Napoleon & Empire

Date et lieu

  • 11 février 1814 à l'ouest de Montmirail, dans le département de la Marne.

Forces en présence

  • Armée française (16 300 hommes), sous le commandement de l'Empereur Napoléon 1er. 
  • Armée prussienne et russe (32 000 hommes), sous les ordres du général Johann David Ludwig Yorck von Wartenburg et du prince Fabian Gottlieb von Osten-Sacken. 

Pertes

  • Armée française : autour de 2 00 morts ou blessés. 
  • Armée russo-prussienne : environ 4 000 hommes morts, blessés ou prisonniers. 
 (detail)
"Bataille de Montmirail" (détail). Peint en 1822 par Emile Jean Horace Vernet.
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La situation générale

Après la victoire de Champaubert, Napoléon poursuit sans tarder l'exécution du plan conçu quelques jours plus tôt à Ferreux-Quincey. Non seulement ses premiers résultats ont rendu à l'Empereur toute son énergie, mais les perspectives sont meilleures encore que prévu car la dispersion des différents corps de l'armée de Silésie s'avère plus forte qu'escompté.

Napoléon choisit de se porter au devant de Sacken et Yorck, qui ne peuvent se rejoindre qu'à Château-Thierry ou Montmirail. Dès le soir du 10 février, il envoie dans cette direction Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty avec deux divisions de la cavalerie de la Garde et un peu d'infanterie pour tâcher d'y surprendre la garnison. Le reste des troupes doit prendre la route à diverses heures de la nuit pour se trouver sur place le lendemain matin. Le maréchal Adolphe Edouard Mortier, qui est demeuré à Sézanne , a également ordre de partir le lendemain matin pour se rendre à Montmirail par la route la plus directe et en marchant le plus vite possible.

De leur côté, les deux généraux alliés, qui n'ont reçu de Blücher l'ordre de faire leur jonction à Montmirail qu'une fois arrivés à leurs étapes respectives, ont fait demi-tour et se trouvent, le 11 au matin, Yorck à Viffort , Sacken à Viels-Maisons . Tous deux se sont heurtés aux troupes de Nansouty, qui, après avoir disposé sans trop de mal de la garnison russe de Montmirail, se sont postées en travers des routes qui partent de là pour La Ferté-sous-Jouarre  et pour Château-Thierry.

En conséquence, Yorck voudrait faire retraite sur Château-Thierry et envoie un émissaire à Sacken pour lui proposer de l'y rejoindre. Mais ce dernier, tout au contraire, se croit capable de tracer son chemin vers Bluecher à travers les Français. Un renseignement "de source sûre" l'a convaincu qu'il n'a en face de lui qu'un faible contingent et il est loin d'imaginer que Napoléon en personne le commande. Face à la résolution du général russe, Yorck n'a d'autre choix que de se mettre en marche pour lui prêter main-forte mais son départ, autour de midi, est si tardif, et l'état épouvantable des routes va tellement le retarder, qu'il n'arrivera qu'une fois Sacken déjà en pleine déroute.


Début du combat

En arrivant en vue de Marchais , Sacken attaque en déployant deux divisions au sud de la route de Paris au niveau de l'Epine-aux-Bois, tandis que le reste de l'armée et l'artillerie empruntent la route. Sa cavalerie se déploie au nord de la route et donc à l'extrême gauche de son dispositif.

Vers 11 heures, Sacken s'empare du hameau de Marchais ainsi que de la ferme des Chouteaux, puis de celles de la Chaise et des Greneaux . Il s'arrête ensuite, donnant l'occasion à la division du général Étienne Pierre Sylvestre Ricard de tenter une première contre-attaque sur Marchais vers midi.

