napoleon-empire.net

napoleon-empire.net

Courte biographie de Napoléon Bonaparte

Imprimer cette page

Napoléon Bonaparte voit le jour le 15 août 1769 à Ajaccio (Corse), fils puîné de Carlo Maria (Charles-Marie) Buonaparte, avocat au Conseil supérieur de Corse, et de Letizia (Laetitia) Ramolino. Il est baptisé dans afficher une photo la cathédrale de la ville afficher une photo le 21 juillet 1771, année qui voit la famille Bonaparte reconnue comme noble par le Conseil supérieur de Corse.

Napoleone Buonaparte en 1769-1788

Le jeune Napoléon effectue son premier voyage en France métropolitaine en décembre 1778, pour être admis le 1er janvier suivant au collège d'Autun, où son père a pu l'inscrire après avoir obtenu une bourse d'études. En mai 1779 il intègre l'École militaire de Brienne, qui préparer des enfants de la noblesse à la carrière des armes. Il y fait preuve de remarquables dispositions pour les mathématiques.

Il quitte cet établissement en octobre 1784, pour entrer à l'École royale du Champ de Mars, à Paris, dans la Compagnie des cadets gentilhommes.

L'année 1785 est pour Napoléon endeuillée par le décès de son père Charles-Marie Bonaparte, vraisemblablement d'un cancer de l'estomac, qui laisse une veuve avec huit enfants et peu de revenus. A l'automne, Napoléon reçoit son brevet de Lieutenant en second et est affecté au régiment d'artillerie de La Fère, en garnison à Valence.

En 1786, un premier congé lui permet de rentrer en Corse, qu'il a quittée depuis près de huit ans. Il ne retourne à Paris que l'année suivante.

Le lieutenant Bonaparte rejoint en juin 1788 son régiment, en garnison à Auxonne, petite ville de Bourgogne. En 1789, année troublée, il est chargé de réprimer des émeutes populaires dans la région, puis regagne la Corse où il participe à l'effervescence politique qui agite l'île. Il fait preuve à cette époque d'un nationalisme insulaire, soutenant l'action de Pascal Paoli avec qui il a une entrevue en juillet 1790, peu concluante.

Napoléon Bonaparte en 1789-1793

De retour à Auxonne, Napoleon Bonaparte y est promu premier lieutenant en juin 1791 et transféré au 4ème régiment d'artillerie, à Valence. A l'occasion d'un nouveau congé, il intègre un bataillon de gardes nationaux d'Ajaccio, avec lequel il participe à des échaufourées qui l'obligent à rentrer à Paris en mai 1792 pour se défendre. Il est réintégré dans l'armée en juillet 1792, avec le grade de capitaine et envoyé à Ajaccio.

Sa rupture avec Paoli, dont les partisans mettent à sac la maison Bonaparte, l'oblige à fuir l'île avec les siens en juin 1793. Tandis que sa famille s'installe près de Toulon, lui-même rejoint son régiment à Nice. Après une mission à Avignon, il se voit confier par la Convention le commandement de l'artillerie devant Toulon, avec le grade de chef de bataillon. Sous les ordres du général Dugommier, Napoléon Bonaparte prend une part décisive à l'expulsion de la flotte anglaise grâce à ses talents d'artilleur. Il se bat aux côtés de futurs maréchaux ou généraux d'Empire, comme Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont, Jean-Andoche Junot, André Masséna, Louis-Gabriel Suchet ou Claude-Victor Perrin. Il est récompensé de ses hauts-faitspar le grade de général de brigade.

Napoléon Bonaparte en 1794-1795

La chute de Robespierre lui vaut en 1794 une courte captivité et la suspension de ses fonctions alors qu'il est depuis mars le commandement de l'artillerie de l'armée d'Italie et qu'il vient d'en rédiger le plan de campagne.

Après s'être fiancé au printemps 1795, à Marseille, avec sa belle-soeur Désirée Clary, Napoléon Bonaparte refuse sa nomination comme général d'infanterie à l'armée de l'Ouest, intègre pour quelques semaines le bureau topographique du Comité de Salut public, propose de se rendre en Turquie pour y organiser l'armée... avant de voir son nom rayé de la liste des généraux employés.

En octobre 1795, Paul-François de Barras, général en chef de l'armée de l'Intérieur, lui confie le commandement des forces destinées à réprimer l'insurrection des sections royalistes à Paris ; secondé par Guillaume Marie-Anne Brune et Joachim Murat, Napoléon Bonaparte vient à bout de quelque 25 000 insurgés. Cela lui vaut, outre le surnom de "Général Vendémiaire", le grade de général de division et le commandement en chef de l'armée de l'Intérieur.

Napoléon Bonaparte en 1796

En mars 1796, le Directoire, dominé par Barras, lui confie le commandement en chef de l'armée d'Italie. Bonaparte épouse Joséphine de Beauharnais, une créole veuve de général, et part pour l'armée. Son premier discours à ses troupes, à Nice, révèle ses exceptionnelles qualités de meneur d'hommes : « Soldats, vous êtes nus, mal nourris... Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde ».

La campagne d'Italie débute avec l'arrivée de Napoléon Bonaparte à Menton le 2 avril 1796. Dès le 10 il passe à l'offensive contre l'armée autrichienne. Les combats victorieux se succèdent : le 12 à Montenotte, le 13 à Millesimo, le 15 à Dego afficher une illustration, le 21 à Mondovi. Le 28, les Sardes, s'avouent vaincus : les envoyés du roi Victor-Amédée III signent l'armistice de Cherasco, prélude au traité de Paris. Se lançant alors à la poursuite des Autrichiens en fuite, Napoléon Bonaparte entre à Plaisance le 7 mai après avoir passé le Pô. Trois jours plus tard, c'est la Victoire de Lodi. Le 15, Bonaparte entre à Milan. Les réquisitions, en argent, oeuvres d'art et fournitures militaires se succèdent, entraînant une insurrection de la population du Milanais. La répression est inexorable.

Durant les semaines suivantes, Bonaparte agit depuis Milan en quasi-souverain. Il conclut des traités avec Naples, le duché de Parme et le Saint-Siège. Dans le même temps, il entame le siège de la ville de Mantoue, dont la chute est nécessaire à ses projets d'attaquer l'Autriche par le Tyrol.

Mais le 26 juillet, Dagobert von Wurmser, le nouveau général en chef autrichien passe à l'offensive. Le 30, Bonaparte lève le siège de Mantoue et se porte au devant de ses adversaires qui ont commis l'erreur de diviser leurs forces. Le 3 août Masséna bat un de leurs corps à Lonato. Le 5, le second subit une autre défaite à Castiglione. A nouveau battu le 8 septembre à Bassano, Wurmser se réfugie dans Mantoue.

Les Autrichiens lancent une nouvelle offensive le 1er novembre 1796, sous le commandement du général Alvinczy. Après quelques succès initiaux, celui-ci est vaincu le 17 à Arcole, après trois jours de combats.

Napoléon Bonaparte en 1797

Une nouvelle tentative des Autrichiens, décidément opiniâtres, échoue le 14 janvier 1797 à Rivoli et le 16 à la Favorite. Le 2 février, Wurmser capitule et évacue Mantoue. Quinze jours plus tard, 19 février, un traité de paix avec le Pape Pie VI est signé à Tolentino.

En mars, Bonaparte prend la direction de l'Autriche. Le 12, il passe le Piave, le 16, il culbute l'archiduc Charles à Tagliamento et le 23 entre à Trieste. Une suspension d'arme conclue le 7 avril débouche sur la conférence de Leoben entre Bonaparte et les plénipotentiaires autrichiens qui aboutit le 18 à la signature des préliminaires de paix de Leoben.

Napoléon Bonaparte se tourne alors vers Venise, qui est occupée le 15 mai et qui doit à son tour, en vertu du traité signé le 16, fournir argent, vaisseaux, tableaux et manuscrits avant de recevoir une nouvelle structure administrative. Le reste de l'Italie du Nord subit lui aussi une réorganisation complète : république Ligurienne proclamée à Gênes le 17 juin, Cisalpine à Milan le 9 juillet. Toutes ces décisions sont prises sans guère consulter le gouvernement français, auquel le général envoie même quelques courriers menaçants. Il en va de même des négociations entamées le 25 mai avec l'Autriche et qui aboutissent le 17 octobre au traité de paix de Campo-Formio.

Bonaparte, désigné comme représentant plénipotentiaire de la République Française, se rend ensuite au congrès de Rastadt, relatif à l'occupation de certaines régions d'Allemagne par la France. Il y séjourne du 27 novembre au 1er décembre, le temps de signer une convention d'évacuation des pays vénitiens par les troupes françaises et de la rive gauche du Rhin par celles de l'empereur d'Allemagne. Le 5 décembre 1797 il est de retour à Paris.

Napoléon Bonaparte en 1798

Après sa réception à l'Institut, le 4 janvier 1798, Napoléon Bonaparte effectue une tournée d'inspection de Calais à Ostende et en revient le 23 février avec un rapport qui repousse le projet d'une descente en Angleterre.

Entre mars et avril, l'idée d'une conquête de l'Égypte progresse peu à peu au Directoire et le 4 mai Napoléon Bonaparte part pour Toulon afin de superviser en personne les préparatifs de cette expédition. La flotte appareille le 19 mai, emportant un corps expéditionnaire de 37 000 hommes. Elle s'empare en chemin de Malte (10 au 13 juin) et touche les côtes égyptiennes le 1er juillet. Napoléon Bonaparte débarque au milieu de la nuit. Le lendemain, les Français entrent dans Alexandrie, le 21 ils détruisent les Mamelouks lors de la Bataille des Pyramides et le 25 ils prennent Le Caire.

La situation se dégrade subitement les 1er et 2 août 1798 avec la défaite navale d'Aboukir (Bataille du Nil) : les Français sont prisonniers de leur conquête. Cela ne les empêche pas de l'organiser : l'Institut d'Égypte est créé le 22 août ; le 29 août paraît le premier numéro du Courrier de l'Égypte ; le 4 septembre Bonaparte décide que tous les habitants de l'Égypte porteront la cocarde tricolore, que le plus haut minaret du Caire et celui de chacun des chefs-lieux des provinces porteront le pavillon tricolore. Mais le 21 octobre se produit une révolte de la population du Caire afficher une illustration : un général est tué ainsi qu'un aide de camp de Napoléon Bonaparte. La répression, immédiate et sanglante, a tôt fait de ramener le calme. Dès le 30 Bonaparte trouve le temps d'inaugurer un jardin-concert.

