, et de son épouse Marie-Louise de Parme, dont il devient l'amant.

De ce fait, l'accession au trône de Charles IV, en décembre 1788, vaut à Godoy une série impressionnante de promotions et d'honneurs : cadet surnuméraire au palais royal, colonel de cavalerie en mai 1789, chevalier puis commandeur de l'ordre de Santiago en novembre 1789 et août 1790, aide de camp en février 1791, gentilhomme de la cour le mois suivant, lieutenant général et chevalier Grand-croix de l'ordre de Charles III en juillet 1791.

En novembre 1792, Charles IV nomme Godoy – âgé de seulement vingt-cinq ans – Premier ministre, en remplacement du comte d'Aranda. Il le crée également duc d'Alcudia avec la grandesse d'Espagne, le décore de la Toison d'Or et, au printemps 1793, le nomme commandant en chef.

Godoy doit gouverner dans des conditions particulièrement difficiles pour le royaume. Il tente sans succès de sauver Louis XVI, puis entre en conflit avec la France, la Convention ayant déclaré la guerre à l'Espagne en mars 1793. A quelques victoires initiales succèdent toutefois de nets revers, qui l'amènent à signer le traité de Bâle le 22 juillet 1795, ce qui lui vaut le titre de Prince de la Paix (Príncipe de la Paz) et la grandesse d'Espagne de première classe.

La vie privée de Godoy voit coexister une relation au long cours avec sa maîtresse Josefa Pepita » Tudó (la "Maja" de Francisco Goya), une assiduité non moins pérenne auprès de la reine Marie Louise de Parme, ainsi qu'un mariage (à l'initiative de la reine) en octobre 1797 avec la princesse María Teresa de Bourbon, fille du comte de Chinchon et cousine germaine de Charles IV.

De ce mariage naît une fille unique, Luisa Carlota Manuela de Godoy, tandis que Pepita Tudó lui donne deux fils : Manuel de Godoy di Bassano y Tudó (1805-1871) et Luis de Godoy (1807-1818). La reine Marie-Louise, de son côté, a mis au monde en 1794 l'infant François-de-Paule d'Espagne (cadet du prince des Asturies Ferdinand), dont la ressemblance avec Manuel Godoy est troublante...

Sur le plan intérieur, Godoy tente de relever le niveau économique de l'Espagne et à réduire l'influence du clergé, ce qui lui vaut de nombreuses inimitiés. En matière de relations extérieures, il gouverne en allié fidèle de la France et renforce les liens franco-espagnols par le traité de San Ildefonso le 19 août 1796 (à ne pas confondre avec celui du 1er octobre 1800). Toutefois, affaibli après la défaite navale du cap Saint-Vincent du 14 février 1797, et devant subir d'incessantes intrigues (attisées par le Directoire), il doit démissionner le 28 mars 1798.

Bien vu du Premier consul Napoléon Bonaparte, Godoy est à nouveau nommé Premier ministre en 1801 et poursuit sa politique d'alliance avec la France en commandant en chef l'armée espagnole qui envahit le Portugal, allié traditionnel de l'Angleterre : c'est la « Guerre des Oranges » du 16 mai au 6 juin 1801, qui amène à la capitulation du Portugal.

Toutefois les intérêts de l'Espagne ne sont pas pris en compte lors du traité de paix d'Amiens en 1802, et l'opposition interne au roi Charles IV (soutenue par son fils Ferdinand, prince des Asturies) grandit.

Alors que Godoy profite de la paix pour continuer à réformer son pays du point de vue administratif et économique, l'attaque de quatre frégates espagnoles par les Anglais près de Cadix le 1er octobre 1804 l'oblige à déclarer la guerre à l'Angleterre. Enfin, le 21 octobre 1805, un revers militaire majeur s'ajoute à ces difficultés : la flotte espagnole alliée à la flotte française est anéantie par la marine anglaise ; c'est Trafalgar...

