N & E
Napoléon & Empire

Napoléon Bonaparte sur l'île d'Elbe

Entre le 14 avril 1814 et le 1er mars 1815, Napoléon Bonaparte règne sur la principauté de l'Île d'Elbe [Isola d'Elba], spécialement créée à son intention par le Traité de Fontainebleau du 11 avril 1814.

Au cours de cette période, il va organiser ce territoire minuscule de 224 kilomètres-carrés (quarante fois plus petit que la Corse) et de 13 700 habitants comme il l'a fait de l'Empire, y recevoir des parents et quelques autres visiteurs, améliorer le quotidien de ses sujets, mais aussi, et surtout, y préparer et organiser son retour sur le territoire français ...

L'île d'Elbe, vue aérienne
Vue aérienne de l'île d'Elbe. Photo par Ugo Valfer

Nous allons détailler ci-après, chronologiquement, la vie de l'Empereur déchu durant ces dix mois (en nous basant principalement sur les travaux successifs d'Albert Schuermans, Louis Garros et Jean Tulard, ainsi que sur les écrits de Norwood Young, du Docteur Guy Godlewski et de Roger Iappini), tout en les illustrant de photographies prises lors d'un séjour sur l'île.

1814

28 avril 1814 – A Saint-Raphaël, Napoléon embarque sur la frégate anglaise HMS Undaunted HMS Undaunted, par Thomas Whitcombe, commandée par le contre-amiral Thomas Ussher Thomas Ussher qu'il a préférée, pour des raisons de sécurité, à la frégate française Dryade qui lui était destinée. Il est accompagné :

  1. du colonel Neil Campbell Neil Campbell, commissaire anglais ;
  2. du général Franz von Koller Franz von Koller, commissaire autrichien et de son aide de camp le major Karl Johann Nepomuk Gabriel Clam-Martinic
  3. du général Henri-Gatien Bertrand Henri-Gatien Bertrand, Grand-maréchal du Palais
  4. du général Antoine Drouot Antoine Drouot, aide de camp de l'Empereur
  5. du colonel Paweł Jan Jerzmanowski Paweł Jan Jerzmanowski, commandant l'escadron des lanciers polonais de la Garde
  6. du chevalier Guillaume-Joseph-Roux Peyrusse Guillaume-Joseph-Roux Peyrusse, Trésorier de la Couronne
  7. du chevalier Louis Fourreau de Beauregard, médecin
  8. du chevalier Deschamps, premier valet de chambre
  9. du chevalier Baillon, second valet de chambre
  10. de François-Charles-Gabriel Gatte, pharmacien
  11. de M. Colin, contrôleur de la Maison de l'Empereur
  12. de M. Rathery, secrétaire du Grand-maréchal
  13. de douze autres officiels et dix domestiquess.

3 mai 1814 – La frégate arrive à l'île d'Elbe L'île d'Elbe, et mouille dans la baie de Porto-Ferrajo [de nos jours Portoferraio] après avoir hissé le pavillon parlementaire.

Baie de Portoferraio, au nord de l'île d'Elbe
La baie de Portoferraio, au nord de l'île d'Elbe

Le général Drouot se rend à terre à bord d'un canot commandé par le lieutenant Hastings, accompagné du colonel Campbell, du capitaine Clam-Martinic et du lieutenant Smith. Il monte au fort Stella Fort Stella à Portoferraio notifier au général de brigade Jean-Baptiste Dalesme Jean-Baptiste Dalesme, commandant de l'île, la souveraineté de Napoléon. Subséquemment, une délégation de notables vient à bord de l'Undaunted.

Napoléon décide du pavillon de son nouvel état, "d'argent à la bande de gueules parsemée de trois abeilles d'or", s'inspirant à la fois de celui des Appiani de Pise, premiers souverains de l'île, blanc avec des abeilles (Api veut dire abeilles en italien) et de celui de Côme Ier de Médicis (Cosimo I de' Medici, 1519-1574), fondateur de Portoferraio.

4 mai 1814 – Au matin, les Elbois se pressent autour d'une proclamation qui vient d'être placardée sur leurs murs : Le plus heureux événement qui pût jamais illustrer l'histoire de l'île d'Elbe s'est réalisé en ce jour ! Notre auguste souverain l'Empereur Napoléon est arrivé parmi nous. Nos voeux sont accomplis : la félicité de l'île d'Elbe est assurée (…) Unissons-nous autour de sa personne sacrée, rivalisons de zèle et de fidélité pour le servir …

Pendant ce temps Napoléon, qui a discrètement débarqué en chaloupe sur la côte opposée à Portoferraio, visite la Tenuta La Chiusa [42.79811, 10.35644], une propriété produisant des vins (dont le réputé Aleatico) et de l'huile d'olive. Puis il retourne à bord de l'Undaunted.