Napoléon Bonaparte en 1799

En février 1799 Napoléon Bonaparte marche sur la Syrie, à la rencontre d'une armée turque envoyée reconquérir l'Égypte. Il quitte Le Caire le 10, entre à Gaza le 25 et prend Jaffa le 7 mars, fait d'armes entaché par le massacre de la garnison qui se produit les jours suivants. Bonaparte se porte ensuite sur Saint-Jean d'Acre qui résiste opiniâtrement. Après avoir défait une armée de secours à la bataille du Mont-Thabor le 16 avril, Bonaparte doit se résigner à lever le siège de la ville et à rentrer à Jaffa où il visite ses soldats atteints de la peste (c'est en fait sa seconde visite après celle du 11 mars). Il donne ensuite le signal de la retraite et rentre au Caire, où il arrive le 14 juin.

Une nouvelle armée turque débarquée par la flotte anglaise le 17 juillet est battue le 25 à Aboukir. C'est la dernière victoire de Napoléon en Égypte. Le 22 août, il s'embarque pour la France ; le 16 octobre, il est à Paris. Aussitôt commencent les préparatifs du coup d'État conçu par Emmanuel-Joseph Sieyès, qui a lieu le 9 novembre (18 brumaire). Plus difficile à réaliser que prévu, il laisse Bonaparte maître de la situation. Nommé Premier consul (les deux autres sont Sieyès et Roger-Ducos) il repousse le projet de constitution imaginé par Sieyès et en fait adopter un autre qui lui donne tout pouvoir (15 décembre). Dès le 24, il est assez fort pour éloigner Siéyès et le remplacer par Jean-Jacques Régis de Cambacérès (Charles-François Lebrun, lui, prend la place de Roger-Ducos).

Napoléon Bonaparte prend, pendant ces premières semaines de pouvoir, une série de mesures visant à affermir le régime en refermant les plaies les plus profondes ouvertes par la Révolution : abrogation de la loi permettant de prendre des otages parmi les parents d'émigrés et les ci-devant nobles, annulation de la déportation de certains catégories de prêtres, signature d'un armistice avec les Vendéens, etc.

Napoléon Bonaparte en 1800

La mise en place des institutions nouvelles se poursuit durant les premiers mois de 1800 : limitation du nombre des journaux parisiens, création de la Banque de France, organisation (tenue secrète) d'une armée de réserve de soixante mille hommes sous le commandement direct du Premier Consul, loi portant sur la nouvelle organisation administrative de la France (elle crée en particulier les préfets), loi sur la nouvelle organisation des tribunaux. Parallèlement, les mesures d'apaisement, renforcées encore en ce début d'année par la clôture de la liste des émigrés, produisent leur effet, amenant la soumission des Vendéens et de nombreux chefs royalistes, dont Georges Cadoudal (14 février).

Le 7 février 1800, la consultation populaire destinée à ratifier la constitution se termine. Les résultats, publiés le 18 suivant, donnent 3 011 007 oui pour 1 562 non.

Mais la France est toujours en guerre avec l'Europe et le 6 mai Napoléon Bonaparte quitte Paris pour l'armée ; c'est le début de la seconde Campagne d'Italie. Franchissant les Alpes par le col du Saint-Bernard afficher une illustration, il fond sur le nord de l'Italie et entre à Milan moins de quinze jours plus tard, le 2 juin. Le 14, la Victoire de Marengo met fin à la campagne. Bientôt les Français sont à Turin et à Gènes.

De retour à Paris le 2 juillet, Napoléon Bonaparte se consacre à nouveau au gouvernement du pays. Une commission charger d'élaborer le code civil est installée le 12 août ; un ministère du Trésor est institué le 27 septembre par dédoublement du ministère des Finances ; une suite de traités est signée, avec l'Espagne le 1er octobre (traité de San-Ildefonso), avec les États-Unis d'Amérique le 3 (traité de Mortefontaine) ; les négociations sur le Concordat débutent le 5 novembre avec l'envoyé du Pape Pie VII.

Sentant son pouvoir affermi, Bonaparte peut enfin répondre, le 7 septembre, au comte de Provence, qui lui avait écrit le 20 février : « Nous pouvons assurer la gloire de la France. Je dis nous, parce que j'aurai besoin de Bonaparte pour cela, et qu'il ne le pourrait sans moi ». Il le fait en lui adressant une brutale fin de non-recevoir : « Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France ; il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres ».

L'année 1800 se termine pourtant de façon contrastée pour le Premier Consul : si Jean Victor Marie Moreau écrase les Autrichiens à Hohenlinden le 3 décembre, si une ligue des neutres (dirigée de fait contre l'Angleterre) se constitue le 16, rassemblant la Russie, la Suède et le Danemark puis la Prusse, ces bonnes nouvelles sont gâchées par l'attentat dont Napoléon est l'objet le 24, rue Saint-Nicaise afficher une illustration et qui fait vingt-deux morts et cinquante-six blessés. L'attentat est d'abord attribué aux Jacobins, dont cent trente, considérés comme complices, sont déportés sans jugement dès le 5 janvier 1801. Les auteurs présumés, eux, sont jugés et pour certains condamnés et exécutés tout au long de ce mois, avant que les véritables instigateurs (des royalistes) ne soient démasqués. Quant aux autorités, elles prennent prétexte de l'attentat pour rendre la justice plus expéditive : suppression des jurys, du droit d'appel et de cassation pour toute une série de crimes.

Napoléon Bonaparte en 1801

Ces soucis n'interrompent pas les efforts diplomatiques de Napoléon Bonaparte visant à mettre fin aux guerres de la Révolution : le 9 février 1801 la paix entre la France et l'Autriche est signée à Lunéville ; le 27, il écrit au tsar Paul Ier, avance qui aboutit dès le 6 mars à l'ouverture de négociations avec la Russie ; le 18, les négociations de paix avec le royaume de Naples aboutissent ; le 21, le traité d'Aranjuez est conclu avec l'Espagne. Seuls les Anglais poursuivent les hostilités. Leurs armées, débarquées en Égypte le 6 mars, battent les Français à Canope le 21. Mais la démission du premier ministre William Pitt "le jeune", le 14, peut laisser espérer, là aussi, une inflexion de la politique britannique. Napoléon se juge en tout cas assez fort pour réunir à la France la rive gauche du Rhin (8 mars) et le duché de Parme (21 mars).

La grande préoccupation de Napoléon Bonaparte, les mois suivants, est la négociation du Concordat. Il mandate son frère aîné Joseph Bonaparte pour négocier avec l'envoyé plénipotentiaire du Pape, le cardinal-secrétaire d'État Consalvi. L'affaire est rondement menée et le Concordat signé le 15 juillet 1801 afficher une illustration, avant d'être ratifié le 8 septembre par le Premier Consul.

Au plan intérieur, Napoléon Bonaparte poursuit son oeuvre de reconstruction administrative avec l'installation, le 28 mars, d'une commission chargée de rédiger le code criminel ; le début de la discussion du Code civil au Conseil d'État le 23 juillet ; l'organisation de la gendarmerie nationale le 31 ; l'installation de commissions chargée de rédiger pour l'une le code commercial (3 août), pour l'autre le code rural (10 août) ; l'institution des inspecteurs généraux du Trésor public le 6 septembre ; la création d'un directeur général et de quatre administrateurs de douanes le 16 ; la création d'un ministre du Trésor public le 27.

En automne 1801, de nouveaux traités de paix sont signés : avec le Portugal le 29 septembre, avec la Russie le 8 octobre. Mais surtout, des discussions s'engagent avec l'Angleterre après la fin des hostilités en Égypte où les restes du corps expéditionnaire français sont acculés à la capitulation, au Caire le 27 juin, dans le reste du pays le 31 juillet. Les premiers échanges de vue débouchent le 1er octobre sur la signature de préliminaires de paix. S'ensuit l'ouverture de véritables négociations, à Amiens, le 3 décembre'année 1801 se clôt pour Napoléon par le départ de l'expédition de Saint-Domingue sous le commandement de son beau-frère le général Victor Emmanuel Leclerc (14 décembre) ; sa mission est de réconquérir l'île, tenue par Toussaint Louverture. Il y débarque le 6 février 1802.

Napoléon Bonaparte en 1802

En Europe, Napoléon Bonaparte vient de se faire élire Président de la République italienne afficher une illustration (25 janvier 1802), et s'apprête à signer avec l'Angleterre le traité d'Amiens afficher une illustration (25 mars), qui permet à la France de connaître la paix pour la première fois depuis le 20 avril 1792. C'est cependant une paix rendue fragile par une politique extérieure provocante. Le 11 septembre, le Piémont est réuni à la France ; le 30, le Premier consul impose sa médiation aux cantons suisses dans le conflit qui oppose fédéralistes et unitaires et nomme, le 17 octobre, Michel Ney commandant des forces françaises en Suisse afin d'y ramener le calme, au besoin par la force ; le 20, une note de Charles-maurice de Talleyrand-Périgord menace l'Angleterre d'une nouvelle guerre si elle n'évacue pas Malte.

Sur le plan intérieur, Bonaparte, qui vole de succès en succès, poursuit sa marche vers la monarchie. Le 6 mai 1802, le Tribunat propose « qu'il soit donné au général Bonaparte, Premier Consul, un gage éclatant de la reconnaissance nationale ». Le 8, un sénateur propose de le nommer consul à vie mais le Sénat se contente de le déclarer réélu « pour les dix années qui suivront immédiatement les dix ans pour lesquels il a été nommé. » Le 9, Bonaparte réclame que la sanction populaire vienne confirmer cette décision et le 10 un arrêté annonce l'organisation d'un plébiscite dont la question est devenue : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? ». La réponse est nettement positive et le Sénat n'a plus, le 2 août, qu'à proclamer le résultat avant d'apporter, le 4, les modifications nécessaires à la Constitution. Dans les mois qui suivent, le Premier consul commence à recevoir des honneurs quasi royaux tandis que le régime renforce son contrôle sur les théâtres et les journaux et que l'Église et la Magistrature retrouvent des formes et des prérogatives perdues avec la Révolution.

Parallèlement, Napoléon poursuit sa politique de réformes : le 24 mars 1802 est installée une commission chargée de rédiger le code de procédure civile ; le 26 avril, une amnistie assez large est accordée aux derniers émigrés ; le 1er mai, une loi établit le régime de l'instruction publique. Le 19, un projet de loi instituant la Légion d'honneur est voté afficher une illustration. Le 19 novembre, la Direction générale des Musées est créée et Dominique Vivant Denon devient directeur général du musée du Louvre.

Aux Antilles, Louverture est arrêté le 7 juin 1802, à peine plus de quinze jours après le vote d'une loi rétablissant la traite des noirs et l'esclavage « conformément aux lois et règlements antérieurs à 1789 » (20 mai). Cette nouvelle politique entraîne un soulèvement général des esclaves noirs le 13 septembre. Leclerc meurt de maladie le 2 novembre 1802 tandis que l'expédition tourne peu à peu au fiasco.