Marchais-en-Brie : vue du village
Le village de Marchais-en-Brie

De son côté, Napoléon a quitté Montmirail vers 10 heures avec des renforts pour rejoindre Nansouty. Ce sont maintenant environ 10 000 hommes et une vingtaine de canons qui font face à Sacken. Tandis que les cavaleries s'observent sur l'aile droite française, les combats font rage au bois Bailly, à la Chaise, aux Greneaux, où est engagée la 1ère division d'infanterie de la vieille garde du général Louis Friant. Mais c'est surtout autour du Tremblay que l'affrontement est le plus violent. La 8ème division d'infanterie du général Ricard y lutte pour le contrôle du village de Marchais , qui change cinq fois de mains. La supériorité numérique des alliés finit par y avoir raison de l'opiniâtreté et du courage des Français qui se replient vers 14 heures sur le Tremblay, après avoir vu leur effectif fondre de moitié.

La situation devient critique pour Napoléon quand des éclaireurs commencent à signaler des contingents prussiens à Fontenelle, moins de trois kilomètres au nord du champ de bataille.

Par bonheur, vers 15 heures, Mortier débouche enfin sur le champ de bataille. Il amène avec lui la 2ème division d'infanterie de la Garde du général Claude-Étienne Michel et une division de cavalerie commandée par le général Jean-Marie Defrance, soit près de 6 000 hommes.

Le plus gros de la division Michel est aussitôt envoyé renforcer l'aile droite en prévision de l'arrivée imminente des Prussiens. Quelques régiments renforcent la division du général Ricard. Le reste est placé en réserve.

Rapidement, la contre-attaque française s'engage.


Contre-attaque française

Au sud, Marchais est attaqué à nouveau par la division Ricard, appuyée au nord par deux bataillons de la vieille garde commandés par le maréchal François-Joseph Lefebvre et le général Henri Gatien Bertrand. Les Russes sont enfin culbutés et rejetés dans la campagne . Vers 16 heures, le village est aux mains des Français.

Peu auparavant, à la tête de la 1ère division d'infanterie de la vieille garde du général Friant, le maréchal Ney est monté à l'assaut de la ferme des Greneaux. La charge, à pied et baïonnette au canon, vient à bout d'un ennemi pourtant formidablement retranché et qui a jusque là victorieusement résisté à tous les chocs.

Pendant que Ney attaque les Greneaux, plusieurs charges de cavalerie sapent le reste du corps russe qui occupe le carrefour entre les routes de Paris et de Château-Thierry, devant la Chaise. Il est bientôt enfoncé et doit reculer jusqu'à La Meulière. Le centre est désormais séparé de la droite russe. Les cavaliers du général Pierre d'Autancourt (dit Dautancourt) poursuivent d'ailleurs leur effort en chargeant sur les arrières du corps russe en train de se faire déloger de Marchais .

Sacken décide alors de tenter sa jonction avec les Prussiens, dont l'avant-garde est signalée à Fontenelle vers 15 heures, en repliant d'abord ses deux corps sur la Haute-Epine puis en les faisant marcher vers le nord. La manoeuvre est délicate, sur un sol détrempé qui rend le déplacement de l'artillerie difficile. De plus, elle expose le flanc des troupes russes au feu de l'infanterie française et aux charges de cavalerie ennemie. Leur action combinée éventre d'ailleurs plusieurs carrés russes entre le bois de Courmont et la route de Paris.


Arrivée des Prussiens et épilogue

Quand Yorck arrive enfin à la rescousse, c'est toutefois avec une grande circonspection. Il a laissé son artillerie lourde avec une partie de ses troupes à Château-Thierry et ne se hâte guère. Si bien que ce n'est que vers 16 heures qu'il attaque les fermes de la Grange-en-chart et des Greneaux, en débouchant du chemin qui mène de Fontenelle à La Meulière par Presle. Sa lente irruption met cependant en danger la division Friant, qui a atteint La Meulière et risque de se trouver isolée.

L'Empereur fait alors donner sa réserve et le reste de la division Michel sous le commandement de Mortier. Les Prussiens se retrouvent sous un feu croisé qui leur fait le plus grand mal. Leur première ligne recule sur la seconde puis, après un assaut vigoureux sur leur flanc, le tout est repoussé vers Presle où Yorck peut organiser une contre-attaque prussienne qui stoppe les Français.

Il est vingt heures, la nuit est tombée, les combats cessent.