Vignobles de la Tenuta La Chiusa
Vignobles de la Tenuta La Chiusa, visitée par Napoléon

C'est à 14 heures (ou plus tard dans l'après-midi selon les sources) que la barge dans laquelle Napoléon a pris place, en compagnie de Drouot, Bertrand, Campbell, Ussher, Koller et Clam, accoste au port de Portoferraio, au son des canons des forts Stella et Falcone Fort Falcone à Portoferraio. Napoléon est vêtu de son uniforme vert de chasseur, avec culotte blanche, et il arbore comme seules décorations celles de la Légion d'honneur et de la Couronne de fer ; sur son chapeau, la cocarde a désormais les nouvelles couleurs elboises. Le maire Pietro Traditi lui remet sur un plateau d'argent les clés de la ville, dans laquelle l'Empereur fait son entrée par la Porta del Mare Porta del Mare à Portoferraio, édifiée au XVIe siècle à la gloire de Cosme de Médicis.

Napoléon arrive sur la place d'armes [actuelle Piazza della Repubblica] où se dresse à droite la cathédrale [Duomo della Natività della Beata Vergine Maria] [42.81470, 10.33237] Eglise de Portoferraio. Mgr Joseph Philippe Arrighi, un cousin éloigné puisque oncle de Jean Thomas Arrighi de Casanova, Duc de Padoue, le conduit sous un dais rouge recouvert de guirlandes et bordé de papier doré, puis à l'autel entonne le Te Deum laudamus de saint Ambroise de Milan.

Puis l'Empereur se rend de l'autre côté de la place à l'hôtel de ville Hôtel de ville de Portoferraio [42.81524, 10.33144], localement connu sous le nom de Biscottria car on y préparait autrefois des biscuits pour les marins. Il s'y installe pour quelques jours, dans des appartements au premier étage (où avait logé dix ans auparavant le chef de bataillon Joseph Léopold Sigisbert Hugo) préparés à la hâte.

Il fait publier le procès-verbal suivant : Ce 4 mai 1814. S.M. l'empereur Napoléon ayant pris possession de l'île d'Elbe, le général Drouot, gouverneur de l'île, au nom de l'Empereur, a fait arborer sur les forts, le pavillon de l'île : fond blanc traversé diagonalement d'une bande rouge semée de trois abeilles fond d'or. Ce pavillon a été salué par les batteries des forts de la côte, de la frégate anglaise l'Undaunted et les bâtiments de guerre français qui se trouvaient dans le port. En foi de quoi, nous, commissaires des puissances alliées, avons signé le présent procès-verbal avec le général Drouot, gouverneur de l'île, et le général Dalesme, commandant supérieur de l'île.

Tard dans la soirée, il reçoit André Pons de l'Hérault André Pons de l'Hérault, ancien révolutionnaire et républicain, qu'il avait connu en 1793 lors du siège de Toulon, devenu depuis 1809 administrateur des mines de fer de l'île.

5 mai 1814 – Dès cinq heures du matin, Napoléon est à cheval et visite les forts avec le général Dalesme et le colonel Charles Humbert Marie Vincent, directeur des fortifications de l'île. Il choisit sa demeure, à mi-chemin des forts Falcone (à l'ouest) et Stella (à l'est) : un pavillon nommé "Les Mulini" [Palazzina dei Mulini] [42.81681, 10.33218].

Il s'agit, à cette époque, d'une petite villa construite en 1724 par le Grand-Duc de Toscane Jean Gaston de Médicis (Gian Gastone de' Medici) sur un promontoire au nord du centre historique de la ville, initialement entourée de quatre moulins à vent (détruits en 1809), qui avaient donné son nom à la résidence. Elle est composée de deux pavillons reliés par un corps central d'un seul étage, le tout donnant au nord-ouest sur un jardin Jardin de la Palazzina dei Mulini à Portoferraio, vue 1 Jardin de la Palazzina dei Mulini à Portoferraio, vue 2 Jardin de la Palazzina dei Mulini à Portoferraio, vue 3 surplombant la mer Jardin de la Palazzina dei Mulini à Portoferraio, vue 4. Quelques petites annexes déjà utilisées par le gouverneur de l'île sont disposées sur les terrasses qui s'élevent vers le Fort Stella. De l'autre côté se trouve le bâtiment d'un petit théâtre.

