N & E
Napoléon & Empire

Biographie de Napoléon Bonaparte
4. L'essor de l'Empire

La principale conséquence de la conspiration est de permettre à Bonaparte de gravir la dernière marche qui le mène au trône. Le 27 mars 1804, le Sénat, par l'intermédiaire de Joseph Fouché, lui demande de rendre son autorité héréditaire. Le 23 avril, un membre du Tribunat propose que Napoléon Bonaparte soit proclamé Empereur héréditaire des Français. La motion est votée le 3 mai au Tribunat (à l'unanimité moins une voix, celle de Lazare Carnot), le 18 au Sénat (à l'unanimité moins trois voix). Le plébiscite qui entérine cette décision est approuvé le 2 août par 3 572 329 oui contre 2 579 non.

Mais Napoléon n'attend pas ce vote pour installer le nouveau régime : Joseph et Louis Bonaparte deviennent princes français, Grand Electeur et Connétable, dix-huit maréchaux sont nommés, Fouché redevient ministre de la Police générale et l'Empereur distribue les premières croix de la Légion d'Honneur à l'occasion d'une cérémonie, organisée aux Invalides le 14 juillet, où il apparaît assis sur un trône, entouré des aigles de l'Empire français, des ministres, des maréchaux, des grands dignitaires et de la Maison impériale.

Il ne lui reste plus qu'à se faire sacrer, tel un nouveau Charlemagne, par le Pape Pie VII en personne. L'invitation qu'il lance au souverain pontife le 15 septembre est acceptée et Napoléon peut l'accueillir le 25 novembre à Fontainebleau. Après l'indispensable mariage religieux avec Joséphine, hâtivement célébré le 29 par le cardinal Fesch, le sacre  peut avoir lieu le 2 décembre 1804 à Notre-Dame de Paris , sous les yeux de Jacques-Louis David, récipiendaire d'une commande de quatre tableaux sur le couronnement.

Le 15 mars 1805, l'Italie, par l'intermédiaire de sa consulte réunie à Paris, suit le mouvement impulsé par la France en faisant roi son président. Napoléon est couronné le 26 mai 1805 dans la cathédrale de Milan. Cela ne l'empêche pas, une semaine plus tard, de signer le décret qui réunit Gênes et la Ligurie à la France (4 juin). Peu après, il désigne Eugène de Beauharnais comme vice-roi d'Italie.

Les projets de débarquement en Grande-Bretagne reviennent alors au premier plan des préoccupations de l'Empereur. Il conçoit un plan visant à prendre le contrôle de la Manche le temps nécessaire à la descente en Angleterre de la flotille réunie à Boulogne. Mais la maladresse de l'amiral Pierre Charles Silvestre de Villeneuve, qui se laisse enfermer dans Cadix le 18 août (il ne sera guère mieux inspiré en en sortant en octobre, pour être défait à Trafalgar), l'oblige à y renoncer. Le 27 août, le camp de Boulogne est levé et les cent cinquante mille hommes qui s'y trouvent sont envoyés sur le Rhin.

La situation est en effet en train de se tendre avec l'Autriche. Son empereur, François II, publie le 3 septembre 1805 un manifeste hostile à la France, quelques jours à peine après avoir adhéré à un pacte Anglo-Russe. Le 10, les troupes autrichiennes pénètrent en Bavière. Napoléon ne tarde pas à réagir. Le 23, il fait annoncer au Sénat la rupture avec l'Autriche ; le lendemain, il se met à la tête de l'armée ; le surlendemain, celle-ci franchit le Rhin. Le 7 octobre, la Grande-Armée (elle a reçu ce nom la veille, après s'être renforcée des troupes bavaroises et hollandaises) passe le Danube. Presque chaque jour voit une nouvelle victoire française. Les plus notables sont le combat d'Elchingen, où s'illustre le maréchal Michel Ney (14 octobre) et la capitulation d'Ulm (17 octobre) où 25 000 autrichiens sont capturés. Vienne tombe finalement le 13 novembre mais la bataille décisive a lieu le 2 décembre 1805 à Austerlitz où l'Empereur des Français écrase ceux de Russie et d'Autriche le jour anniversaire de son couronnement. Il célèbre aussitôt cette "Bataille des Trois Empereurs" dans une éclatante proclamation : Soldats, je suis content de vous. Vous avez, à la journée d'Austerlitz, justifié tout ce que j'attendais de votre intrépidité ; vous avez décoré vos aigles d'une immortelle gloire. [...] Il vous suffira de dire, "J'étais à la bataille d'Austerlitz", pour que l'on réponde, "Voilà un brave". Les résultats ne se font pas attendre : le 4 décembre, Napoléon 1er et l'empereur d'Allemagne François II se rencontrent à Sarutschitz, en Moravie  ; le 6, un armistice est signé ; le 26 est conclu le traité de Presbourg, qui met fin en pratique à l'existence quasi millénaire du Saint Empire romain germanique.