Napoléon Bonaparte en 1803

Durant toute l'année 1803, Bonaparte prend de nouvelles mesures pour renforcer son autorité, récompensant les fidèles (trente et un sénateurs sont pourvus le 4 janvier de sénatoreries à vie), affaiblissant les pouvoirs rivaux (en décembre, le Corps législatif perd le droit de nommer son président) et muselant l'opposition (l'Académie des Sciences morales et politiques, colonisée par les « idéologues », des républicains modérés, est supprimée). Peu à peu, une symbolique monarchique se met en place : à partir du 28 mars 1803, les nouvelles monnaies sont à l'effigie du Premier Consul. Seuls ses frères, Lucien comme Jérôme, qui contractent tous deux cette année-là des mariages désapprouvés par Napoléon, semblent capables de braver sa volonté.

Cependant, il poursuit les réformes et la réorganisation administrative : règlementation de l'exercice de la médecine ; création des écoles de pharmacie ; organisation du notariat ; vote d'une loi règlementant le fonctionnement des manufactures et des ateliers (elle interdit les coalitions d'ouvriers et établit la protection des marques) ; en avril 1803, une réforme monétaire installe ce qui deviendra le "franc germinal" avec la banque de France comme institut d'émission privilégié ; en septembre, les travaux extraordinaires des ponts et chaussées, creusement et réparations des canaux, dessèchement des marais reçoivent d'importantes dotations ; le livret ouvier est institué le 1er décembre.

Napoléon n'omet pas de choyer l'Église et les écclésiastiques, aussi bien d'un point de vue pratique - leurs traitements deviennent insaisissables et ceux du haut-clergé sont revalorisés ; les séminaristes sont exemptés de la conscription - que symbolique - les noms des saints et des personnages de l'histoire ancienne deviennent les seuls acceptés comme prénoms pour l'état civil.

Sa politique extérieure prolonge d'abord les tendances de l'année précédente : la Suisse reçoit sa nouvelle Constitution des mains du Premier consul (Acte de médiation du 19 février) et conclut un traité d'alliance avec la France ; en mars, le 24, la Diète de Ratisbonne modifie de fond en comble l'équilibre politique de l'Allemagne en application du traité de Lunéville. Surtout, durant les mois de février et de mars 1803, la situation continue de se tendre avec l'Angleterre à propos de Malte. La rupture se produit en mai : le 11, la France rejette un ultimatum anglais et le traité d'Amiens est dénoncé dès le lendemain ; le 17, le gouvernement anglais décrète un embargo sur les navires français et s'empare de plus de 1200 vaisseaux et de 200 millions de marchandises ; le 22, les Anglais se trouvant en France sont arrêtés et le 23 c'est la déclaration de guerre de l'Angleterre. Les premières hostilités ont lieu au Hanovre, que le Premier consul fait envahir par Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier le 27 et qui capitule le 4 juillet. Cette marche inexorable à la reprise du conflit entre la France et le Royaume-Uni est une des puissantes raisons qui aménent le Premier consul à vendre la Louisiane aux États-Unis (30 avril).

Simultanément, les préparatifs de la guerre avec l'Angleterre vont bon train : en juin 1803 est organisée une grande armée d'Angleterre, pour laquelle est créée en octobre une compagnie de guides-interprètes ; Bonaparte dresse en juillet un plan d'invasion, qui reçoit un début d'application dès l'automne : le Premier consul écrit lui-même une instruction destinée aux équipages des péniches de débarquement. Le 3 novembre puis à nouveau le 30 décembre, il se rend en inspection à Boulogne. De son côté le Royaume-Uni ne reste pas inerte, organisant le débarquement clandestin, le 21 août 1803, de Georges Cadoudal et quelques autres Chouans à la falaise de Béville.

L'année 1803 se clôt à nouveau pour Napoléon sur de mauvaises nouvelles venues des Antilles : le 28 novembre, Donatien-Marie-Joseph de Rochambeau et les restes de l'expédition de Saint-Domingue ont dû capituler.

Napoléon Bonaparte en 1804

Le principal événement du début de 1804 pour Napoléon Bonaparte est le complot, organisé avec la complicité de l'Angleterre, qui vise à l'assassiner. Tout commence le 16 janvier avec le débarquement clandestin d'agents royalistes, parmi lesquels Jean-Charles Pichegru, qui entre en contact avec Georges Cadoudal et le général Jean Victor Marie Moreau. Le Premier consul est rapidement informé de la conspiration et réagit en faisant immédiatement arrêter Moreau (15 février). Les autres conjurés ne tardent pas à le rejoindre en prison : Pichegru le 27 février, Cadoudal le 9 mars. Leur procès s'ouvre le 25 mai, sans Pichegru retrouvé étranglé dans sa cellule le 6 avril. Le 10 juin Cadoudal est condamné à mort (sentence exécutée le 25) tandis que Moreau ne se voit infliger que deux ans de prison, peine bientôt commuée en bannissement.

Entre temps, les déclarations effectuées par Cadoudal lors de son interrogatoire, mal interprétées, ont abouti à l'enlèvement en territoire étranger du duc d'Enghien, à son jugement expéditif par une commission militaire et à son exécution à Vincennes, au petit matin du 21 mars, jour de la promulgation du « Code civil des Français » !

La principale conséquence de la conspiration est de permettre à Napoléon Bonaparte de gravir la dernière marche qui le mène au trône. Le 27 mars, le Sénat, par l'intermédiaire de Joseph Fouché, demande à Napoléon Bonaparte de rendre son autorité héréditaire. Le 23 avril, un membre du Tribunat propose que Napoléon Bonaparte soit proclamé Empereur héréditaire des Français. La motion est votée le 3 mai au Tribunat (à l'unanimité moins une voix, celle de Lazare Carnot), le 18 au Sénat (à l'unanimité moins trois voix). Le plébiscite qui entérine cette décision est approuvé le 2 août par 3 572 329 oui contre 2579 non.

Mais Napoléon n'attend pas ce vote pour installer le nouveau régime : Joseph et Louis Bonaparte deviennent princes français, Grand Electeur et Connétable, dix-huit maréchaux sont nommés, Fouché redevient ministre de la Police générale et l'Empereur distribue les premières croix de la Légion d'Honneur à l'occasion d'une cérémonie, organisée aux Invalides le 14 juillet, où il apparaît assis sur un trône, entouré des aigles de l'Empire français, des ministres, des maréchaux, des grands dignitaires et de la Maison impériale.

Il ne lui reste plus qu'à se faire sacrer, tel un nouveau Charlemagne, par le Pape Pie VII en personne. L'invitation qu'il lance au souverain pontife le 15 septembre est acceptée et Napoléon peut l'accueillir le 25 novembre à Fontainebleau. Après l'indispensable mariage religieux de Napoléon et Joséphine, hâtivement célébré le 29 par le cardinal Fesch, le sacre peut avoir lieu le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris afficher une illustration, sous les yeux de Jacques-Louis David, récipiendaire d'une commande de quatre tableaux sur le couronnement.

Napoléon Bonaparte en 1805

Le 15 mars 1805, l'Italie, par l'intermédiaire de sa consulte réunie à Paris, suit le mouvement impulsé par la France en faisant roi son président. Napoléon est couronné le 26 mai 1805 dans la cathédrale de Milan. Cela ne l'empêche pas, une semaine plus tard, de signer le décret qui réunit Gênes et la Ligurie à la France (4 juin). Peu après, il désigne Eugène de Beauharnais comme vice-roi d'Italie.

Les projets de débarquement en Grande-Bretagne reviennent alors au premier plan des préoccupations de l'Empereur. Il conçoit un plan visant à prendre le contrôle de la Manche le temps nécessaire à la descente en Angleterre de la flotille réunie à Boulogne. Mais la maladresse de l'amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve, qui se laisse enfermer dans Cadix le 18 août (il ne sera guère mieux inspiré en en sortant en octobre, pour être défait à Trafalgar), l'oblige à y renoncer. Le 27 août, le camp de Boulogne est levé et les cent cinquante mille hommes qui s'y trouvent sont envoyés sur le Rhin.

La situation est en effet en train de se tendre avec l'Autriche. Son empereur, François II, publie le 3 septembre 1805 un manifeste hostile à la France, quelques jours à peine après avoir adhéré à un pacte Anglo-Russe. Le 10, les troupes autrichiennes pénètrent en Bavière. Napoléon Ier ne tarde pas à réagir. Le 23, il fait annoncer au Sénat la rupture avec l'Autriche ; le lendemain, il se met à la tête de l'armée ; le surlendemain, celle-ci franchit le Rhin. Le 7 octobre, la Grande-Armée (elle a reçu ce nom la veille, après s'être renforcée des troupes bavaroises et hollandaises) passe le Danube. Presque chaque jour voit une nouvelle victoire française. Les plus notables sont le combat d'Elchingen, où s'illustre le maréchal Michel Ney (14 octobre) et la capitulation d'Ulm (17 octobre) où 25 000 autrichiens sont capturés. Vienne tombe finalement le 13 novembre mais la bataille décisive a lieu le 2 décembre 1805 à Austerlitz où l'Empereur des Français écrase ceux de Russie et d'Autriche le jour anniversaire de son couronnement. Il célèbre aussitôt cette "Bataille des Trois Empereurs" dans une éclatante proclamation : « Soldats, je suis content de vous. Vous avez, à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. [...] Il vous suffira de dire, "J'étais à la bataille d'Austerlitz", pour que l'on réponde, "Voilà un brave" ». Les résultats ne se font pas attendre : le 4 décembre, Napoleon 1er et l'empereur d'Allemagne François II se rencontrent à Sarutschitz, en Moravie afficher une illustration ; le 6, un armistice est signé ; le 26 est conclu le traité de Presbourg, qui met fin en pratique à l'existence quasi millénaire du Saint Empire romain germanique.

Napoléon Bonaparte en 1806

En politique intérieure, l'année 1806 voit Napoléon Ier accentuer le caractère monarchique du régime. Il fait entrer le fils de Joséphine, Eugène, puis sa cousine, Stéphanie, dans des familles princières. Il commence aussi à distribuer des titres de noblesse à ses proches : le 15 mars, Joachim Murat est nommé grand-duc de Berg ; le 30, Joseph Bonaparte prend officiellement le titre de roi de Naples (bien qu'André Masséna n'ait pas encore totalement achevé la conquête du royaume), Élisa devient princesse de Massa et Carrare, Pauline duchesse de Guastalla, Alexandre Berthier prince de Neuchâtel. Nouvelle fournée le 5 juin : Louis Bonaparte est roi de Hollande, Jean-Baptiste Jules Bernadotte prince de Ponte-Corvo, Talleyrand prince de Bénevent. Le 14 août sont institués les majorats, fiefs héréditaires de l'Empire. Le lendemain, l'anniversaire de l'Empereur est l'occasion d'une célébration solennelle, conformément à un décret pris en février.