En contrebas, une anfractuosité dans la falaise abrite une petite plage propice à des baignades discrètes.

6 mai 1814 – Napoléon va inspecter les mines de fer sur les hauteurs de Rio Marina Rio Marina, dans la partie orientale de l'île, en compagnie d'André Pons de l'Hérault. Ces mines à ciel ouvert, exploitées depuis l'époque des Etrusques, sont à cette époque l'apanage de la Légion d'Honneur.

Mine de fer sur l'île d'Elbe
Une mine de fer sur l'île d'Elbe

Pons de l'Hérault reçoit Napoléon chez lui avec une bouillabaisse à la Sétoise. Il va, de ce jour et avec l'accord de l'Empereur, recueillir une grande quantité d'informations qui lui serviront bien plus tard à la rédaction de Mémoires.

7 mai 1814 – Nouvelle tournée d'inspection dès potron-minet, cette fois des bâtiments de l'intérieur.

8 mai 1814 – Arrive à Portoferraio le navire Curaçao, sous les ordres du commandant Tower, duquel débarque Edward Hawke Locker, secrétaire de l'amiral Edward Pellew, Commandant en chef de la flotte de la Méditerranée. Il présente à Napoléon une copie de la convention du 23 avril, préliminaire au Traité de Paris. Napoléon se contente d'en prendre connaissance.

9 mai 1814 – Le Curaçao repart pour Gênes [Genova], avec à son bord le commissaite autrichien Franz von Koller. Napoléon remet à celui-ci une lettre pour son épouse l'Impératrice Marie-Louise.

15 mai 1814 – Napoléon inspecte les travaux qu'il a ordonnés pour sa résidence des Mulini, et confiés à l'architecte livournais Paolo Bargigli, professeur à l'Académie des Beaux-Arts de Carrare [Carrara] qui a déjà travaillé pour Elisa Baciocchi à Massa et Lucques [Lucca]. L'agencement des pièces sera désormais le suivant :

  1. Au rez-de-chaussée quatre petites pièces contiguës deviennent sa chambre, sa bibliothèque, son petit salon et son cabinet ;
  2. De part et d’autre, un grand salon et deux plus petits pour les officiers de service, une antichambre et la salle des valets ;
  3. Au premier étage, une vaste pièce à huit fenêtres, à laquelle on accède par un escalier, tient lieu de salle du trône pour les audiences collectives, de salon d'apparat mais également, au besoin, de salle de bal. Elle donne d’un côté sur la ville, de l’autre sur la mer ;
  4. Un petit théâtre prolonge obliquement le pavillon de gauche (extrémité nord). Il bénéficie de planchers mobiles pour pouvoir être utilisé comme salle de fête et comme salle à manger, et ses murs sont décorés par le peintre turinois Vincenzo Antonio Revelli.

16 mai 1814 – Napoléon donne à l'Hôtel de ville sa première réception mondaine, un salon de type "cercle de dames", où une cinquantaine d'Elboises, en grande toilette, sont accomagnées de leurs époux.

18 mai 1814 – Napoléon part visiter la partie occidentale de l'île en compagnie de Bertrand, Campbell, deux chambellans, deux officiers d'ordonnance, un capitaine de gendarmerie, l'intendant, le maire de Portoferraio, le président du Tribunal, plusieurs autres fonctionnaires, et les accompagnateurs nécessaires. Il se rend à Marciana Marina, où on lui a préparé un accueil festif, et où un Te Deum est chanté. Il y passe la nuit.

19 mai 1814 – Il visite les villages de Marciana Superiore Marciana, ancienne résidence des Appiani, Poggio Poggio, Saint-Hilaire de Campo [Sant'Ilario in Campo] et Saint-Pierre de Campo [San Piero in Campo], où il couche.

20 mai 1814 – Napoléon embarque sur la Caroline et va visiter l'île de Pianosa [42.58736, 10.09584], à 20 kilomètres (11 milles nautiques) au sud-ouest, qu'il parcourt en tous sens à cheval. Il décide de coloniser et réarmer l'île (qui était devenue déserte depuis plusieurs années) en construisant une caserne. Au retour il fait une halte sur l'îlot de La Scola [42.58395, 10.10608] tout proche. Puis, après avoir soupé à Campo, il rentre à Portoferraio dans la nuit.