En politique intérieure, l'année 1806 voit Napoléon accentuer le caractère monarchique du régime. Il fait entrer le fils de Joséphine, Eugène, puis sa cousine, Stéphanie, dans des familles princières. Il commence aussi à distribuer des titres de noblesse à ses proches : le 15 mars, Joachim Murat est nommé grand-duc de Berg ; le 30, Joseph Bonaparte prend officiellement le titre de roi de Naples (bien qu'André Masséna n'ait pas encore totalement achevé la conquête du royaume), Élisa devient princesse de Massa et Carrare, Pauline duchesse de Guastalla, Alexandre Berthier prince de Neuchâtel. Nouvelle fournée le 5 juin  : Louis Bonaparte est roi de Hollande, Jean-Baptiste Jules Bernadotte prince de Ponte-Corvo, Talleyrand prince de Bénevent. Le 14 août sont institués les majorats, fiefs héréditaires de l'Empire. Le lendemain, l'anniversaire de l'Empereur est l'occasion d'une célébration solennelle, conformément à un décret pris en février.

Cette volonté de Napoléon Ier d'accroître le lustre du régime s'affiche aussi dans une politique de grands travaux : embellissement de la capitale par la construction des arcs de triomphe de l'Étoile et du Carrousel ; mise en service de soixante-cinq fontaines à Paris ; projet de canal assurant la jonction du Rhône et du Rhin.

Bien qu'à l'intérieur les réformes se poursuivent (création des conseils des Prud'hommes, fondation de l'Université, mise en place d'une assemblée de notables de religion juive en vue d'en organiser le culte), la politique extérieure reste au premier plan des préoccupations impériales. La lutte avec l'Angleterre s'étend sur le terrain économique : le 22 février 1806, un décret interdit l'introduction en France des tissus de coton fabriqués à l'étranger ; le 16 mai, le gouvernement britannique décide de mettre le blocus sur les côtes et les ports, de l'Elbe jusqu'à Brest ; le 10 juin, l'importation des marchandises anglaises dans le royaume d'Italie est prohibée.

Cette évolution n'est pas sans conséquence pour Napoléon : elle le pousse à exiger de Pie VII des mesures contre le commerce anglais, que celui-ci refuse d'appliquer. L'affaire tourne au conflit de souveraineté entre le Pape qui se considère comme le monarque légitime de Rome et l'Empereur qui s'en dit le suzerain en arguant de son titre. En juin, Napoléon fait occuper le port de Civitavecchia, à quelques kilomètres de Rome mais l'affaire en reste là, des soucis plus pressants requérant son attention.