Le champ de bataille est aux mains des Français, Yorck en retraite vers Château-Thierry par la route directe, Sacken sur les chemins entre la Haute-Epine et Montcel par où il compte rejoindre l'autre vaincu du jour. Par chance pour eux deux, les Français, épuisés, n'ont pas les moyens de les poursuivre efficacement dans l'immédiat. La fin de l'explication est remise au lendemain, Napoléon espérant que les habitants de Château-Thierry auront détruit les ponts de la ville, lui livrant ainsi les fuyards.


Bilan de la bataille

Avec cette nouvelle défaite, venant le lendemain de celle de Champaubert, l'armée de Silésie subit un coup très dur. Battus deux fois en deux jours malgré une écrasante supériorité numérique, Russes et Prussiens subissent une terrible humiliation qui jette entre eux des germes de discorde.

La victoire de Montmirail n'est cependant toujours pas le succès décisif que cherche Napoléon. Ses effets sont limités par l'incapacité où s'est trouvé le maréchal Etienne Macdonald, dont les troupes sont en retraite d'Epernay  sur Meaux , à entrer en action dans le dos de Yorck. L'absence de la Jeune Garde, embourbée sur les chemins de Nogent à Champaubert, contribue également à tempérer l'ampleur de la défaite ennemie.

Les Français ont 2 000 hommes hors de combat. Les alliés ont perdu dans la journée entre 3 000 et 4 000 hommes, tant morts que blessés ou prisonniers, et une vingtaine de canons. Ils ont surtout fait la preuve de la médiocrité de leur commandement, Yorck se montrant mou et indécis alors que Sacken n'a pas su profiter de la supériorité numérique qui était la sienne au moment de son attaque matinale.

Quant aux soldats, si les vétérans de la Garde ont encore une fois démontré leur exceptionnelle valeur, les conscrits, eux, les fameux Marie-Louise, dotés d'un équipement aussi sommaire que leur instruction militaire, se sont attirés l'admiration de leurs glorieux aînés.

Le grand quartier général impérial s'installe au hameau de la Haute-Epine  au soir de la bataille, puis Napoléon passe la nuit du 11 au 12 février à la ferme des Greneaux.

*  *  *
La ferme des Greneaux est aussi fréquemment désignée sous le terme de ferme de l'Épine-aux-bois.
*  *  *

Un peu après Montcoupot, à la limite des départements de l'Aisne et de la Marne, une colonne  érigée le 15 août 1866 sur ordre de Napoléon III marque l'emplacement où Napoléon se tenait pendant la bataille. Une autre colonne, plus modeste, honore la mémoire de l'armée impériale au hameau de Tremblay .

Témoignages

Bulletin du 12 février 1814

A Sa Majesté l'Impératrice-reine et régente.

[... ]
L'empereur arriva le 11, à dix heures du matin, à une demi-lieue en avant de Montmirail. Le général Nansouty était en position avec la cavalerie de la garde, et contenait l'armée de Sacken, qui commençait à se présenter. Instruit du désastre d'une partie de l'armée russe, ce général avait quitté La Ferté-sous-Jouarre, le 10, à neuf heures du soir, et marché toute la nuit. Le général Yorck avait également quitté Château-Thierry. A onze heures du matin, le 11, il commençait à se former, et tout présageait la bataille de Montmirail, dont l'issue était d'une si haute importance. Le duc de Raguse, avec son corps et le 1er corps de cavalerie, avait porté son quartier-général à Etoges, sur la route de Châlons.

La division Ricart et la vieille garde arrivèrent sur les 10 heures du matin. L'Empereur ordonna au prince de la Moskowa de garnir le village de Marchais, par où l'ennemi paraissait vouloir déboucher. Ce village fut défendu par la brave division du général Ricart, commandée par le général Fournier, avec une rare constance ; il fut pris et repris plusieurs fois dans la journée.

A midi, l'Empereur ordonna au général Nansouty de se porter sur la droite, coupant la route de Château-Thierry et forma les 16 bataillons de la 1ère division de la vieille garde sous le commandement dn général Friant en une seule colonne le long de la route, chaque colonne de bataillon étant éloignée de cent pas.