21 mai 1814 – Napoléon prend possession de la résidence des Mulini, dans l'odeur de peinture et de plâtre frais.

25 mai 1814 – La frégate Dryade, commandée par le capitaine François Henry de Peytes de Montcabrier et le brick L'Inconstant L'Inconstant, par A. L. Garneray (détail), par le capitaine Jean Baptiste Lacroix de Charrier-Moissard, arrivent. La première doit emporter les troupes françaises, et le second rester la propriété de Napoléon, conformément au Traité de Fontainebleau.

26 mai 1814 – Cinq navires anglais accostent de bon matin, qui amènent le général Pierre Cambronne et les quelques centaines d'hommes (675 grenadiers et 54 chevaux-légers polonais) de la Garde autorisée par le traité de Fontainebleau. Napoleon fait une courte visite à bord de la Dryade, puis se rend sur l'Undaunted. Avec l'arrivée de la Garde, la présence de ce navire devant assurer la sécutité de Napoléon n'est plus nécessaire. Le capitaine Ussher prend donc congé de l'Empereur, lequel le remercie chaleureusement et lui offre une tabatière ornée de son portrait et sertie de diamants.

En même temps que la Garde ont débarqué huit chevaux de selle de Napoléon, chacun d'entre eux étant associé à des événements passés :

  1. L'Ingénu, appelé aussi Wagram, un petit Arabe gris pommelé qu'il avait monté à la bataille de Wagram.
  2. Le Vizir, petit étalon de 1,35 m au garrot, à la robe grise, offert au Premier Consul Napoléon Bonaparte en 1802 par le sultan ottoman Selim III. Devenu Empereur, Napoléon l'a monté à Iéna et Eylau
  3. Tauris, un Persan gris à crinière blanche et queue coupée, offert par le tsar Alexandre au congrès d'Erfurt. Ce cheval convenait parfaitement à Napoléon qui le montait souvent : pendant la campagne de Russie, à Smolensk, à la bataille de la Moskowa, à l'entrée dans Moscou, durant la retraite en particulier au passage de la Bérézina, en 1813 lors des batailles de Dresde, Leipzig, et Hanau, et durant la campagne de France de 1814.
  4. L'Intendant dit Coco, autre gris, gros cheval normand, aux manières tranquilles, monté par Napoléon dans la plupart des grandes revues et lors des défilés, comme l'entrée triomphale dans une capitale étrangère conquise.
  5. Roitelet, issu d’une jument française et d’un étalon anglais, offert à Napoléon par son beau-fils, Eugène de Beauharnais. Pendant la retraite de Russie, il était content de le monter, car il ne glissait pas sur la glace comme les autres chevaux. Il l'a également monté à Lützen.
  6. Montevideo, un bai d'Amérique du Sud à la crinière et à la queue fluides, qu'il avait monté en Espagne. Bien élevé, ce cheval était réservé à l'Île d'Elbe pour Marie Louise.
  7. Emir, un Turc à la crinière et à la queue noires et flottantes, qui avait été utilisé en Espagne et en 1814.
  8. Gonzalve, un grand bai andalou, à crinière et queue flottantes, monté par Napoléon en Espagne et en 1814 à Brienne.

29 mai 1814 – Ce jour de la San Cristino, saint patron de Portoferraio, se tient une réception en l'honneur de l'Empereur. Il se rend à la grand-messe le matin, dans sa calèche dorée tirée par six chevaux, avec postillons et piqueurs, son escorte de lanciers et son état-major à cheval dans leurs plus beaux uniformes ; la Garde borde la route. Le soir, il se rend au bal que lui offre la commune de Portoferraio, éclairé par une grand spectacle de flambeaux.

31 mai 1814 – Pauline Bonaparte, en route pour Naples sur la frégate napolitaine Laetitia, rejoint pour deux jours son frère à l'île d'Elbe.

1er juin 1814 – Pauline lui ayant fait part qu'elle souhaitait acquérir un petite propriété à la campagne, Napoléon va inspecter un domaine situé sur les pentes du mont San Martino, à cinq kilomètres au sud-ouest de Portoferraio. Ce vallon calme et isolé, avec des collines de chaque côté et à l'arrière, offre de belles vues sur la ville et le port. Les seuls bâtiments sont une maison de paysan et un hangar. Il est convenu que Pauline achète le domaine, et que durant son absence Napoléon lui fasse construire une maison de campagne [42.78556, 10.28040]. Pauline confie à Bertrand un collier de diamants, dont la vente doit couvrir les frais d'acquisition.