Une intense activité diplomatique occupe en effet les mois d'été, provoquée par l'apparition de conditions favorables à la recherche d'un équilibre européen global : la mort du premier ministre britannique William Pitt, farouche adversaire de la Révolution Française et de tous ses avatars ; la défaite récente de l'Autriche ; certaines clauses du traité de Presbourg favorables à la Prusse qui font croire possible un axe franco-prussien. Des discussions s'ouvrent donc avec un représentant de l'Angleterre le 13 juin puis, le 6 juillet, avec l'envoyé du Tzar Alexandre Ier à Paris, dont l'arrivée suit de peu la confirmation par le roi Frédéric-Guillaume III de Prusse de son alliance avec la Russie (30 juin). Le 12 juillet 1806 voit la naissance de la Confédération du Rhin, entité politique qui se place d'emblée sous le protectorat de l'empereur des Français, bientôt suivie, le 6 août, par la renonciation de François II à son titre d'empereur d'Allemagne. Les négociations franco-russes aboutissent dès le 20 juillet à un projet d'accord qu'on envoie au Tsar ; les franco-anglaises se terminent le 7 août par un projet de traité dont Napoléon retarde l'approbation en attendant la décision d'Alexandre Ier.

Un premier signal négatif est envoyé à Napoléon le 9 août par la Prusse, qui entame la mobilisation de ses troupes. Le 3 septembre le Tsar Alexandre Ier fait notifier son refus de ratifier le projet signé par son envoyé et le 12 les Prussiens entrent en Saxe. Au lieu de la paix attendue, c'est la guerre qui est en marche.

Napoléon quitte Paris le 25 septembre 1806. Le premier combat de la campagne se déroule le 9 octobre. Le 14 ont lieu les batailles d'Iéna et d'Auerstaedt qui scellent le sort de la Prusse. Jusqu'au 16 novembre, date de la signature d'une suspension d'armes, les armées françaises n'ont plus qu'a s'emparer de villes et de provinces prussiennes hors d'état de se défendre ou démoralisées. Erfurt se rend à Joachim Murat dès le 16 octobre avec ses quatorze mille défenseurs ; Leipzig tombe le 18 ; le 27, Napoléon entre à Berlin  , d'où il décrète bientôt le blocus des Îles Britanniques ; le 7 novembre, le général prussien Gebhard Leberecht von Blücher capitule. L'arrivée des Russes, le 11 novembre, est trop tardive pour sauver la Prusse mais suffisante pour décider son roi à refuser de ratifier l'armistice signé le 16. Les Français continuent donc leur progression et entrent en Pologne. Le 28, Murat est à Varsovie. Napoléon l'y rejoint le 19 décembre 1806. L'armée française, elle, prend ses quartiers d'hiver à Pultusk.

Le 1er janvier 1807, Napoléon fait la connaissance de Marie Walewska. Il la revoit dans le courant du mois lors d'un bal et s'en éprend. Cette jeune polonaise, d'abord réticente, cède aux instances patriotiques de sa famille et devient bientôt sa maîtresse. Mais les opérations militaires reprennent rapidement, malgré la saison. Napoléon a tout juste le temps d'installer une administration nationale provisoire en Pologne, avant de quitter Varsovie le 30 janvier 1807. Le 8 février 1807 a lieu la bataille d'Eylau qui ne donne pas de résultat décisif. Les hostilités s'interrompent alors en Pologne mais se poursuivent en Allemagne. Entre avril et juin, Napoléon fait du château de Finkenstein à la fois son quartier général de campagne et le lieu qui accueille ses amours avec Maria Walewska. C'est dans ses murs que Napoléon apprend, le 25 avril, que le roi de Prusse et l'empereur de Russie ont renouvelé leur alliance, s'engageant à ne point traiter avec lui avant que la France n'ait été ramenée à la limite du Rhin. Le 4 mai, il y signe un traité avec l'ambassadeur de Perse. C'est aussi durant cette période que Napoléon apprend qu'une ancienne maîtresse, Éléonore Denuelle de la Plaigne, a mis au monde un fils, le futur comte Léon, dont il est le père – ce qui lui prouve qu'il n'est pas stérile.

L'Empereur entre en campagne début juin 1807 contre les Russes, qui ont repris l'offensive fin mai par Levin August von Bennigsen. Il obtient le 14 la victoire éclatante de Friedland. Une semaine plus tard, les Russes signent un armistice. Encore quelques jours et, le 25, Napoléon Ier et le tsar Alexandre se rencontrent sur un radeau, au milieu du Niémen , pour la conférence de Tilsitt. Ils sont bientôt rejoints par le roi de Prusse et sa femme Louise . Deux traités de paix sont signés : le 7 juillet entre la France et la Russie ; le 9, entre la France et la Prusse. Le 22 est créé le grand-duché de Varsovie.