Cette volonté de Napoléon Ier d'accroître le lustre du régime s'affiche aussi dans une politique de grands travaux : embellissement de la capitale par la construction des arcs de triomphe de l'Étoile et du Carrousel ; mise en service de soixante-cinq fontaines à Paris ; projet de canal assurant la jonction du Rhône et du Rhin.

Bien qu'à l'intérieur les réformes se poursuivent (création des conseils des Prud'hommes, fondation de l'Université, mise en place d'une assemblée de notables de religion juive en vue d'en organiser le culte), la politique extérieure reste au premier plan des préoccupations impériales. La lutte avec l'Angleterre s'étend sur le terrain économique : le 22 février 1806, un décret interdit l'introduction en France des tissus de coton fabriqués à l'étranger ; le 16 mai, le gouvernement britannique décide de mettre le blocus sur les côtes et les ports, de l'Elbe jusqu'à Brest ; le 10 juin, l'importation des marchandises anglaises dans le royaume d'Italie est prohibée.

Cette évolution n'est pas sans conséquence pour Napoléon : elle le pousse à exiger de Pie VII des mesures contre le commerce anglais, que celui-ci refuse d'appliquer. L'affaire tourne au conflit de souveraineté entre le Pape qui se considère comme le monarque légitime de Rome et l'Empereur qui s'en dit le suzerain en arguant de son titre. En juin, Napoléon fait occuper le port de Civitavecchia, à quelques kilomètres de Rome mais l'affaire en reste là, des soucis plus pressants requérant son attention.

Une intense activité diplomatique occupe en effet les mois d'été, provoquée par l'apparition de conditions favorables à la recherche d'un équilibre européen global : la mort du premier ministre britannique William Pitt, farouche adversaire de la Révolution Française et de tous ses avatars ; la défaite récente de l'Autriche ; certaines clauses du traité de Presbourg favorables à la Prusse qui font croire possible un axe franco-prussien. Des discussions s'ouvrent donc avec un représentant de l'Angleterre le 13 juin puis, le 6 juillet, avec l'envoyé du Tzar Alexandre Ier à Paris, dont l'arrivée suit de peu la confirmation par le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse de son alliance avec la Russie (30 juin). Le 12 juillet 1806 voit la naissance de la Confédération du Rhin, entité politique qui se place d'emblée sous le protectorat de l'empereur des Français, bientôt suivie, le 6 août, par la renonciation de François II à son titre d'empereur d'Allemagne. Les négociations franco-russes aboutissent dès le 20 juillet à un projet d'accord qu'on envoie au Tsar ; les franco-anglaises se terminent le 7 août par un projet de traité dont Napoléon retarde l'approbation en attendant la décision d'Alexandre Ier.

Un premier signal négatif est envoyé à Napoléon le 9 août par la Prusse, qui entame la mobilisation de ses troupes. Le 3 septembre le Tsar Alexandre Ier fait notifier son refus de ratifier le projet signé par son envoyé et le 12 les Prussiens entrent en Saxe. Au lieu de la paix attendue, c'est la guerre qui est en marche.

Napoléon quitte Paris le 25 septembre 1806. Le premier combat de la campagne se déroule le 9 octobre. Le 14 ont lieu les batailles d'Iéna et d'Auerstaedt qui scellent le sort de la Prusse. Jusqu'au 16 novembre, date de la signature d'une suspension d'armes, les armées françaises n'ont plus qu'a s'emparer de villes et de provinces prussiennes hors d'état de se défendre ou démoralisées. Erfurt se rend à Joachim Murat dès le 16 octobre avec ses quatorze mille défenseurs ; Leipzig tombe le 18 ; le 27, Napoléon entre à Berlin afficher une illustration, d'où il décrète bientôt le blocus des Îles Britanniques ; le 7 novembre, le général prussien Gebhard Leberecht von Blücher capitule. L'arrivée des Russes, le 11 novembre, est trop tardive pour sauver la Prusse mais suffisante pour décider son roi à refuser de ratifier l'armistice signé le 16. Les Français continuent donc leur progression et entrent en Pologne. Le 28, Murat est à Varsovie. Napoléon l'y rejoint le 19 décembre 1806. Le 22, la Vistule est franchie et après quelques victoires de peu de portée, l'armée française prend ses quartiers d'hiver à Pultusk.

Napoléon Bonaparte en 1807

Mais les hostilités reprennent rapidement, malgré la saison. Napoléon a tout juste le temps d'installer une administration nationale provisoire en Pologne, désormais entièrement évacuée par les Russes, avant de quitter Varsovie le 30 janvier 1807 (après y avoir cependant fait, le 1er, la connaissance de Marie Walewska). Le 8 février 1807 a lieu la bataille d'Eylau qui ne donne pas de résultat décisif. Les opérations s'interrompent alors en Pologne mais se poursuivent en Allemagne. Le 18 avril, les Suédois, battus l'avant-veille à Anklam par Adolphe Édouard Casimir Joseph Mortier, signent un armistice. Le 25 avril, Napoléon voit le roi de Prusse et l'empereur de Russie renouveller leur alliance et s'engager à ne point traiter avec lui avant que la France n'ait été ramenée à la limite du Rhin. Le 26 mai, François Joseph Lefebvre reçoit la reddition de Dantzig, assiégée depuis le 12 mars. C'est aussi durant cette période que Napoléon apprend que sa maîtresse, Éléonore Denuelle de la Plaigne, a mis au monde un fils, le futur comte Léon, dont il est le père - ce qui lui prouve qu'il n'est pas stérile.

L'Empereur entre en campagne début juin 1807 contre les Russes, qui ont repris l'offensive fin mai par Levin August von Bennigsen. Il obtient le 14 la victoire éclatante de Friedland. Une semaine plus tard, les Russes signent un armistice. Encore quelques jours et, le 25, Napoléon et Alexandre Ier se rencontrent sur un radeau, au milieu du Niémen afficher une illustration, pour la conférence de Tilsitt. Ils sont bientôt rejoints par le roi de Prusse et sa femme Louise afficher une illustration. Deux traités de paix sont signés : le 7 juillet entre la France et la Russie ; le 9, entre la France et la Prusse. Le 22 est créé le grand-duché de Varsovie.

Napoléon rentre alors en France pendant que Guillaume Brune mate les Suédois, qui ont eu le mauvais goût de rompre le 8 juillet l'armistice signé le 18 avril. Ils en accepteront un autre le 7 septembre.

La mise en place du blocus continental commande désormais la politique européenne de Napoléon. Le décret de Fontainebleau, le 13 octobre, arrête les mesures que doivent prendre les alliés de la France, en vue de le maintenir. Le 11 novembre, le gouvernement anglais réagit en obligeant tous les navires neutres à passer par l'Angleterre avant d'aborder le continent. Le 23 novembre, Napoléon réplique par le décret de Milan qui stipule que  : « Tout bâtiment qui, sous quelque pavillon que ce soit, se sera prêté à une visite anglaise ou aura pénétré dans un port d'Angleterre, sera considéré comme anglais et traité comme tel ».

Ce sont les Portugais qui, les premiers, font les frais de ce nouvel état des choses : déjà menacés par Napoléon fin juillet en raison de leurs échanges commerciaux avec l'Angleterre, ils voient les troupes françaises sous les ordres de Jean-Andoche Junot entrer dans le pays le 19 novembre, provoquant la fuite au Brésil de la famille royale, et investir Lisbonne le 30. Mais si Napoléon et le premier ministre espagnol Manuel Godoy sont pour l'heure d'accord et se sont entendus pour se partager le Portugal (traité secret de Fontainebleau, 27 octobre 1807), les démélés du roi Charles IV d'Espagne et de son fils Ferdinand tendent vite à compliquer les relations entre la France et l'Espagne. Le 13 novembre, le général Dupont de l'Etang franchit les Pyrénées avec une armée de 25 000 hommes.

Le blocus voulu par Napoléon a également des conséquences pour les Danois : Copenhague est bombardée par la flotte britannique (2 septembre) et doit capituler sous les bombes, tandis que les Anglais se retirent en emportant la flotte danoise. En conséquence, le 30, le Danemark signe un traité d'alliance avec la France et le 7 novembre suivant, le Tsar Alexandre 1er, en protestation contre le bombardement de Copenhague, met la Russie en état de guerre contre l'Angleterre.

Le reste de l'Europe n'échappe pas non plus aux bouleversements. Le 18 août 1807, Napoléon Ier crée pour son frère Jérôme le royaume de Westphalie et lui fait épouser le 22 une princesse allemande afficher une illustration. Le 27, l'Empereur donne l'ordre d'occuper un certain nombre de provinces pontificales ; le 4 septembre, il fait fermer les ports de Hollande au commerce anglais ; le 23 novembre, il supprime le royaume d'Étrurie, qui redevient la Toscane et est occupé par les Français.

Toutes ces décisions impériales ne sont pas sans provoquer des résistances, parfois même dans les allées du pouvoir : le 9 août, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord perd le ministère des Affaires étrangères ; en décembre, Lucien Bonaparte, qui refuse de divorcer pour se prêter à la politique matrimoniale de son frère, se brouille avec Napoléon. Plus grave, le Pape Pie VII rejette, le 2 décembre, le traité négocié à Fontainebleau par ses cardinaux. Le 13, le philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte prononce son premier Discours à la nation allemande, qui réveille le nationalisme germanique.

En politique intérieure, l'année 1807 se signale par la suppression du Tribunat le 19 août, la publication du Code du commerce le 11 septembre et la création de la Cour des comptes le 16 du même mois.

Napoléon Bonaparte en 1808

1808 voit Napoléon réorganiser l'enseignement, dont le monopole est accordé à l'Université (17 septembre), avec Jean-Pierre Louis de Fontanes pour grand maître. Par ailleurs, le régime tourne de plus en plus le dos à ses origines : le décret du 1er mars instaure une nouvelle noblesse héréditaire en France ; le 24, la magistrature est « épurée » des éléments issus de la Révolution ; le 22 octobre, un décret substitue la mention « Empire français » à « République française » sur les monnaies. Quant aux besoins en soldats, il vont croissant : le 8 septembre, le Sénat approuve une levée extraordinaire de 160 000 soldats, qui regroupe les dispensés des classes de 1807 à 1809 et les conscrits de celle de 1810, appelés par anticipation.

Autre pilier du régime impérial qui risque de s'effriter : la paix religieuse. Début 1808, le conflit avec le Saint-Siège entre dans sa phase aigüe. Le 2 février, le général Sextius Alexandre François de Miollis, conformément à ses ordres, entre à Rome avec ses troupes. Bientôt, plusieurs provinces sont détachées des États pontificaux pour être réunies à l'Italie. Le Pape réagit en excommuniant Napoléon (27 mars) et, deux mois plus tard, en interdisant aux évêques français d'obéir à leur gouvernement.