Malgré tout, les bonnes relations de Godoy avec Napoléon ne faiblissent pas et aboutissent au traité de Fontainebleau du 27 octobre 1807 qui organise le démembrement du Portugal au profit de l'Espagne, de la France... et de Godoy lui-même (le sud du Portugal, devenant la principauté des Algarves, lui est promis).

Mais les difficultés intérieures s'accentuent ; en mars 1808, le peuple madrilène renverse Charles IV au profit de son fils Ferdinand et réclame la tête de Godoy. Napoléon Ier le fait soustraire à la vindicte populaire par Joachim Murat, qui le conduit en France.

Godoy représente Charles IV à l'entrevue de Bayonne qui s'ensuit, lors de laquelle le monarque renonce à son trône, de même que son fils Ferdinand, qui doit se contenter de celui de Ligurie. Le roi d'Espagne s'appelle désormais Joseph Bonaparte, et le peuple espagnol, qui se soulève en masse, met fin à l'alliance franco-espagnole.

La carrière politique de Manuel Godoy est désormais terminée, alors qu'il n'a que quarante-et-un ans. Il partage son exil en France avec Charles IV et Marie-Louise de Bourbon-Parme, sa fille Luisa Carlota Manuela, sa maîtresse Pepita Tudó et leur fils Manuel, successivement à Fontainebleau, à Compiègne, à Aix-en-Provence, puis à Marseille de 1808 à 1812. En juillet 1812 le petit groupe s'installe à Rome, au palais Barberini.

La restauration de Ferdinand VII sur le trône d'Espagne en avril 1814 interdit à Godoy toute idée de retour en Espagne ; pire : le pape Pie VII exile Godoy et Pepita Tudó à Pesaro. De son côté l'empereur François Ier d'Autriche, sollicité, refuse sa demande d'asile à Vienne.

Le couple vit plusieurs années poursuivi par le malheur : Manuel peut rentrer à Rome, mais pas Pepita, rejetée également à Gênes et à Livourne, trouvant refuge à Pise. Ils perdent Luis, leur fils cadet, en 1818. Manuel lui-même est près de succomber à un accès palustre. Enfin, le décès à trois semaines d'intervalle de Marie-Louise de Bourbon-Parme et de Charles IV en janvier 1819 prive Godoy de ses seuls soutiens.

En 1828, l'épouse légitime de Godoy, María Teresa de Bourbon, meurt à Paris, ce qui permet à Manuel d'épouser Pepita en février 1829. Le couple s'installe à Paris en 1832, vivant chichement grâce à une pension de cinq mille francs octroyée par le roi des Français Louis-Philippe Ier.

Le décès de Ferdinand VII en 1833 permet à Godoy de publier ses mémoires, et à son épouse de rentrer en Espagne. En 1847, le gouvernement espagnol rend une partie de ses biens à Godoy et restaure ses titres.

Manuel Godoy s'éteint à Paris le 4 octobre 1851. Inhumé dans l'église Saint-Roch, son corps est transféré l'année suivante au cimetière du Père-Lachaise (45ème division) , grâce à la générosité d'un de ses banquiers.

Napoléon tenait Godoy en haute estime, le qualifiant d'homme de génie.

Portrait en médaillon

"Manuel Godoy y Alvarez de Faria, Prince de la Paix et de Basano, duc d'Alcúdia et de Sueca" par Francisco José de Goya y Lucientes (Fuendetodos 1746 - Bordeaux 1828).

Autres portraits

Manuel Godoy y Alvarez de Faria (1767-1851)
Agrandir
"Manuel Godoy y Alvarez de Faria, Prince de la Paix" par Agustin Esteve y Marqués (Valencia 1753 - Madrid 1820 ou 1830).
Manuel Godoy y Alvarez de Faria (1767-1851)
Agrandir
"Don Manuel Godoy y Alvarez de Faria, Principe de la Paz" par José de Madrazo y Agudo (Santander 1781 - Madrid 1858).
Vous êtes ici : Accueil > Personnages > Biographies >