Napoléon rentre alors en France pendant que Guillaume Brune mate les Suédois, qui ont eu le mauvais goût de rompre le 8 juillet l'armistice signé le 18 avril. Ils en accepteront un autre le 7 septembre.

La mise en place du blocus continental commande désormais la politique européenne de Napoléon. Le décret de Fontainebleau, le 13 octobre, arrête les mesures que doivent prendre les alliés de la France, en vue de le maintenir. Le 11 novembre, le gouvernement anglais réagit en obligeant tous les navires neutres à passer par l'Angleterre avant d'aborder le continent. Le 23 novembre, Napoléon réplique par le décret de Milan qui stipule que  : Tout bâtiment qui, sous quelque pavillon que ce soit, se sera prêté à une visite anglaise ou aura pénétré dans un port d'Angleterre, sera considéré comme anglais et traité comme tel.

Ce sont les Portugais qui, les premiers, font les frais de ce nouvel état des choses : déjà menacés par Napoléon fin juillet en raison de leurs échanges commerciaux avec l'Angleterre, ils voient les troupes françaises sous les ordres de Jean-Andoche Junot entrer dans le pays le 19 novembre, provoquant la fuite au Brésil de la famille royale, et investir Lisbonne le 30. Mais si Napoléon et le premier ministre espagnol Manuel Godoy sont pour l'heure d'accord et se sont entendus pour se partager le Portugal (traité secret de Fontainebleau, 27 octobre 1807), les démêlés du roi Charles IV d'Espagne et de son fils Ferdinand tendent vite à compliquer les relations entre la France et l'Espagne. Le 13 novembre, le général Dupont de l'Etang franchit les Pyrénées avec une armée de 25 000 hommes.

Le blocus voulu par Napoléon a également des conséquences pour les Danois : Copenhague est bombardée par la flotte britannique (2 septembre) et doit capituler sous les bombes, tandis que les Anglais se retirent en emportant la flotte danoise. En conséquence, le 30, le Danemark signe un traité d'alliance avec la France et le 7 novembre suivant, le Tsar Alexandre 1er, en protestation contre le bombardement de Copenhague, met la Russie en état de guerre contre l'Angleterre.

Le reste de l'Europe n'échappe pas non plus aux bouleversements. Le 18 août 1807, Napoléon Ier crée pour son frère Jérôme le royaume de Westphalie et lui fait épouser le 22 une princesse allemande, Catherine Frédérique de Wurtemberg . Le 27, l'Empereur donne l'ordre d'occuper un certain nombre de provinces pontificales ; le 4 septembre, il fait fermer les ports de Hollande au commerce anglais ; le 23 novembre, il supprime le royaume d'Étrurie, qui redevient la Toscane et est occupé par les Français.

Toutes ces décisions impériales ne sont pas sans provoquer des résistances, parfois même dans les allées du pouvoir  : le 9 août, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord perd le ministère des Affaires étrangères ; en décembre, Lucien Bonaparte, qui refuse de divorcer pour se prêter à la politique matrimoniale de son frère, se brouille avec Napoléon. Plus grave, le Pape Pie VII rejette, le 2 décembre, le traité négocié à Fontainebleau par ses cardinaux. Le 13, le philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte prononce son premier Discours à la nation allemande, qui réveille le nationalisme germanique.

En politique intérieure, l'année 1807 se signale par la suppression du Tribunat le 19 août, la publication du Code du commerce le 11 septembre et la création de la Cour des comptes le 16 du même mois.

Crédit photos

 Photos par Lionel A. Bouchon.
 Photos par Marie-Albe Grau.
 Photos par Floriane Grau.
 Photos par Michèle Grau-Ghelardi.
 Photos par Didier Grau.
 Photos par des personnes extérieures à l'association Napoléon & Empire.
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