Tout semble en revanche aller pour le mieux avec l'allié russe. Bien qu'ils n'aient pu s'entendre sur le partage des dépouilles d'un empire Turc qu'ils envisageaient de démembrer à leur profit, Napoléon et le tsar Alexandre 1er se rencontrent à Erfurt à la fin de septembre pour signer une convention renouvellant leur alliance. Ils se séparent quinze jours plus tard avec d'émouvantes manifestations d'amitié. Seule ombre au tableau : Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord profite de l'occasion pour mettre en garde le Tsar contre la « folie » de Napoléon.

Mais 1808 est principalement dominée par les affaires d'Espagne. En début d'année, Napoléon continue à faire entrer des troupes dans le pays tandis que la situation politique y devient de plus en plus instable. Le 18 mars, le peuple espagnol, poussé par le prince héritier Ferdinand, se soulève contre un projet de départ pour l'Amérique de la famille royale. Le lendemain, Charles IV abdique en faveur de son fils et Manuel Godoy, le premier ministre, est renversé. Refusant de reconnaître le fait accompli, Napoléon part pour Bayonne et y convoque la famille royale espagnole. Le 5 mai, Charles IV met sa couronne à la disposition de Napoléon, décision ratifiée par Ferdinand et ses frères le 10. Mais si les princes tremblent devant l'Empereur et se soumettent, il n'en va pas de même du peuple. Dès le 29 mars, une junte formée à Séville appelle le peuple aux armes contre les Français. Le 2, ce sont les madrilènes qui se soulèvent afficher une illustration. Malgré la dureté de la répression, leur exemple fait tâche d'huile. De nombreuses villes sont le théâtre d'insurrections anti-françaises durant les derniers jours du mois de mai et les premiers du mois de juin. Les troupes impériales y interviennent avec plus ou moins de réussite et connaissent le 22 juillet leur premier grand échec : à Bailen, le général Dupont de l'Etang capitule avec ses 20 000 soldats. Joseph Bonaparte, le nouveau roi d'Espagne désigné par Napoléon, est à Madrid depuis deux jours. Une semaine plus tard, il doit fuir sa capitale. Le 5 août, devant la gravité de la situation, Napoléon Ier envoie en Espagne la moitié des forces françaises d'Allemagne, qui mettent toutefois plusieurs semaines pour se rendre sur place et doivent affronter non seulement les insurgés espagnols mais aussi les troupes anglaises libérées par les défaites françaises au Portugal.

En effet les Britanniques, après avoir pris pied dans la péninsule ibérique le 8 juillet 1808, battu Junot le 21 août à Vimiero et obtenu de lui, le 30, la Capitulation de Cintra, entrent en Espagne le 15 octobre. Mais ils y trouvent une situation qui n'est plus celle du printemps et de l'été. Les Français sont à nouveau à l'offensive et accumulent les victoires, galvanisées par la présence de l'Empereur, qui les rejoint au début de novembre. Prudemment, l'armée anglaise se replie sur le Portugal. Après la victoire française de Somo-Sierra, le 30 novembre, Madrid n'a plus qu'à capituler. Napoléon y met en scène sa clémence et annonce un train de mesures révolutionnaires propres, croit-il, à lui concilier le peuple : suppression des droits féodaux, des douanes provinciales et du tribunal de l'Inquisition. Mais il instaure aussi une politique de réquisitions, visant à financer la guerre.

Le 11 décembre 1808, les Anglais se montrent à nouveau en Espagne, ce qui décide l'Empereur à prendre personnellement la direction des opérations contre eux. Mais la réception d'une dépêche envoyée par Jean-Jacques Régis de Cambacérès, l'informant des armements de l'Autriche, lui fait abandonner dès le 3 janvier 1809 la poursuite de l'armée anglaise et rejoindre Paris, laissant au maréchal Jean-de-Dieu Soult le soin de poursuivre les hostilités face aux Anglais dans la péninsule, avec des résultats mitigés.

Napoléon Bonaparte en 1809

Le 8 avril 1809, Napoléon voit les Autrichiens, soutenus financièrement par les Anglais, franchir les limites de la Bavière, état allié de la France et le 10 l'archiduc Jean de Habsbourg pénétrer en Italie. Il prend la tête de l'armée et défait les Autrichiens à Tengen, Abensberg, Eckmühl, Ratisbonne et Gora. Moins d'un mois après, l'Aigle est à Schoenbrunn (12 mai). Le 13, Vienne capitule. Quelques jours plus tard, Napoléon effectue une première tentative pour se porter sur la rive gauche du Danube où l'archiduc Charles de Habsbourg a regroupé ses troupes (bataille d'Essling, 20-22 mai). C'est un échec, qui provoque des pertes considérables et la mort du maréchal Jean Lannes. Un mois plus tard, les 5 et 6 juillet, presque sur le même terrain, Napoléon, qui a reçu le renfort de l'armée d'Italie amenée par le prince Eugène et Étienne Jacques Joseph Alexandre Macdonald, inflige aux armées autrichiennes la défaite de Wagram afficher une illustration. Le 11, une nouvelle victoire française, à Znaïm, décide l'empereur d'Autriche François Ier à demander un armistice, qui est signé le lendemain. Le 14 octobre, le traité de Vienne clôt la campagne.

Celle-ci a néanmoins mis en évidence un renouveau du nationalisme allemand, gros de conséquences à venir. Il se traduit, entre autres, par les tentatives d'assassinat dont l'Empereur est la cible, le 23 mai à Ratisbonne et le 13 octobre à Vienne, cette dernière perpétrée par Friedrich Staps. Celui-ci est exécuté le 17, malgré les efforts faits par Napoléon pour lui laisser la vie sauve.

Dans l'immédiat, Napoléon Ier se voit proposer en novembre 1809 par le prince Clément de Metternich, devenu chancelier d'Autriche en juillet et qui souhaite mener une politique de rapprochement avec la France, d'épouser l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Le 15 décembre suivant, Napoléon et Joséphine déclarent renoncer à leur union. Le 16, leur mariage est dissout par un acte du Sénat. Le 9 janvier suivant, il est déclaré nul par l'Officialité de Paris, ce qui n'améliore pas les relations de Napoléon et du Pape.

Celles-ci n'ont d'ailleurs pas cessé de se détériorer tout au long de l'année. Le 17 mai, Napoléon réunit par décret les États du Pape à l'Empire français. Le 10 juin, le Pape rend publique la bulle d'excommunication de Napoléon ; le 6 juillet, le souverain pontife est arrêté et conduit à Savone ; le 26 août, il refuse d'investir les évêques, ce qui conduit l'Empereur à nommer, le 16 novembre, un Comité des évêques chargé d'examiner le conflit entre l'Empereur et le Pape. C'est son oncle, Joseph Fesch archevêque de Paris depuis le 31 janvier qui en est le président.

Napoléon Ier achève l'année 1809 par une vague de nominations ducales (Fouché devient duc d'Otrante, Régnier duc de Massa, Champagny duc de Cadore, Gaudin duc de Gaète, Clarke duc de Feltre, Maret duc de Bassano) et l'annexion des provinces illyriennes (29 décembre) dont Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont assure le gouvernement.

Napoléon Bonaparte en 1810

Le début de l'année 1810 est consacré par Napoléon au choix délicat d'une nouvelle épouse. Il s'adresse pour cela au Conseil privé, qui lui propose plusieurs options : la future impératrice pourrait être russe, autrichienne, saxonne ou même française. La première éventualité est vite abandonnée devant le refus du tsar Alexandre d'accorder la main de sa soeur. Le choix d'une épouse autrichienne s'impose et, le 7 février, un contrat de mariage provisoire est signé entre Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, que la cour de Vienne ratifie le 16. Le 13 mars, Marie-Louise se met en route et le mariage civil a lieu le 1er avril. Le lendemain, le mariage religieux, célébré par le cardinal Fesch, est l'occasion d'une nouvelle aggravation du différent entre Napoléon et l'église : treize cardinaux italiens s'abstiennent d'y assister, sans craindre de s'exposer à une inculpation pour injures graves envers l'Empereur.

En effet, malgré les efforts de l'Empereur pour réveiller dans son clergé les vieux réflexes gallicans (série de question du 11 janvier au Comité des évêques), l'autorité du Pape reste grande. Le cardinal Fesch lui-même y cède, en septembre, lorsqu'il refuse d'occuper l'archevéché de Paris. Il revient donc à l'ex-émigré Jean-Siffrein Maury qui ne l'obtient que pour se voir aussitôt interdire d'exercer ses fonctions par Pie VII (5 novembre puis 18 décembre), dont les nombreux griefs à l'égard de Napoléon se sont alourdis depuis l'annexion de Rome par l'Empire le 17 février 1810 et l'attribution du titre de roi de Rome au prince impérial, encore à naître.

La réputation d'ogre de Napoléon, en cette année 1810, est par ailleurs justifiée par d'autres agrandissements de l'Empire. Le 14 janvier, le royaume de Westphalie en donne le signal en annexant le Hanovre. Le 16 mars, la France grignote le sud de la Hollande, avant de l'avaler le 9 juillet, après l'abdication de Louis Bonaparte. En décembre, le 13, c'est au tour des régions côtières de l'Allemagne. L'Empire atteint alors son extension maximale (130 départements), mais le Tsar est mécontent que son beau-frère perde le duché d'Oldenbourg à cette occasion. Cette expansion, comme le reste de la politique extérieure de Napoléon, a pour but principal le renforcement du blocus continental.

C'est pour ces mêmes raisons qu'il conclut une alliance avec la Suède le 6 janvier 1810 et se rapproche des États-Unis par la prise de décrets favorisant la liberté du commerce entre les deux pays. Le décret de Trianon (5 août), qui frappe les denrées coloniales de taxes exorbitantes est pris dans le même esprit : se passer des importations d'origine anglaise.

Mais cette politique impériale se dirige vers un échec. La péninsule ibérique n'est pas soumise, le peuple espagnol restant profondément hostile et les anglais continuant à tenir le Portugal. A l'autre bout de l'Europe, le Tzar, cédant au mysticisme et à son aristocratie, interdit en décembre 1810 l'entrée des marchandises françaises dans l'empire russe, ce qui amène Napoléon, au début de l'année 1811, à lui écrire une lettre constatant la rupture de leur alliance.

Napoléon Bonaparte en 1811

Les relations de Napoléon et d'Alexandre 1er vont en empirant tout au long de 1811. Bien qu'averti des dangers d'une campagne militaire en Russie par Armand de Caulaincourt – de retour en juin de son ambassade de Saint-Petersbourg – l'Empereur, devant le corps diplomatique rassemblé pour célébrer son anniversaire, menace la Russie d'une guerre. En décembre il offre à l'Autriche et à la Prusse de se coaliser avec lui contre le Tsar, après avoir pourtant refusé en février les offres de Bernadotte, porteur d'une proposition d'alliance avec la Suède, si utile dans la perspective du conflit qui se profile.

