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Napoléon & Empire

Gebhard Leberecht von Blücher

Fürst von Wahlstatt

Blason de Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819é

C’est à Rostock, dans le Mecklembourg (aujourd’hui dans le land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale), que Gebhard Leberecht von Blücher vient au monde le 16 décembre 1742, dans une famille de vieille noblesse. Son père, Christian Friedrich von Blücher (1696-1761) est maître de cavalerie (capitaine) dans l’armée du landgraviat de Hesse-Cassel. Sa mère, Dorothea Maria (1702-1769), appartient à la lignée des von Zülow.

Sa carrière sous l’uniforme prussien débute curieusement. Cornette au sein d’un régiment suédois durant la guerre de Sept Ans, il tombe aux mains des Prussiens à Galenbeck en 1760 et se retrouve incorporé de force dans leurs propres troupes !

Il s’y fait remarquer par ses aptitudes guerrières et son courage. En 1773, devenu capitaine, il demande et obtient sa démission à la suite d’un passe-droit dont il s’estime victime. Le 21 juin de cette même année, il épouse Karoline Amalie von Mehling, fille d'un colonel polonais, et se retire alors comme fermier sur les terres de son beau-père.

Quinze ans plus tard, après l’accession au trône de Frédéric-Guillaume III, il reprend du service en tant que major (grade immédiatement supérieur à celui de capitaine). Lieutenant-colonel en 1789, colonel en 1790, les conflits provoqués par la Révolution française, au cours desquels il se bat sur le Rhin, lui donnent l’occasion de gravir de plus hauts échelons dans la hiérarchie. Il devient général-major en 1794, puis lieutenant-général en 1801.

Sa réputation s’accroît durant les guerres de l’Empire même s’il connaît quelques cuisants revers, comme à Auerstaedt, à l'occasion de la campagne de Prusse, où il commande l’avant-garde. Sa combattivité lui permet cependant de faire face avec honneur aux situations les plus humiliantes. Ainsi en est-il de sa reddition, à Ratekau, le 6 novembre 1806, où il parvient à imposer aux Français les conditions de sa capitulation. Il est vrai qu’il vient de diriger la retraite des restes de l’armée prussienne jusqu’à Lübeck avec une pugnacité qui commence à devenir légendaire.

Sa courte captivité hambourgeoise est interrompue par une entrevue avec Napoléon, à Finkenstein, le 21 ou le 22 avril 1807. L’intégralité des sources attribue sa libération à un échange avec le général Claude-Victor Perrin, dit Victor. Les dates de leurs délivrances respectives (acquise dès le 8 mars pour Victor) semblent pourtant discordantes. Blücher reprend aussitôt le cours de sa carrière, devenant gouverneur de Poméranie et de Neumark en 1807 et général de cavalerie en 1809 (grade le plus élevé de l’armée prussienne hors celui de feld-maréchal).

Les initiatives que prend Blücher dans sa province mécontentent les Français qui les considèrent contraires au Traité de Tilsitt. A leur demande, fin 1811, il est relevé de son poste de gouverneur et exclu de toute responsabilité dans l'armée prussienne. En 1812, il ne participe donc pas à la campage de Russie.

L'ostracisme dont il a été victime devient naturellement une recommandation un an plus tard, lorsque la Prusse change de camp. Malgré ses soixante-dix ans, Bluecher obtient un commandement important quand san pays entre dans la sixième coalition aux côtés de la Russie, de l’Angleterre et de la Suède en mars 1813. Au printemps, à l'ouverture de la campage de Saxe, son corps d’armée participe aux batailles de Lützen et de Bautzen.

À la reprise des hostilités, un temps interrompues par l’armistice de Pleiswitz, il reçoit le commandement en chef de l’armée de Silésie, mélange à parts à peu près égales de Prussiens et de Russes. August Neidhardt von Gneisenau occupe le poste de chef d’état-major. Les deux hommes vont développer une relation de coopération particulièrement fructueuse.

