Napoleon & Empire

Bataille de Lodi

Date et lieu

  • 10 mai 1796 au pont de Lodi, sur la rivière Adda, au sud-est de Milan (Lombardie, Italie).

Forces en présence

  • Armée française (17 500 hommes) sous le commandement du général Napoléon Bonaparte. 
  • Arrière-garde de l'armée autrichienne (9 500 hommes) commandée par le général Karl Philipp Sebottendorf. 

Pertes

  • Armée française : autour de 1 000 tués ou blessés. 
  • Armée autrichienne : de 315 (selon les sources autrichiennes) à 1 100 (selon les sources françaises) morts ou blessés. 
Bataille de Lodi (detail)
"Passage du pont de Lodi par l'armée française" (détail). Peint en 1797 par Louis-Albert-Ghislain Bacler d'Albe.
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Situation générale

Napoléon Bonaparte, après avoir franchi le Pô à Plaisance [Piacenza], remonte la rive droite de l'Adda, un de ses affluents du nord, à la recherche de la faille dans le dispositif adverse qui lui permettra de franchir ce nouveau cours d'eau et de poursuivre l'ennemi. Le général en chef autrichien Johann Pierre de Beaulieu-Marconnay, surpris par un passage qui s'est fait 80 kilomètres en aval de ses prévisions, vient en effet d'évacuer Milan pour faire retraite sur Crémone.

Après avoir renoncé à franchir l'Adda à Pizzighettone , trop bien défendue, puis un premier affrontement avec l'arrière-garde autrichienne aux environs de Zorlesco , Bonaparte et Louis-Alexandre Berthier découvrent à Lodi , à 31 kilomètres au sud-est de Milan, le point faible qu'ils cherchent. Un pont , intact, y relie la ville à la rive gauche de l'Adda.

L'ouvrage, de douze mètres de large sur près de deux-cents de long (cent toises), vient de servir à faire traverser la rivière aux derniers détachements autrichiens se trouvant encore sur la rive droite de l'Adda. Il est défendu par l'arrière-garde autrichienne, commandée par le général Karl Philipp Sebottendorf et si ce dernier n'a pas encore donné l'ordre de le détruire, c'est que les Autrichiens sont loin de s'attendre si vite à une attaque sérieuse des Français. Mais Bonaparte, bien au contraire, croyant Beaulieu présent avec toutes ses forces derrière Lodi, veut passer à tout prix pour l'empêcher de s'enfuir.


Les combats

Dés son arrivée devant le pont, accompagné seulement de la cavalerie du général Marc Antoine Bonnin de la Bonninière de Beaumont et d'une avant-garde de grenadiers commandée par le général Claude Dallemagne (les divisions d'André Masséna et de Charles Augereau sont en marche mais n'ont pas encore rejoint), Bonaparte fait installer son artillerie sur les hauteurs qui bordent la rive droite de la rivière et canonne pendant plusieurs heures les Autrichiens pour leur interdire de s'approcher de l'ouvrage et de le faire sauter.

Sebottendorf recule ses troupes hors de portée des tirs français et les organise en deux lignes. La première comprend trois bataillons, renforcés de vingt canons qui prennent le tablier en enfilade ; la seconde, formée de cinq autres bataillons, se tient plus en arrière, appuyée par la cavalerie. Au total, le général Sebottendorf dispose de 9 500 hommes. Les forces françaises sont alors près de moitié moins importantes.

Prévoyant la difficulté du passage, Bonaparte, après avoir examiné la position ennemie du haut du campanile de Santa Chiara, envoie sa cavalerie et l'artillerie légère chercher un gué vers le nord , du côté de Montanasso. Il espère les voir déboucher quelques heures plus tard sur le côté droit du dispositif autrichien. Il lancera alors son infanterie à l'assaut du pont.

La rivière Adda en amont du pont de Lodi
La rivière Adda en amont de l'actuel pont de Lodi

En fin d'après-midi, alors que Beaumont ne se montre toujours pas, les 6 000 hommes de la division Masséna arrivent sur le champ de bataille après avoir marché depuis six heures du matin. Bonaparte décide de jouer le tout pour le tout et de tenter l'assaut sans attendre davantage. Un court repos est accordé aux arrivants puis, vers dix-neuf heures, le deuxième régiment de carabiniers, composé de savoyards, reçoit l'ordre de franchir le pont le premier. Les grenadiers, qui se sont organisés en colonne serrée derrière le rempart de la ville, doivent suivre. Au cri de "Vive la République", les savoyards s'avancent sous les ordres de leur chef de bataillon Pierre Louis Dupas et une avalanche de mitraille. Le carnage est tel que l'assaut en est un instant brisé. Les assaillants marquent un temps d'arrêt.