Ceux déjà en cours ne lui apportent pourtant que des satisfactions mitigées.

Dans la péninsule ibérique, si Louis Gabriel Suchet obtient des succès en Catalogne, André Masséna ne parvient pas à venir à bout de Wellington. Napoléon le remplace par Auguste Marmont, refusant d'admettre que les armées françaises, harcelées par des guerilleros insaisissables et de plus en plus audacieux, ont perdu leur supériorité sur leurs adversaires anglo-hispano-portugais. Pourtant, Jean de Dieu Soult lui-même, qu'il a qualifié au soir d'Austerlitz, de "premier manoeuvrier de l'Europe", se fait battre à La Albuera.

Dans le conflit franco-britannique, Napoléon pense au contraire marquer des points. Mais son appréciation est faussée par le bilan exagérément optimiste de la crise économique sévissant en Grande-Bretagne que lui présente le ministre des Finances, Martin Michel Charles Gaudin.

Le Pape et l'Église, enfin, continuent à lui tenir tête. En avril 1811, Napoléon convoque les évêques de l'Empire en concile national mais dissout cette assemblée dès juillet, les ecclésiastiques ayant déclaré le consentement du Pape indispensable à la validité de leurs décrets. L'Empereur prend alors de sa propre autorité les mesures qu'il juge nécessaires. Le 27 juillet, il réglemente l'institution des évêques, par décret impérial, dans le sens d'une diminution des droits du Pape. Pie VII accepte ces nouvelles règles sauf dans les États pontificaux annexés à l'Empire, dont il refuse d'investir les évêques

Sur la scène intérieure, en revanche, l'Empereur ne connait pas de graves soucis. Tout juste s'il doit, peu après avoir promulgué le Code pénal et le Code de procédure criminelle, interdire à Chateaubriand de prononcer son discours de réception à l'Académie française. L'écrivain y attaque en effet son prédécesseur, le régicide Marie-Joseph Chénier, s'opposant ainsi à la politique impériale qui cherche à étouffer le souvenir des vieilles querelles. Seul sujet de préoccupation, les mauvaises récoltes, qui conduisent Napoléon, en août 1811, à décider la création d'un conseil des subsistances, destiné à faire face aux menaces de pénurie alimentaire.

C'est sur le plan privé que l'année est le plus satisfaisante. Le 20 mars 1811 naît à Napoléon un fils, prénommé Napoléon François Charles Joseph Bonaparte, qui reçoit le titre de roi de Rome et pour qui l'Empereur entreprend rapidement la construction d'un palais sur la colline de Chaillot (ce qui a aussi l'avantage de donner du travail aux ouvriers, frappés par une crise économique). Deux mois plus tard (22 mai), l'Empereur et l'Impératrice entament un voyage officiel dans l'Ouest dont ils reviennent pour le baptême du roi de Rome (9 juin). Nouveau voyage du couple impérial, en Hollande cette fois, de septembre à novembre.

Napoléon Bonaparte en 1812

Durant toute l'année 1812, Napoléon 1er se soucie essentiellement de la préparation puis de l'exécution de la Campagne de Russie. Il doit cependant, au printemps, prendre des mesures pour tenter de conjurer la disette qui sévit dans plusieurs départements, ce qui le conduit à faire adopter une loi sur les grains le 4 mai et à taxer le prix du blé le 8. Mais ces préoccupations intérieures, pas plus que ses démélés avec le Pape Pie VII (rupture du Concordat de 1801 le 23 février, décision de transférer le Saint-Père à Fontainebleau le 21 mai), ou que les nouvelles mitigées qui lui arrivent d'Espagne, faisant état des succès inquiétants enregistrés par Wellington, ne peuvent distraire longtemps son attention des affaires russes.

En janvier, l'Empereur ordonne à Louis-Nicolat Davout d'occuper la Poméranie suédoise, ce qui détermine Jean-Baptiste Jules Bernadotte à proposer peu après l'alliance suédoise au Tsar Alexandre Ier. En février, Napoléon oblige le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III à lui promettre un contingent de vingt mille hommes pour la future campagne. En mars, les troupes françaises entrent en Prusse et l'Autriche à son tour est taxée : d'elle, ce sont trente mille hommes qui sont exigés. A la réaction du Tsar, qui est de faire parvenir à son ambassadeur à Paris un ultimatum à destination du gouvernement français et d'accepter l'alliance offerte par Bernadotte, Napoléon réplique en mettant sur le pied de guerre les corps d'armée stationnés en Allemagne.

Après la présentation de l'ultimatum du Tsar à Napoléon, celui-ci quitte Paris le 5 mai et rejoint la Grande Armée stationnée à Königsberg le 12 juin.

Le 24, l'Empereur franchit le Niémen, après avoir refusé de reconstituer le royaume de Pologne et ordonné de dissoudre la diète polonaise de Varsovie, qui réclamait cette reconstitution. Le 28, Napoléon entre à Wilno (ou Vilna, l'actuelle Vilnius) et s'y attarde dix-huit jours, ce qui, selon Antoine de Jomini, constitue la plus grande erreur qu'il ait commise de toute sa vie. L'armée se remet donc en marche le 16 juillet et l'Empereur entre à Vitebsk le 28, affirmant à Murat que : « la première campagne de Russie est terminée. 1813 nous verra à Moscou, 1814 à Saint-Pétersbourg. La guerre de Russie est une guerre de trois ans. » Après un nouvel arrêt de quinze jours, Napoléon se remet pourtant en marche le 13 août en direction de Smolensk, passe le Dniepr et entre le 18 dans la ville évacuée la veille par les Russes. L'étape suivante le mène à Wiazma, où il pénètre le 29, le jour de la nomination de Mikhaïl Illarionovitch Golenichtchev-Koutouzov comme commandant en chef des troupes russes. Trois jours plus tard, Napoléon écrit à Marie-Louise : « Voilà dix-neuf ans que je fais la guerre et j'ai donné bien des batailles et fait bien des sièges en Europe, en Asie, en Afrique. Je vais me dépêcher de finir celle-ci pour te revoir bientôt ». Il croit en avoir l'occasion le 7 septembre, lorsque les Russes acceptent enfin une confrontation générale : c'est la bataille de la Moskova (ou Moskowa), pour laquelle l'Empereur a galvanisé ses troupes en exposant le portrait du roi de Rome peint par Gérard devant sa tente. L'engagement, excessivement meurtrier, n'est pas décisif. Les Russes évacuent cependant Moscou mais n'abandonnent à Napoléon qu'une ville déserte et incendiée où il entre le 14 septembre. Déçu dans son attente de recevoir du Tsar des offres de paix, il se décide à faire lui-même des propositions confidentielles qui restent sans effet.

Il lui faut donc maintenant envisager la retraite. Dès le 5 octobre, il commence à prendre des dispositions en ce sens mais s'attarde pourtant dans la capitale russe pendant quinze jours encore malgré les premières chutes de neige, prenant le temps de réorganiser la Comédie-Française par le « décret de Moscou » daté du 15. Le 19, enfin, il donne le signal du départ.

La retraite, qui se fait sur la route dévastée à l'aller, tourne vite au cauchemar. Dès le 25 octobre, Napoléon lui-même manque d'être enlevé par un parti de cosaques. Le 31, l'Empereur arrive à Wiazma, le 9 novembre, peu après avoir reçu la nouvelle de la conspiration du général Malet, il est à Smolensk. Lorsqu'il quitte la ville, le 14, la température est de -25°C. Les jours suivants, il dirige une série d'engagements connus aujourd'hui sous le nom de bataille de Kransoïe, qui voit le maréchal Michel Ney, commandant de l'arrière-garde, se couvrir de gloire malgré la perte de la plupart de ses hommes. La bataille, victoire ou défaite, permet au moins à l'Empereur de franchir le Dniepr et d'atteindre la ville d'Orscha, où il se charge personnellement de brûler ce qu'il veut éviter de voir tomber aux mains des Russes. Quelques jours plus tard, face à la Bérézina, ce sont les aigles de tous les corps qu'il fait brûler, ainsi que les fourgons et les voitures qui suivent encore l'armée. Le 27, Napoléon et sa garde passent le fleuve sur les ponts construits par Eblé et ses pontonniers.

Le 5 décembre, après avoir confié l'armée à Joachim Murat, l'Empereur part pour Varsovie en compagnie d'Armand de Caulaincourt. Il y arrive le 10 et repart immédiatement. Le 18, peu avant minuit, il est aux Tuileries.

Durant les derniers jours de l'année, il tente, par son attitude et ses activités (audiences, chasses, visite du Salon du Louvre), de combattre la calamiteuse impression laissée par la publication dans le Moniteur de la nouvelle du désastre militaire de la Campagne de Russie.

Napoléon Bonaparte en 1813

Dès les premiers jours de 1813, Napoléon 1er entreprend de se préparer aux conséquences de la campagne de Russie. Le 11 janvier, il obtient du Sénat 350 000 hommes. Quelques jours plus tard, il organise puis met en place un conseil de régence : Marie-Louise devient régente avec Cambacérès comme conseiller secret.

Tout en anticipant ainsi la reprise des hostilités, l'Empereur joue également la carte diplomatique. À l'Autriche, qui se pose en médiatrice dans le conflit franco-russe, il offre de restituer l'Illyrie. Du Pape Pie VII, il obtient, le 25 janvier, à Fontainebleau, la signature d'un nouveau concordat.

Mais ces efforts ne sont pas fructueux et les succès mêmes ne sont que provisoires : moins de deux mois après l'avoir signé, le Saint-Père dénonce le concordat ; l'Autriche, le 7 avril, rejette les propositions françaises. L'offensive russo-prussienne (la Prusse a déclaré la guerre à la France le 17 mars) ayant entre temps atteint Hambourg et Dresde, Napoléon, après avoir obtenu 180 000 hommes supplémentaires du Sénat, part pour l'armée le 15 avril. Le 25, il est à Erfurt et prend le commandement des troupes.

Bien qu'endeuillée par les morts du maréchal Bessières et du grand-maréchal du Palais Duroc, la première partie de la campagne est favorable aux armes françaises. Les batailles de Lützen (2 mai) et Bautzen (20-21 mai) sont des succès, que Napoléon ne peut complètement exploiter, faute de cavalerie ; Dresde et Hambourg sont reprises. L'Empereur accepte pourtant de signer l'armistice de Pleiswitz, commettant ainsi, selon Antoine-Henri de Jomini, « sa plus grande erreur pendant sa carrière de général en chef  ». Napoléon 1er espère sans doute, à l'occasion des pourparlers qui vont s'engager, éviter l'entrée en guerre de l'Autriche, encore officiellement neutre. Il escompte par ailleurs reconstituer la cavalerie qui lui fait défaut. Il est possible enfin qu'il cherche à montrer à l'opinion publique française, de plus en plus hostile au régime, qu'il ne porte pas la responsabilité du conflit.