En août 1813, Blücher bat le maréchal Étienne Macdonald lors de la bataille de la Katzbach. En octobre, il participe à la bataille des Nations (ou bataille de Leipzig) où il dirige les opérations sur le front nord. Sa contribution capitale à cette victoire lui vaut le grade de feld-maréchal dès le 20 octobre. Il traque ensuite les débris de la Grande Armée avec un dynamisme qui amène ses soldats russes, puis allemands, à le surnommer « Marschall Vorwärts (maréchal en avant) ». Parallèlement, il s’applique à convaincre les souverains alliés de porter la guerre sur le sol français.

Le 1er janvier 1814, donnant ainsi le coup d'envoi des opérations militaires de la campagne de France, il franchit le Rhin, précédant son armée entière qui le rejoint du 2 au 5. Les mois suivants voient celle-ci alterner les défaites – (Brienne, Champaubert, Montmirail, Château-Thierry, Vauchamps, Craonne) qui n’entament pas la détermination de son général – et les victoires – (La Rothière, Laon) qui la galvanisent. Au total, si l’énergie, l’opiniâtreté et la combattivité de Blücher l’amènent à commettre bien des fautes, elles finissent toutefois par insuffler aux autres chefs des troupes coalisées un esprit offensif longtemps étranger à leur nature.

La marche finale des Alliés sur Paris, sans se soucier des derniers efforts de Napoléon, est largement due à son influence. La chute de la capitale française en est la conséquence immédiate et précède de peu celle de l’Empire. Terrassé par une maladie qui le prive de la vue plusieurs jours durant, il ne peut cependant prendre une part active aux combats qui aboutissent à la reddition de la ville.

Ces succès trouvent leur récompense dans le titre de prince de Wahlstatt, assorti d’une pension, que le roi Frédéric-Guillaume III octroie à Blücher en juin 1814. Le vieux maréchal ne rêve plus que de rentrer chez lui en Allemagne au point qu'il songe à refuser l'invitation à Londres [London] du prince Régent d'Angleterre. Une discussion avec son monarque le fait changer d'avis et il accompagne finalement ce dernier, le Tsar Alexandre Ier, le prince Klemens Lothar von Metternich et d’autres hauts dignitaires dans leur voyage en Angleterre. Le peuple comme la cour lui réservent un accueil de héros ; les universités d’Oxford et de Cambridge l’élèvent au rang de docteur en droit. À leur exemple, celle de Berlin fera de lui un docteur en philosophie après qu’il sera rentré en Allemagne.

Bluecher s’installe en Silésie et y réside jusqu’à ce que le retour au pouvoir de Napoléon le rappelle au service. Le commandement de l’armée prussienne en Belgique lui est confié, et il reforme avec Gneisenau, à nouveau employé comme chef de son état-major, le tandem qui a si bien fonctionné l’année précédente.

Cela ne l’empêche pas d’être sévèrement battu à Ligny le 16 juillet 1815, lors d’un engagement où il est à deux doigts de tomber aux mains des Français dès le début de la campagne de Belgique. Coincé sous son cheval mort, il reste en effet immobilisé plusieurs heures sur le champ de bataille, à proximité immédiate des troupes ennemies, risquant à tout instant d’être reconnu . Seuls le dévouement et l’astuce de son aide de camp, August Ludwig von Nostitz-Rieneck, lui évitent la capture (ou pire).

Cette mésaventure n’entame cependant pas sa lucidité. Une fois retrouvés les siens, c’est lui qui décide d’opérer la retraite vers Wavre plutôt que vers Liège, afin de conserver la possibilité d’une jonction rapide avec les forces d’Arthur Wellesley de Wellington.

Bien lui en prend, car le 18 juin 1815, à Waterloo, l’arrivée inopinée de ses troupes sauve des Anglo-Hollandais au bord de la rupture et fait basculer la victoire du côté des Alliés. Bluecher pourchasse ensuite l’ennemi à marches forcées jusqu’à Paris où il entre pour la seconde fois le 7 juillet.