Aussitôt, les généraux Masséna, Berthier, Dallemagne et Cervoni se ruent en personne à l'attaque. Leur exemple galvanise la troupe qui traverse le pont au prix de 400 victimes, les derniers arrivés enjambant l'amas des corps de ceux tombés devant eux. Simultanément, quelques tirailleurs parviennent à franchir la rivière à la nage, détournant en partie l'attention des défenseurs. Un furieux combat à la baïonnette s'engage. Les Autrichiens sont repoussés derrière leur propre artillerie. Le reste de la division Masséna suit et s'étend sur chaque aile. La division Augereau, arrivée entretemps, passe à son tour et prend position sur la rive gauche.

Sebottendorf ordonne alors la retraite. Beaumont, longtemps retardé par la mauvaise qualité du gué qu'il a emprunté, arrive enfin, mais trop tard pour intervenir efficacement dans la poursuite. De ce fait, les Autrichiens parviennent à se maintenir dans le village de Fontana jusqu'à la tombée de la nuit. Il se retirent ensuite sur Crema , peu vigoureusement poursuivis par des Français harassés, qui s'arrêtent à Tormo pour y établir leur camp, la cavalerie occupant les environs de Crespiatica .

Au soir de la bataille, Napoléon Bonaparte établit son Quartier Général au Palazzo Modignani de Lodi.


Bilan et conséquences

La journée à coûté aux Autrichiens autour de 2 000 hommes et de 14 à 20 canons. Les Français ont mille hommes environ hors de combat.

La bataille du pont de Lodi conclut de manière victorieuse la deuxième partie de la campagne d'Italie. Le retrait des Autrichiens au-delà du Mincio, avec l'abandon de places fortes telles que Crémone et Pavie, donne aux Français le contrôle de la Lombardie. Quelques jours plus tard, le 15 mai, ils entrent en toute tranquillité dans Milan, vide d'ennemis. Cependant, Bonaparte a dû laisser fuir aussi bien l'arrière-garde que le gros des forces autrichiennes. L'éclat du fait d'armes lui servira à masquer l'absence des résultats stratégiques attendus.

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« Il était jusque-là sans exemple qu'on eût enlevé d'emblée le passage d'une rivière aussi bien défendue. » P. G[ayant], Tableau des guerres de la Révolution de 1792 à 1815, Paris, Paulin, 1838, p. 120.

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C'est au soir de Lodi que Napoléon prend soudain conscience de son destin. Ainsi que le dit fort bien le pseudo-Napoléon du Manuscrit venu de Sainte-Hélène d'une manière inconnue (1817) : « Après Lodi, je ne me regardai plus comme un simple général mais comme un homme appelé à influer sur le sort d'un peuple. Il me vint à l'idée que je pourrais bien devenir un acteur décisif sur notre scène politique. Alors naquit la première étincelle de la haute ambition. »

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A l'issue de la bataille, Bonaparte aurait été nommé caporal par ses soldats, en reconnaissance de son courage . S'il s'agit très probablement d'une légende, le surnom affectueux de « Petit Caporal » lui restera cependant attaché par la suite.

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Cette bataille a donné, dès 1798, son nom à la rue du Pont-de-Lodi dans le 6e arrondissement de Paris.

Témoignages

Lettre du colonel Joseph Marie Dessaix (savoyard) du 29 floréal an IV (18 mai 1796)

Vous avez sûrement appris, mon très-cher père, les succès glorieux et rapides de l'armée d'Italie; il m'a été toutefois impossible de vous en instruire, car depuis notre arrivée à Nice nous n'avons eu qu'un seul jour de repos. Nous avons été continuellement en courses: d'abord sur les montagnes couvertes de neige, où nous avons beaucoup souffert, et ensuite dans les plaines riantes du Piémont. Il en était temps car nous étions exténués de faim, de fatigue et de misère. Après avoir traversé le Tanaro, la Bormida, le Pô et le Tessin, nous nous sommes, comme un torrent que rien n'arrête, roulés sur les plaines de la Lombardie. La bataille du 20 floréal, qui s'est donnée à Lodi, a été décisive. Nous avons, au pas de charge, traversé un pont très long ayant en front 30 pièces de canon et étant inquiétés sur notre flanc droit par des obus et un feu de mousqueterie très-nourri. Nous avons pris 20 pièces de canon; Dupas s'est conduit comme un brave qu'il est, cela fait honneur au pays. Je l'ai soutenu de mon mieux avec mes intrépides Allobroges. J'ai été fort content de mon frère François.

Deux fois la cavalerie autrichienne nous a chargés, mais nous lui avons opposé un rempart invincible de baïonettes; elle a pris la fuite, nous l'avons chargée à notre tour et nous l'avons mise en pleine déroute. A minuit nous étions encore à la poursuite de l'ennemi, et le combat finit faute de combattants. Si nous avions eu le talent de Josué, et que nous eussions pu faire rétrograder les ombres de la nuit, il ne se serait pas échappé un Autrichien. Il faut cependant avouer qu'ils se battent mieux que les Piémontais. [...]

Panoramique du champ de bataille de Lodi

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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