Quoi qu'il en soit, ce sont les coalisés qui tirent le plus grand profit de la suspension d'armes. Metternich et le Tsar Alexandre Ier se sont déjà entendus. Les pourparlers, qui prennent le nom de congrès de Prague, n'ont d'autre but que de donner le temps à Karl Philipp de Schwartzenberg de rassembler et d'organiser les forces autrichiennes. Quand Napoléon accepte la plus grande part des conditions, pourtant très dures, qui lui sont proposées, Metternich en ajoute d'autres, irrecevables.

Le 10 août 1813 à minuit, le chancelier autrichien clotûre le congrès. Deux jours plus tard, l'Autriche, financée par l'Angleterre, tout comme le sont la Russie et la Prusse, déclare la guerre à Napoléon.

Les 26 et 27 août, à Dresde, l'Empereur remporte sa dernière grande victoire en Allemagne. Mais il voit, autour de lui, ses maréchaux et généraux subir défaites sur défaites (Oudinot, Vandamme, Ney), son frère Jérôme fuir sa capitale de Cassel devant un raid de cosaques et ses alliés le trahir. La Bavière fait défection le 8 octobre. Pire, l'armée saxonne retourne ses armes au plus fort de la bataille de Leipzig et achève dans les rangs coalisés un combat qu'elle a entamé sous le drapeau impérial.

Défait, Napoléon entame une retraite qui le conduit le 23 octobre à Erfurt (où Joachim Murat le quitte pour rejoindre Naples), le 30 à Hanau, où il bat les Bavarois, le 2 novembre à Francfort-sur-le-Main, avant de passer le Rhin. Le 9, il est de retour à Paris.

Une semaine plus tard, il propose aux coalisés, qui touchent aux frontières de la France, un congrès pour discuter de la paix. Les alliés réagissent par une déclaration, dite de Francfort, affirmant qu'ils ne font pas la guerre à la France, mais à Napoléon. Puis ils franchissent à leur tour le Rhin (2 décembre).

L'Empereur, après avoir fait examiner les autres propositions contenues dans la déclaration de Francfort par le Corps législatif, envoie vingt-trois sénateurs et conseillers d'État dans les divisions militaires pour accélérer la conscription (la classe 1815 vient d'être appelée par anticipation) et l'organisation des gardes nationales.

Dans la situation désespérée où il se trouve – les Anglais sont dans le Sud-Ouest et en Toscane, les Autrichiens en Alsace et en Suisse, les Russes en Hollande ; il vient d'avoir à reconnaître le titre de roi d'Espagne à Ferdinand VII par le traité de Valençay ; Metternich ne fait à ses propositions que des réponses dilatoires – Napoléon doit encore subir la révolte, tardive, du Corps législatif qui, le 29 décembre, condamne « l'activité ambitieuse » de l'Empereur.

Celui-ci clôt donc le registre de ses actes publics de l'année 1813 en ajournant cette assemblée.

Napoléon Bonaparte en 1814

La colère de l'Empereur contre les députés continue de s'exhaler le 1er janvier 1814, à l'occasion de la réception du jour de l'an : il apostrophe durement les parlementaires présents et les invite à retourner dans leurs départements. Dans les jours qui suivent, il déploie une activité intense pour se préparer à repousser l'invasion. Au cours du mois de janvier, il crée des corps francs à Paris, met en activité la garde nationale de la capitale et présente le roi de Rome à ses officiers, envoie Armand de Caulaincourt négocier avec les coalisés, rappelle en France Eugène de Beauharnais et ses troupes, ordonne de ramener le Pape Pie VII en Italie, nomme son frère Joseph lieutenant général de l'Empereur et part finalement rejoindre l'armée, le 25. Il ne reverra jamais ni sa femme ni son fils afficher une illustration.

Chaussant, comme il le dira lui-même, « les bottes du général de l'armée d'Italie », il ne perd pas un instant pour engager la lutte. Le 27 janvier 1814, il bat l'avant-garde de Blücher à Saint-Dizier. Deux jours plus tard, à la tête des « Marie-Louise », tout jeunes soldats encore inexpérimentés, il récidive à Brienne. Ces succès, quoi que ternis par l'échec subi le 1er février à La Rothière, face aux forces austro-prussiennes réunies, lui permettent d'obtenir l'ouverture d'une conférence franco-alliée, le 3, à Châtillon-sur-Seine. Les conditions qu'on lui propose – retour de la France à ses limites antérieures à la Révolution – sont telles qu'il les refuse et que la conférence est suspendue dès le 7.

Après avoir dû faire retraite sur Nogent, et avoir envisagé l'évacuation de Paris par le gouvernement, Napoleon 1er obient du 10 au 19 février une série de victoires sur les armées Prussiennes, Autrichiennes et Russes (Champaubert, Montmirail, Château-Thierry, Vauchamps, Mormant, Nangis, Montereau) qui entraîne la reprise de la conférence de Châtillon sans interrompre les hostilités. à nouveau, Napoléon rejette les propositions qui lui sont faites mais propose à son beau-père l'empereur François 1er la paix sur les bases de la déclaration de Francfort (4 décembre 1813). Une nouvelle victoire sur Blücher, le 22 février, amène les alliés à se réunir à Troyes pour tenir un conseil de guerre qui décide de la retraite et offre à Napoleon 1er une suspension d'armes.

Fin février, parallèlement aux discussions de Châtillon, des négociations sont donc menées à Lusigny en vue d'un armistice. Leur échec amène Napoléon à prendre deux décrets par lesquels il appelle tous les Français à mener contre l'ennemi une guerre de partisans et à s'insurger contre les autorités qui tenteraient de les en détourner. Le 7 mars 1814, L'Empereur est à nouveau victorieux à Craonne mais sans pouvoir couper aux Alliés la route de Paris. De nouvelles batailles restent nécessaires. Les 9 et 10, à Laon, Napoléon échoue encore à obtenir un avantage décisif et doit se replier sur Soissons. Le 13 mars, dernier succès, il reprend Reims mais le 20, lendemain du jour où se sont définitivement interrompues les négociations de Châtillon, il subit à Arcis-sur-Aube un échec qui l'oblige à se retirer derrière l'Aube et à laisser les Alliés marcher sur Paris. Il conçoit alors le plan de couper les lignes de ravitaillement des Alliés et se dirige sur Saint-Dizier. Mais l'interception de sa correspondance, en révélant à l'ennemi l'existence d'un fort parti royaliste dans la capitale, convainc les stratèges étrangers de continuer leur offensive.

Napoléon est à Fontainebleau, le 31 mars 1814, quand tombe Paris. Il est presque aussitôt, le 2 avril, déclaré déchu de son trône par un Sénat qui vient d'investir un gouvernement provisoire dominé par Talleyrand. Le Corps législatif ayant voté la même résolution le 3, L'Empereur signe le 4, à Fontainebleau, une formule d'abdication conditionnelle, qui préserve les droits de son fils et de l'Impératrice régente. Mais après une entrevue avec ses maréchaux, le 6 avril, Napoleon renonce pour lui et sa famille aux trônes de France et d'Italie, comme l'exigent les souverains étrangers.

Après avoir oscillé pendant quelques jours entre découragement et velléités de revenir sur son abdication, Napoléon finit par céder au désespoir et le 12 avril, au témoignage de Caulaincourt, tente de se suicider par empoisonnement. Y ayant échoué, il se résigne le lendemain à accepter l'offre qu'on lui fait de la souveraineté de l'île d'Elbe (« L'île de Sancho Pança donnée à César», dira l'historien Henry Houssaye). Le 20 avril, il fait ses adieux à sa garde dans la cour du Cheval-Blanc du château de Fontainebleau afficher une illustration et part en compagnie de Bertrand, Drouot, Cambronne et de six cents hommes.

Napoléon embarque le 28 avril à Saint-Raphaël, sur la frégate anglaise The Undaunted, après avoir soulevé sur son passage, en Provence, de vives manifestations d'hostilité. Le 4 mai 1814, il pose le pied dans son nouveau "royaume". Sa soeur Pauline, Madame Mère, Maria Walewska et le fils de celle-ci l'y rejoignent bientôt, pas Marie-Louise, qui se console de l'exil de son impérial mari dans les bras du général autrichien Neipperg. Sur le théâtre miniature qu'on lui a imposé, Napoléon déploie néanmoins toute l'activité dont il est capable, réalisant en quelques mois un prodigieux travail de réorganisation. L'ex-arbitre de la politique européenne semble avoir accepté le sort qui lui est fait. Il ne s'en tient pas moins au courant des évolutions de la situation politique en France.

Napoléon Bonaparte en 1815

Début 1815, à toutes les bonnes raisons que Napoléon possède déjà de « sortir de son île par une héroïque aventure » –  l'ennui, la crainte de l'assassinat, les difficultés financières dues au non-versement de la dotation promise, les bruits sinistres de déportation qui filtrent de Vienne – vient s'ajouter la connaissance positive du mécontentement croissant que suscitent les Bourbons. Vers la mi-février, Hugues Bernard Maret envoie à l'Empereur un émissaire pour lui conseiller de hâter son retour, afin de profiter de l'impopularité d'un régime qui multiplie les mesures vexatoires à l'égard des républicains et des bonapartistes. Napoléon, alors, se décide et passe à l'acte.

Le 25 février, trois proclamations, datées du 1er mars et adressées au peuple français, à l'armée et à la garde, sont imprimées sur l'île d'Elbe. Le lendemain, à neuf heures du soir, c'est l'appareillage. Napoléon est à bord du brick l'Inconstant, qu'accompagne une flottille de quatre trois-mâts et deux felouques. Sept-cents hommes et quatre pièces de canons composent son armée.

Après une traversée sans encombre, le débarquement a lieu le 1er mars à Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes. Lecture est aussitôt donnée de la proclamation destinée à l'armée, dans laquelle Napoleon affirme que « l'Aigle, avec les couleurs nationales, volera de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame ».