4 juin 1814 – A Porto-Ferrajo Napoléon à Portoferraio, par L. von Klenze, Napoléon déjeune avec la commandant de la Dryade, puis au soir honore de sa présence un bal donné à bord du Curaçao, frégate anglaise sous le commandement du capitaine Towers, pour l'anniversaire du roi George. Ce même jour, le colonel Vincent quitte l'île pour la France.

23 juin 1814 – L'acquisition du domaine de San Martino est conclue avec les propriétaires, la famille Manganaro, pour la somme de 56 000 francs. La rénovation de la maison peut dès lors s'engager.

26 juillet 1814 – Napoléon écrit à Bertrand afin de donner ordre à l'architecte d'achever sous quatre jours les trois chambres de la villa de San Martino qui donnent sur Portoferraio, et d'envoyer au cinquième jour le mobilier, cela pour pouvoir disposer de ce pied-à-terre.

31 juillet 1814 – Napoléon va séjourner à San Martino durant quelques jours, le temps que les travaux de surélévation du toit des Mulini s'effectuent.

2 août 1814 – Madame Mère rejoint son fils à l'île d'Elbe depuis Livourne [Livorno], à bord du navire anglais Grasshopper. Toutefois Napoléon, qui l'attendait la veille, est à San Martino et il ne la verra que le lendemain. Elle s'installe à la maison Vantini, au n° 12 de la rue Ferrandini [42.81576, 10.33250], à proximité du Palais.

15 août 1814 – Célébration de l'anniversaire de Napoléon dans toute la principauté.

23 août 1814 – Napoléon part s'établir à l'ermitage de la Madonna del Monte Ermitage de la Madonna del Monte [42.79103, 10.15260], niché dans une forêt de châtaigniers et de chênes verts, sur les contreforts du Mont-Capanne (point culminant de l'île, altitude 1019 m), à 1,5 kilomètre à l'ouest du village de Marciana. Il y a fait installer une tente avec un lit de camp.

De là, l'Empereur jouit d'une vue sur son île natale, ainsi que, à l'opposé, sur le port de Marciana Marina, connu depuis l'antiquité pour son activité de pêche au thon.

Marciana Marina, sur la côte nord de la partie occidentale de l'île
Marciana Marina, sur la côte nord de la partie occidentale de l'île d'Elbe

Non loin de là, sur la route menant au village de Poggio, Napoléon aime aller se désaltérer à la source nommée Fonte dell’Acquaviva [devenue depuis, comme il se doit, la source Napoléon] [42.78461, 10.17793].

26 août 1814 – Madame Mère rend visite à son fils à la Madonna del Monte, et déjeune avec lui sous la tente.

1er septembre 1814 – Maria Walewska, son fils Alexandre mais aussi sa soeur Émilie Laczinska et son frère le colonel Teodor Laczinski arrivent sur l'île. Le débarquement a lieu dans la soirée à San Giovanni [42.802123, 10.32368], face à la rade de Portoferraio. Napoléon les installe au presbytère du monastère, lui-même restant sous sa tente (quand il ne va pas, nuitamment, rejoindre son ancien amour polonais, si on en croit le Mamelouk Ali). D'après ce fidèle serviteur, Maria restera une douzaine de jours sur l'île (ce qui est contredit par les multiples sources faisant embarquer Maria le 3).

2 septembre 1814 – Napoléon passe la journée avec Maria. Ils promènent aux alentours, s'arrêtant à la chapelle de San Cerbone [Romitorio di San Cerbone] [42.78161, 10.16839], sur un sentier qui conduit au Mont Capanne. Mais l'idylle ne peut se renouer : Napoléon, qui reste marié à Marie-Louise, ne peut se permettre au vu et au su des cours européennes, dont il dépend somme toute, et alors que le Congrès de Vienne s'annonce, une telle relation extra-conjugale. D'autant plus que des rumeurs sur l'île font état que ce sont l'Impératrice et le Roi de Rome qui ont débarqué ...

3 septembre 1814 – En soirée, Maria Walewska quite l'ermitage pour appareiller à Marcia Marina, mais une tempête qui fait rage l'en empêche, et elle doit traverser toute l'île jusqu'à sa partie orientale pour pouvoir embarquer dans l'anse de Mola [42.76021, 10.38609] à Porto Longone [de nos jours Porto Azzurro].