Pendant ce temps nos batteries d'artillerie arrivaient successivement. A trois heures, le duc de Trévise avec les 16 bataillons de la 2ème division de la vieile garde, qui étaient partis le matin de Sézanne, déboucha sur Montmirail.

L'Empereur aurait voulu attendre l'arrivée des autres divisions : mais la nuit approchait. Il ordonna au général Friant de marcher avec quatre bataillons de la vieille garde, dont deux du 2ème régiment de gendarmerie et deux du 2èmee régiment de chasseurs, sur la ferme de l'Épine-aux-bois, qui était la clef de la position, et de l'enlever. Le duc de Trévise se porta avec six bataillons de la 2ème division de la vieille garde sur la droite de l'attaque du général Friant.

De la position de la ferme de l'Épine-aux-bois dépendait le succès de la journée. L'ennemi le sentait bien ; il y avait placé 40 pièces de canon ; et avait garni les haies d'un triple rang de tirailleurs et formé en arrière des masses d'infanterie.

Cependant pour rendre cette attaque plus facile, l'Empereur ordonna au général Nansouty de s'étendre sur la droite, ce qui donna à l'ennemi l'inquiétude d'être coupé et le força à dégarnir une partie de son centre pour soutenir sa droite. Au même moment il ordonna au général Ricart de céder une partie du village de Marchais, ce qui porta aussi l'ennemi à dégarnir son centre pour renforcer cette attaque, dans la réussite de laquelle il supposait qu'était le gain de la bataille.

Aussitôt que le général Friant eut commencé son mouvement et que l'ennemi eut dégarni son centre pour profiter de l'apparence d'un succès qu'il croyait réel, le général Friant s'élança sur la ferme de la Haute-Epine avec les quatre bataillons de la vieille garde. Ils abordèrent l'ennemi au pas de course, et firent sur lui l'effet de la tête de Méduse.

Le prince de la Moskowa marchait le premier et leur montrait le chemin de l'honneur. Les tirailleurs se retirèrent épouvantés sur les masses, qui furent attaquées. L'artillerie ne put plus jouer, la fusillade devint effroyable et le succès fut balancé ; mais au même moment, le général Guyot, à la tête du 1er de lanciers, des vieux dragons et des vieux grenadiers de la garde impériale, qui défilaient sur la grande route au grand trot et aux cris de vive l'Empereur, passa à la droite de la Haute-Epine. Ils se jettèrent sur les derrières des masses d'infanterie, les rompirent, les mirent en déroute et tuèrent tout ce qui ne fut pas fait prisonnier. Le duc de Trévise avec six batteries de la division du général Michel, secondait alors l'attaque de la vieille garde, arrivait au bois, enlevait le village de Fontenelle et prenait tout un parc ennemi.

La division des gardes d'honneur défila après la vieille garde sur la grande route, arrivée à la hauteur de l'Epine-aux-bois, fit un à gauche pour enlever ce qui s'était avancé sur le village de Marchais.

Le général Bertrand, grand maréchal du palais, et le maréchal, duc de Dantzick, à la tête de deux bataillons de la vieille garde, marchèrent en avant sur le village et le mirent entre deux feux. Tout ce qui s'y trouvait fut pris ou tué.

En moins d'un quart-d'heure, un profond silence succéda au bruit du canon et d'une épouvantable fusillade. L'ennemi ne chercha plus son salut que dans la fuite. Généraux, officiers, soldats, infanterie, cavalerie, artillerie, tout s'enfuit pêle-mêle.

A huit heures du soir, la nuit était obscure, il fallut prendre position. L'Empereur prit son quartier-général à la ferme de l'Épine-aux-Bois.

Le général Michel, de la garde, a été blessé d'une balle au bras. Notre perte s'élève au plus à 1 000 hommes tués ou blessés. Celle de l'ennemi est au moins de 8 000 hommes tués ou prisonniers, on lui a pris beaucoup de canons et 6 drapeaux. Cette mémorable journée qui confond l'orgueil et la jactance de l'ennemi, a anéanti l'élite de l'armée russe. Le quart de notre armée n'a pas été engagée.
[... ]


Panoramique aérien du champ de bataille de Montmirail

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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