Napoléon choisit de rallier Lyon par les Alpes, pour éviter les villes royalistes de la vallée du Rhône. Le 4 mars 1815, il est à Digne, le 5 à Sisteron puis à Gap. Le 7, alors que l'ordonnace royale ordonnant de lui « courir sus » et de le fusiller sur simple constatation de son identité date de la veille, il obtient, à Laffrey, les premiers ralliements de troupes. En soirée, il fait son entrée à Grenoble. A Lyon, le 10, la population lui fait un triomphe, ainsi qu'aux 7 000 hommes qui déjà l'accompagnent. Le lendemain, il prend ses premiers décrets, rétablissant le drapeau tricolore, renvoyant les Chambres et ordonnant aux émigrés rentrés après le 1er janvier 1814 de sortir immédiatement de l'Empire. Il poursuit ensuite sa marche sur Paris par Mâcon, Chalon-sur-Saône et Dijon. Le 18 mars, Michel Ney, qui avait pourtant promis de le ramener au roi dans une cage de fer, rejoint Napoleon 1er à Auxerre et se rallie. Enfin, le 20 mars 1815, Napoleon 1er entre triomphalement à Paris, le jour anniversaire de la naissance du Roi de Rome. Le soir-même, il constitue son gouvernement. Le « prodige de l'invasion d'un seul homme », comme l'écrira Chateaubriand, s'est accompli.

Dans les jours qui suivent, l'Empereur prend une série de mesures emblématiques qui semblent destinées à rappeler les origines républicaines de son régime : suppression de la censure, réactualisation des lois révolutionnaires contre les Bourbons, prise de commandement de la garde nationale de Paris par l'Empereur en personne. Bientôt, Benjamin Constant, à qui Napoléon a commandé une Constitution le 14 avril, bâcle en quelques jours un Acte additionnel aux constitutions de l'Empire que l'Empereur promulgue le 22 (mais la proclamation officielle, après référendum, n'a lieu que le 1er juin lors de la cérémonie du Champ de mai) et qui ne satisfait personne.

On l'applique cependant aussitôt, et le mois de mai, qui voit par ailleurs la réconciliation de Napoléon et de son frère Lucien, est surtout dominé par les élections. Soigneusement mitonnées par Joseph Fouché qui prévoit déjà le dénouement de l'aventure et prépare la suite, elles amènent à la Chambre une large majorité libérale (500 élus), 80 bonapartistes et une quarantaine de républicains. Napoléon, qui n'est pas la dupe de son ministre, lui déclare un jour : « Vous êtes un traître, Fouché, je devrais vous faire pendre. » Mais l'autre se contente de répondre « Je ne suis pas de l'avis de votre Majesté » et de continuer sa besogne.

Napoléon laisse faire car sa grande préoccupation, c'est la guerre. Depuis le début, elle menace. Le 29 mars 1815, malgré les conseils de son beau-frère, Joachim Murat déclenche les hostilités contre l'Autriche en Italie. Napoléon tente bien, le 4 avril, d'écrire aux souverains européens pour faire savoir qu'il accepte le traité de Paris du 30 mai 1814 mais ceux-ci ont déjà déclaré que « Napoléon Bonaparte s'est placé hors des relations civiles et sociales et comme ennemi et perturbateur du monde, il s'est livré à la vindicte publique ». Leur intransigeance est totale. Le 25 avril, ils prennent l'engagement de ne pas déposer les armes avant d'avoir abattu Napoléon. Il ne reste plus à l'Empereur qu'à mettre sur pied une armée.

Le 12 juin 1815, huit jours après la distribution des aigles dans la grande galerie du Louvre, Napoléon quitte Paris pour rejoindre l'armée du Nord. En partant, il dit à la femme du général Bertrand ces quelques mots, qui ne trahissent pas une bien grande confiance : « Eh bien, Madame Bertrand, pourvu que nous ne regrettions pas l'île d'Elbe. » Il n'en adresse pas moins, le 14 juin, une nouvelle proclamation à ses troupes, à la tête desquelles il franchit la Sambre le lendemain. La campagne de Belgique débute par une victoire sur les Prussiens à Gilly, près de Charleroi. Le 16, à Ligny, dans la plaine de Fleurus, Napoléon fait subir à l'ennemi des pertes sévères sans cependant parvenir à l'anéantir tandis que Michel Ney échoue devant Arthur Wellesley de Wellington, à la bataille des Quatre-Bras. Le 18, c'est la bataille de Waterloo...

De retour à l'Élysée le 21 juin, Napoleon se heurte à l'hostilité des chambres parlementaires et n'ose rééditer Brumaire, comme le lui conseillent Lucien et Davout, au risque d'allumer la guerre civile. Le 22, il abdique en faveur de son fils mais Fouché forme un gouvernement provisoire, prend la direction des affaires et élude la proclamation de Napoléon II.

Cependant, la présence de l'Empereur à Paris gêne, d'autant que le petit peuple et l'armée lui restent favorables. Le 25 juin 1815, on lui fait quitter la capitale pour Malmaison puis le 29, après qu'il a proposé de servir comme simple général, on l'expédie à Rochefort, où il arrive le 3 juillet.

Son projet est d'abord d'émigrer aux États-Unis mais il doit bientôt se résigner à se rendre aux Anglais en apprenant que Fouché, qui lui a promis un passeport, compte en fait le livrer aux royalistes. Le 15 juillet, il embarque sur le HMS Bellerophon, commandé par le capitaine Frederick Maitland, qui appareille vers l'Angleterre afficher une illustration.

A Plymouth, sans laisser Napoléon poser le pied sur le sol anglais, on lui notifie la décision de déportation prise par le gouvernement anglais. Napoléon se plaint avec véhémence de la bassesse du procédé. Le 7 août 1815, il est transféré à bord du HMS Northumberland, qui appareille à destination de Sainte-Hélène, île située au milieu de l'Atlantique sud. Il y débarque le 16 octobre.

Napoléon séjourne d'abord, jusqu'au 10 décembre, au pavillon des Briars, propriété de William Balcombe, agent de la compagnie des Indes, avant d'emménager, le 10 décembre 1815, à Longwood.

Napoléon Bonaparte sur son lit de mort

La résidence choisie pour Napoléon par ses gardiens anglais, sous prétexte de sécurité, est peu en rapport avec ce que pourrait attendre un souverain détrôné qui s'en est volontairement remis à la générosité de ses ennemis. Alors qu'il existe sur l'île une forteresse qui ferait une résidence acceptable, Napoléon se voit relégué à l'intérieur d'une bâtisse conçue pour n'être qu'une résidence d'été, où l'humidité règne en maître, sise sur un plateau insalubre, battu par les vents. Peut-être ses gardiens voient-ils là une leçon d'humilité donnée à celui auquel ils affectent par ailleurs de ne reconnaître que la qualité de général.

D'abord placé sous l'autorité de l'amiral Sir George Cockburn, Napoléon reçoit bientôt un nouveau geôlier en la personne du général Sir Hudson Lowe, qui débarque à Sainte-Hélène le 14 avril 1816. Une première entrevue, le 17, laisse l'Empereur sur une impression favorable. Mais Lowe se montre vite tatillon, soupçonneux et mesquin. Ses rapports avec Napoléon se dégradent rapidement. En tout, les deux hommes ne se rencontrent que cinq fois. Après le 18 août 1816 et une violente algarade, ils ne se voient plus.

Comme l'exilé refuse de recevoir les commissaires russes ou autrichiens qui séjournent dans l'île, sa société se résume donc pour l'essentiel aux quelques fidèles qui composent son entourage immédiat : le comte de Las Cases ; le grand-maréchal du palais Bertrand et sa femme ; le général comte de Montholon et son épouse ; le général baron Gourgaud. S'y ajoutent Louis Marchand, son valet de chambre, Jean-Baptiste Cipriani, son maître d'hôtel, Louis-Étienne Saint-Denis, dit le mamelouk Ali, et Jean-Noël Santini, sorte d'homme à tout faire.

Encore ce groupe se réduit-il au fil du temps. Santini est le premier à quitter Sainte-Hélène, le 19 octobre 1816, lorsque Sir Hudson Lowe exige le départ de trois domestiques ; Las Cases est expulsé le 25 novembre de la même année pour avoir tenté de correspondre avec la France ; le 15 mars 1818, c'est au tour de Gourgaud de s'en aller, sa cohabitation avec Montholon étant devenu impossible ; enfin, le 2 juillet 1819, Albine de Montholon, dernière maîtresse de Napoléon, abandonne amant et mari pour rentrer en France.

Les cinq années de sa captivité s'étirent, pour l'Empereur déchu, cet homme capable d'une prodigieuse activité, sans un événement ou presque, sinon les dérisoires querelles qui déchirent son entourage, miné par l'ennui et le mal du pays. Désoeuvré, Napoléon passe en revue sa vie, dicte ses souvenirs, peaufine sa légende... et dépérit peu à peu.

Alors que sa santé est restée satisfaisante jusqu'en août 1817, elle se met ensuite à se dégrader. De surcroit, les médecins qui le soignent sont éloignés les uns après les autres : le docteur John Stokoe, chirurgien du vaisseau anglais le Conquérant, est accusé de sympathie à l'égard de l'empereur, rapatrié et radié des cadres de la marine anglaise ; le médecin irlandais Barry Edward O'Meara, dont les soins se montrent efficaces, est expulsé à son tour en septembre 1818 par Hudson Lowe. Si bien qu'après l'attaque que Napoléon subit, dans la nuit du 16 janvier 1819, et qui le laisse en proie à des douleurs pénétrantes dans le côté droit, il se retrouve privé de soins, ayant refusé de consulter les médecins anglais disponibles. La famille de l'Empereur, et singulièrement le cardinal Fesch, lui envoie alors le docteur François Antommarchi, qui arrive à Sainte-Hélène le 19 septembre 1819. Malheureusement, Napoléon conçoit bientôt de lui la plus mauvaise opinion, au point d'amener le praticien à envisager de quitter l'île en janvier 1821. Napoléon lui ferme alors sa porte, qui ne se rouvre que durant les derniers jours. C'est donc finalement le chirurgien militaire anglais Archibald Arnott qui donne au captif ses ultimes soins.

Au printemps 1821, du 13 au 29 avril, alors que la maladie est proche de parachever son oeuvre, Napoléon rédige minitieusement un testament et sept codicilles, cherchant à n'oublier aucun de ses fidèles et instituant pour exécuteurs testamentaires Charles-Tristan de Montholon, Henri-Gatien Bertrand et Louis Marchand, qu'il vient de faire comte.

Enfin, l'Empereur adresse ses suprêmes recommandations à son fils – ce fils dont pas une ligne ne lui est parvenue durant toute sa détention – pour le cas où il accéderait au trône de France. Le texte de ses conseils est dicté à Montholon le 17 avril 1821.

Napoléon meurt le 5 mai 1821, à 17 heures 49.



Se libérer d'un jeu de cadres (frames) ] [ Les webmestres ] [ Contact ]
Liens ] [ Plan du site ] [ Accessibilité ] [ Mentions légales ]
Livre d'or Récompenses de notre site Etiqueté grâce à ICRA Valid XHTML 1.0 Strict Valid CSS!    CopyrightFrance.com

Site conçu pour une résolution minimum de 1280 x 800 pixels. Dernière modification le 2010-02-10 22:02:04.
Copyright © 2008-2010 Lionel A. Bouchon et Didier Grau
Haut de page