Porto Longone <i>[Porto Azzurro]</i>, sur la côte orientale de l'île
Porto Longone [Porto Azzurro], sur la côte orientale de l'île d'Elbe

5 au 24 septembre 1814 – Napoléon élit résidence à la forteresse Saint-Jacques [Forte di S. Giacomo, de nos jours un établissement pénitentiaire] [42.76544, 10.40273], ancienne citadelle espagnole qui domine Porto Longone.

10 octobre 1814 – Toujours sans nouvelles de son épouse depuis le 10 août, ni de son fils depuis six mois, Napoléon écrit par l'intermédiaire du chevalier Colonna, l’un des chambellans de sa mère, au Grand-Duc Ferdinand III de Toscane, oncle de Marie-Louise. Il lui demande de bien vouloir servir d'intermédiaire pour des lettres hebdomadaires, et les réponses en retour de Marie-Louise et de la comtesse Louise Charlotte Françoise de Montesquiou, gouvernante du Roi de Rome. Cette lettre, aussitôt transmise à François Ier par son frère, restera sans réponse.

1er novembre 1814 – Pauline Bonaparte vient s'installer à l'île d'Elbe. Napoléon lui octroie les appartements des Mulini qu'il avait destinés à Marie-Louise, conscient à présent que cette dernière ne le rejoindra pas.

12 novembre 1814 – Le colonel Campbell fait état dans son rapport des difficultés financières de Napoléon, qui vit au-dessus de ses moyens tant que les ressources attendues n'entrent pas. Il se montre perspicace et même visionnaire en estimant que, faute d'assurances de ce côté, je pense qu'il est capable de passer à Piombino avec ses troupes, ou toute autre excentricité.. Il réitèrera ces alertes sur la situation pécuniaire de l'Empereur les 18 novembre, 3 décembre, 10 décembre, 27 décembre, cela jusquen février ...

1815

12 février 1815 – Hugues Bernard Maret envoie à Napoléon 1er un émissaire, le baron Pierre-Alexandre-Edouard Fleury de Chaboulon, pour lui conseiller de hâter son retour en France afin de profiter de l'impopularité des Bourbons.

24 février 1815 – Napoléon fait savoir ses intentions à Joachim Murat et lui conseille d'attendre avant d'entreprendre une action.

25 février 1815 – Trois proclamations au peuple français, datées du 1er mars, sont imprimées sur l'île d'Elbe.

26 février 1815 – Napoléon quitte l'île d'Elbe Napoléon Ier quittant l'île d'Elbe, par J. Beaume, à neuf heures du soir, sur le brick L'Inconstant, navire "amiral" de la flotte elboise, armé de 26 canons, fort d'un équipage de 60 marins, commandé par deux Corses, le capitaine Antoine-Marc Forcioli Antoine-Marc Forcioli et son second Jean-Mathieu Sari. À son bord sont montés les proches de l'Empereur ainsi que 400 soldats de sa garde.

Six autres navires l'encadrent :

  1. l'aviso L'Étoile, un chébec à trois mâts
  2. la spéronade - un trois-mâts maltais à fond plat - La Caroline
  3. le chébec Saint-Joseph
  4. les felouques L'Abeille et La Mouche
  5. la polacre - trois-mâts mélangeant voiles carrées et voiles latines - Saint-Esprit, opportunément arrivé à Porto-Ferrajo le 20 février, et dont Napoléon a fait décharger la cargaison pour pouvoir y transporter une centaine de lanciers polonais, montés à bord avec leur harnachement mais sans monture.
Au total, ce sont un millier d'hommes qui suivent Napoléon dans l'extraordinaire aventure qui débute : le Vol de l'Aigle.

1er mars 1815 – Le débarquement Débarquement de Napoléon à la Baie de Juan, par C.H. Rahl s'effectue dans l'après-midi à Golfe-Juan Plage de Golfe-Juan, entre Cannes et Antibes. À 17 heures, il est terminé.



Carte de l'île d'Elbe (première moitié du XIXe siècle)

Carte de l'île d'Elbe

Crédit photos

 Photo de Didier Grau Photos par Didier Grau.
 Photo de Michèle Grau-Ghelardi Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photo de Marie-Albe Grau Photos par Marie-Albe Grau.
 Photo de Floriane Grau Photos par Floriane Grau.
 Photo de Gisèle Dubois-Devichi Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
Nous remercions chaleureusement Mme Gisèle Dubois-Devichi, qui nous a grâcieusement fourni plusieurs de ses photos de la Palazzina dei Mulini, et M. Ugo Valfer, pour sa photo aérienne de l'île d'Elbe.