Les semaines ultérieures lui apportent moins de satisfactions : Wellington commence le lent travail qui transformera la bataille de Waterloo (Bluecher aurait d'ailleurs préféré le nom de bataille de Belle-Alliance) en un triomphe purement anglais ; ses revendications en faveur de ses troupes sont ignorées et les diplomates prussiens lui semblent trop conciliants. Même son projet de détruire le pont d’Iéna  échoue, que ce soit par la faute de l’incompétence de ses artificiers ou suite à l’intervention de Louis XVIII appuyé de Wellington (les sources divergent et combinent parfois entre elles ces diverses explications).

Bluecher finit par donner sa démission, que Frédéric-Guillaume III lui demande de retarder jusqu’à la signature de la paix. Mince consolation pour un homme qui ne semble pas avoir fait grand cas des titres et des décorations, Bluecher fait partie des premiers étrangers à recevoir l’ordre anglais du Bain [The Most Honourable Order of the Bath]. Les co-récipiendaires sont Charles-Philippe de Schwarzenberg, Michel Barclay de Tolly, Carl Philipp von Wrede et le prince royal Guillaume de Wurtemberg.

Bluecher se retire ensuite dans son château de Krieblowitz [Krobielowice], en Silésie, où il s’éteint le 12 septembre 1819.

"Gebhard Leberecht von Blücher, Fürst von Wahlstatt" par George Dawe (St James's, Westminster 1781 - Kentish Town 1829).

"Gebhard Leberecht von Blücher, Fürst von Wahlstatt" par George Dawe (St James's, Westminster 1781 - Kentish Town 1829).

La tombe de Gebhard Leberecht von Blücher fut dévastée et sa dépouille profanée par les troupes soviétiques en 1945.

Le titre de prince de Wahlstatt ne lui ayant été accordé qu'à titre personnel, son fils, lui aussi général dans l'armée prussienne, ne porta que celui de comte. Son petit-fils, cependant, en fut à nouveau doté, à titre héréditaire cette fois, par le roi Guillaume Ier. Ses descendants le portent toujours.

La lettre par laquelle Frédéric le Grand, qu'il avait ulcéré, accepta sa démission en 1773 se termine par ces mots : le capitaine von Blücher [...] peut aller au diable si cela lui convient. Le caractère colérique de Blücher ne s'est pas atténué avec l'âge, puisque le presbytère de Sombreffe  qui lui servait de Q.G. à la veille de la bataille de Ligny en 1815, conserve en son sein, sur le haut d'une porte , la trace de ses coups de sabre rageurs !

Deux navires de guerre allemands ont été nommés en son honneur, qui connurent tous deux un sort funeste : un croiseur cuirassé, lancé en 1908 et coulé en 1915 à la bataille du Dogger Bank lors de la Première Guerre mondiale, puis un croiseur lourd, lancé en 1937 et coulé en 1940 lors de la bataille du détroit de Drøbak.

L'Ordre de Blücher [Blücher-Orden] et la Médaille Blücher [Blücher-Medaille] sont des décorations militaires de la République Démocratique Allemande [Deutsche Demokratische Republik] créées en 1968, destinées à honorer les actes de bravoure à la guerre. Toutefois, le pays ayant disparu en 1990 sans jamais avoir été activement en guerre, il n'y eut aucun récipiendaire de ces distinctions !

Philatélie : Les Postes de cette même République Démocratique Allemande ont émis en 1953 un timbre de 24 Pfennigs  à l'effigie du maréchal Blücher, puis en 1965 un timbre de 5 Pfennigs où il figure avec son chef de son état-major August Neidhardt von Gneisenau .

Autres portraits

Gebhard Leberecht von Blücher (1742-1819é
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"Le Feldmarschall von Blücher" par Ernst Paul Gebauer (Lietzen 1782 - Berlin 1865).